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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Ce fut une reconnaissance en règle: ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, et Pistolet triomphant s’écria:

– Demandez à madame depuis combien de temps qu’on en consomme du crime!

– C’est vrai qu’il en mangeait avant moi, répondit Mèche, ayant toujours de quoi payer des douceurs, sans profession avouée. C’est pour le retrouver que je me suis engagée dans la chose.

– Service de M. Trois-Pattes du Plat-d’Étain, dit Pistolet avec dignité en se retournant vers Annibal. S’il faut passer un examen, allons-y, maître!

Il lâcha la main de la fille d’honneur qui venait de lui figurer le signe, et répéta le même attouchement sous les doigts d’Annibal. Celui-ci, parlant à la cantonade, dit aussitôt:

– Entrez, madame la comtesse. Cet homme n’est pas de trop.

La comtesse de Clare passa le seuil.

– Altesse, dit-elle à la Goret, monseigneur, informé de l’horrible attentat, envoie chercher de vos nouvelles.

– Chut! fit Annibal, en montrant Vincent, l’éclopé, qui ouvrait de grands yeux.

– Je me charge de lui, dit Pistolet. Il en sait trop long, ce brave-là!

À ce mot: «Altesse», Pistolet avait légèrement tressailli et ses dernières paroles étaient principalement destinées à cacher sa propre surprise. La Goret ôta sa bouteille de sa bouche.

– Pas de bon Dieu! gronda-t-elle, c’est gênant d’être princesse. En voilà des histoires! Je n’ai donc plus le droit de taper sur mon fieu sans qu’on l’accuse de ci et de ça! Il n’a pas voulu me périr, et son couteau ne tuerait pas un lapin. Allons! allons! innocent, vient baiser m’man. Ces messieurs et ces dames vont me prêter quarante sous pour ta casse et ton déjeuner. Ne dis pas ce que tu as vu ou on t’assomme, c’te fois-là pour de bon. File!

– Mais… voulut objecter Annibal.

– Tais ton bec, bel homme, et donne les quarante sous… pas de réplique!

Annibal obéit, parce que Pistolet lui dit à l’oreille:

– Il est pour payer la loi, c’est sacré. On va vous l’empailler proprement.

Pendant que l’éclopé sortait par la porte principale, Pistolet se glissa dans l’étable, et de là dans la cour qui avait une issue au-dehors.

En passant, il avait lancé un coup d’œil à Mèche, qui le suivit.

XV Pistolet cherche

Nous savons que Clampin, dit Pistolet, enfant de Paris et par conséquent diplomate de naissance, voyageur autour du monde, ancien zéphyr, etc., avait été engagé par M. Badoît pour chercher les assassins de Jean Labre, frère du baron Paul d’Arcis, en concurrence avec la police ordinaire, dont tous les efforts étaient restés vains.

Nous savons que ce même Pistolet était ami des dames, appartenait à la jeunesse dorée qui fréquente les troisièmes galeries du théâtre Bobino et cédait à la passion du jeu jusqu’à risquer des piles de sous au sort si dangereux du bouchon, qu’on appelle le godet à Bruxelles, la galoche en Normandie, la pigoche en Anjou, et la dru en Bretagne.

Je suppose que, dans d’autres pays, on doit se servir encore d’autres noms.

C’était sa passion pour le jeu, jointe à la peur de passer pour un homme de police, qui l’avait conduit à ce fameux estaminet de L’Épi-Scié, situé derrière La Galiote, au boulevard du Temple. Ne pouvant avouer, près des dames, ni son emploi officiel de mouche, chez M. Badoît, ni sa profession libérale de tueur de chats, il s’était fait Habit-Noir in partibus et bandit honoraire. Cette position n’est pas si rare qu’on le pense, et il y avait de bien bizarres orgueils; mais étant donné le tact extraordinaire, l’expérience prématurée et l’œil pénétrant de notre héros, car Pistolet est notre héros, il eût été difficile que son passage dans ce pandémonium ne lui révélât pas quelque chose.

À l’estaminet de L’Épi-Scié, nous l’avons mentionné ailleurs, se tenaient les basses assises de cette ténébreuse association que la justice ne put jamais atteindre qu’une fois et par son extrémité la plus infime.

La tourbe qui servait d’armée à l’état-major des Frères de la Merci, réuni autour de l’Habit-Noir ou Père-à-tous, s’assemblait à l’estaminet de L’Épi-Scié, dont la situation exceptionnelle, une porte sur la ville, une porte sur les champs, se prêtait admirablement à de semblables réunions.

Pistolet avait rencontré là, entre autres curieuses physionomies, le messager cul-de-jatte du Plat-d’Étain, connu sous le nom de Trois-Pattes, et qui devait mettre un terme à l’aventureuse carrière du bandit Lecoq, dit Toulonnais-l’Amitié, dans les bureaux de M. J.-B. Schwartz, banquier des princes.

Trois-Pattes, dont nous n’avons pas à refaire ici l’histoire, avait une influence considérable parmi les membres de l’association et Pistolet savait bien ce qu’il faisait naguère à la ferme de la Goret en jetant le nom de Trois-Pattes comme garantie.

Trois-Pattes, dont le vrai nom était Andréa Maynotti, usant d’un déguisement hardi, s’était glissé au milieu même des Habits Noirs pour assurer sa terrible vengeance. Il possédait la confiance du colonel Bozzo; il avait inspiré une romanesque affection à la petite-fille du Père-à-tous, la belle et infortunée comtesse Corona.

Grâce à ses relations avec Trois-Pattes, Pistolet avait pu entrevoir plus d’une fois le vieux colonel et la belle comtesse.

Mais il est temps de mettre sous les yeux du lecteur les faits et gestes de Pistolet entre le moment où il avait quitté M. Badoît à Alençon et l’heure où nous le retrouvâmes dans l’enclos de M. le baron d’Arcis.

Passant par-dessus le voyage en patache, dont nous avons dit un mot et qu’il avait fait en compagnie de Louveau, dit Troubadour, nous arriverons au Château-Neuf où l’avait conduit, quelques heures auparavant, la piste de ce même malfaiteur.

Il y avait autour de l’homme qui habitait le Château-Neuf deux sortes de mystères: un mystère de comédie et un mystère sérieux.

Le premier, dont il s’entourait en qualité d’héritier prétendu d’un trône et de chef d’une conspiration, était factice et tout théâtral; le second, que l’arrivée de Paul Labre et de Mlle Ysole de Champmas dans le pays avait rendu plus rigoureux, était de tout point nécessaire.

Le fils de saint Louis, en thèse générale, n’était pas de ceux qui peuvent se montrer impunément à leurs anciennes connaissances. Il avait un passé délicat.

Par cette dernière raison surtout, la porte du Château-Neuf était strictement fermée à tous ceux qui n’avaient point le mot de passe.

Pistolet, ignorant ce que nous savons, et préoccupé de choses totalement étrangères au métier actuel du maître de céans, eut beau escalader les murailles et rôder, selon son habitude, il ne découvrit rien.

Il fut même trompé par l’apparence extérieure de cette maison murée, mais sourdement pleine d’activité et de bruits.

Ce qui transpirait hors de ces murs c’était la «conspiration».

Nous ne saurions trop répéter que le métier de cette conspiration était de faire du bruit et de paraître. Elle était purement et simplement un leurre.

La petite noblesse du pays, enrégimentée dans ce complot voleur, travaillait sans le savoir au profit des Habits Noirs.

Mais nulle contrée n’est assez sauvage pour échapper complètement à l’œil de l’autorité. Nos lecteurs se demanderont sans doute comment l’autorité pouvait rester aveugle en face de ces conciliabules notoires jusqu’à l’effronterie.

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