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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Mais il avait déjà franchi le portail.

Tous étaient partis, avec Gawyn en arrière-garde, et ils n’avaient pas emmené Kivrin avec eux. Son soulagement était tel que le départ de Gawyn ne l’ennuya pas outre mesure. Courcy était à moins d’une demi-journée de cheval. Il serait de retour à la tombée de la nuit.

Elle n’était pas la seule à respirer plus librement, mais peut-être était-ce dû au fait que tous veillaient depuis l’aube précédente. Nul n’envisageait de débarrasser les tables et Eliwys se laissa choir dans le grand fauteuil, les bras ballants, pour regarder le désordre avec indifférence. Après quelques minutes elle appela Maisry. Sans résultat, mais elle n’insista pas. Elle fit reposer sa nuque contre le dossier du siège et ferma les yeux.

Rosemonde grimpa s’allonger dans la soupente et Agnès s’assit à côté de Kivrin, près du feu. Elle posa la tête sur ses genoux et joua avec la clochette, l’esprit ailleurs.

Seule Dame Imeyne refusait de s’abandonner à la langueur générale.

— C’est à notre nouvel aumônier de dire les prières, fit-elle remarquer.

Et elle monta à l’étage.

Les yeux clos, Eliwys lui rappela que le représentant de l’évêque avait dit de ne pas le déranger, mais Imeyne frappa malgré tout. Elle attendit, recommença puis redescendit et s’agenouilla au pied de l’escalier pour lire son livre d’heures en surveillant le haut des marches.

Agnès tapotait sa clochette du bout du doigt, en bâillant.

— Pourquoi ne vas-tu pas t’allonger près de ta sœur ? lui suggéra Kivrin.

— Je ne suis pas lasse, rétorqua l’enfant. Dites-moi ce qui est arrivé à la jeune fille qui n’a pas écouté son père et s’est aventurée dans la forêt.

— Seulement si tu te couches.

Elle se lança dans une improvisation dont l’enfant n’entendit que les deux premières phrases.

L’après-midi tirait à sa fin lorsqu’elle pensa à Blackie. Tous dormaient, même Dame Imeyne qui avait renoncé à attendre le clerc et était montée se coucher dans la soupente. Maisry était revenue et ronflait sous une table.

Kivrin souleva doucement Agnès et dégagea ses jambes. Elle sortit. La cour était déserte, de même que le terrain communal où les braises du feu de joie finissaient de se consumer. Les villageois devaient eux aussi rattraper leur retard de sommeil.

Kivrin alla chercher le cadavre du chien dans la grange puis fit un détour par les écuries pour se munir d’une bêche en bois. Elle ne vit dans les stalles que le poney d’Agnès et se demanda par quel moyen de locomotion le clerc était censé rejoindre ses compagnons à Courcy. Peut-être deviendrait-il effectivement l’aumônier de Dame Imeyne, que cela lui plût ou non.

Elle alla vers l’église. Au nord du bâtiment, elle posa le corps et dégagea la neige tassée.

La terre était aussi dure que de la pierre et la bêche refusait de s’y enfoncer. Elle gravit la colline. À l’orée du bois le sol était plus meuble et elle creusa un trou dans lequel elle déposa le chiot.

— Requiescat in pace, dit-elle pour pouvoir déclarer à Agnès que Blackie avait eu droit à de vraies funérailles.

Elle redescendit, en espérant que Gawyn reviendrait sous peu et qu’il accepterait de la conduire jusqu’à la clairière pendant que tous dormaient. Elle traversa lentement le terrain communal, attentive à un éventuel bruit de galopade. Elle posa la bêche contre la clôture de l’enclos de la porcherie et contourna le mur du manoir en direction du portail, mais elle n’entendait aucun son.

Ce serait bientôt le crépuscule. Si Gawyn tardait, ils ne verraient plus leur chemin. En outre, le père Roche sonnerait les vêpres dans une demi-heure et tous s’éveilleraient. Mais Gawyn devrait panser sa monture, quel que fût le moment de son retour, et elle n’aurait qu’à aller dans les écuries pour lui demander de la conduire là-bas dans la matinée.

Peut-être lui fournirait-il simplement des explications, ou lui dessinerait-il une carte. Et si Dame Imeyne le chargeait de porter un autre message, le jour du rendez-vous, elle emprunterait un cheval et irait seule au point de transfert.

Elle attendit à côté du portail puis, transie de froid, elle regagna la cour toujours déserte. Elle fut surprise de voir Rosemonde dans le vestibule, en manteau.

— Où étiez-vous ? Je vous ai cherchée partout. Le clerc…

Le cœur de Kivrin rata un battement.

— Que se passe-t-il ? Il s’en va ?

Il avait dû se remettre de ses libations et décider de partir. Avec elle, si Dame Imeyne l’avait convaincu de l’emmener à Godstow.

— Ce n’est pas cela.

Elles entrèrent et Rosemonde retira la broche de Messire Bloet pour se dépouiller de son vêtement.

— Il est malade. Le père Roche m’a envoyée vous chercher.

Elle gravit les marches.

— Malade ?

— Oui. Maisry l’a constaté quand grand-mère l’a chargée de lui porter un en-cas.

Et lui ordonner de descendre dire les prières, pensa Kivrin.

— C’est une fièvre.

Disons plutôt une bonne gueule de bois, estima Kivrin. Cependant, le père Roche aurait dû s’en rendre compte même si Dame Imeyne en était incapable… ou s’y refusait.

Une idée angoissante traversa son esprit : Il a dormi dans mon lit, il a pris mon virus.

— Quels sont les symptômes ?

Rosemonde ouvrit la porte.

La place était comptée, dans la chambre. Le père Roche était à côté du lit, devant Eliwys et sa fille cadette. Maisry se blottissait près de la fenêtre et Dame Imeyne, agenouillée à côté de son panier d’herbes médicinales, préparait un de ses cataplasmes malodorants.

Tous étaient inquiets, à l’exception d’Agnès qui semblait fascinée. Comme lorsque Blackie est mort, songea Kivrin. Cet homme est décédé, il a pris mon virus qui lui a été fatal. Non, c’est ridicule. Je suis arrivée à la mi-décembre. L’incubation ne dure pas deux semaines et moi seule ai été malade alors que le père Roche et Eliwys se sont relayés à mon chevet.

Le clerc gisait sur le lit. Ses beaux vêtements étaient suspendus au pied du lit et son manteau pourpre traînait sur le sol. Il ne portait qu’une chemise de soie jaune dont on avait dénoué les cordons pour dénuder sa poitrine.

Kivrin avança et heurta du pied une bouteille en terre cuite qui roula sous le lit. Le clerc tressaillit. Une seconde bouteille, bouchée, était posée contre le mur.

— Il a mangé une nourriture trop riche, déclara Dame Imeyne qui pilait des herbes dans un mortier en pierre.

Ce n’est ni une intoxication alimentaire ni un excès d’alcool, se dit Kivrin. C’est bien plus grave.

Il respirait rapidement, la bouche ouverte, et haletait comme ce pauvre Blackie. Son visage, cramoisi et boursouflé, grimaçait.

Elle pensa à un empoisonnement. Le représentant de l’évêque était si impatient de partir qu’il avait failli renverser Agnès. En ce siècle, l’Église se livrait à de tels agissements. Il y avait eu bien des morts mystérieuses dans les monastères et les cathédrales.

Mais pourquoi le prélat et le moine se seraient-ils enfuis et auraient-ils dit à Eliwys de ne pas déranger leur victime, dès l’instant où le fait d’employer un poison permettrait de faire attribuer le décès au botulisme, à une péritonite ou à une des douzaines d’autres maladies fatales à cette époque ? Et pour quelle raison auraient-ils commis un crime alors qu’il leur suffisait de muter cet homme pour s’en débarrasser ?

— C’est peut-être le choléra, suggéra Eliwys.

Non, pensa Kivrin. Les symptômes sont différents : diarrhée et vomissements, cyanose et déshydratation.

— Avez-vous soif ? demanda-t-elle au clerc.

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