Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Autrement dit ?
— Une quarantaine reste effective sept jours après l’immunisation de toute la population, ou deux semaines après que le dernier cas a été signalé.
— Protéger un tel nombre d’individus prendra combien de temps ?
— Ce sera rapide, lorsque nous disposerons des vaccins. Dix-huit jours ont suffi, pour la Pandémie.
Près de trois semaines. Une fois les produits fabriqués. Fin janvier.
— Ce sera trop tard.
— Je sais. Nous devons absolument trouver d’où vient cette saloperie.
Elle se tourna vers la console.
— La réponse est là. Le tout, c’est de la découvrir.
Elle fit apparaître un tableau différent.
— J’effectue des corrélations. Je cherche les élèves vétérinaires, les gens qui vivent à proximité d’un zoo ou à la campagne, les chasseurs de coqs de bruyère, etc. Mais la dernière fois que tous ces gens ont vu un volatile, c’était leur dinde de Noël.
La liste des contacts réapparut, avec le nom de Badri sur la première ligne. Elle la contempla longuement, aussi pensive que Montoya l’avait été en étudiant les ossements.
— Ce qu’un médecin doit apprendre en premier lieu, c’est à ne pas s’adresser trop de reproches lorsqu’il perd un patient, fit-elle.
El il se demanda si elle se référait à Kivrin ou à Badri.
— Je vais contraindre Gilchrist à rouvrir le labo, déclara-t-il.
— Je souhaite que vous réussissiez.
La réponse ne figurait pas dans ces tableaux mais dans l’esprit de Badri qui restait — malgré l’interrogatoire des patients et une multitude de pistes — le principal suspect. De quatre à six jours avant le transfert, il avait dû toucher un animal porteur de ce virus.
Il monta le voir. Un infirmier était de faction devant la chambre, un grand jeune homme nerveux qui ne devait pas avoir plus de dix-sept ans.
— Où est… commença Dunworthy avant de prendre conscience qu’il ne connaissait pas le nom de sa collègue blonde.
— Elle a chopé ce virus. Hier. La vingtième victime dans ce service. Ils n’ont plus de remplaçants et réquisitionnent les étudiants en troisième année. Je viens seulement de débuter mes études, mais ils m’ont pris quand même parce que j’ai mon brevet de secouriste.
Hier. Une journée s’était donc écoulée sans que les propos de Badri aient été enregistrés.
— Vous rappelez-vous ce qu’a dit le malade quand vous étiez dans sa chambre ? Des mots ou des phrases que vous avez pu comprendre ?
Mais il n’entretenait aucun espoir.
— Vous êtes monsieur Dunworthy, c’est ça ?
Ils avaient dû être réapprovisionnés en T.P. car il lui en tendit une.
— Eloïse a précisé que vous vouliez savoir tout ce qu’il racontait.
Dunworthy enfila sa tenue : un nouveau modèle, blanc, avec de petites croix noires dans le dos. Il se demanda où ils s’étaient fournis.
— Elle m’a répété je ne sais combien de fois que c’était important.
Il l’accompagna dans la chambre, regarda les moniteurs puis Badri. Dunworthy fut heureux de constater qu’il prêtait attention à son patient.
Ce dernier reposait avec les bras sur le drap, qu’il épluchait avec des doigts aussi décharnés que ceux du chevalier défunt représenté dans le livre offert à Colin. Ses yeux enfoncés étaient ouverts, mais il ne semblait pas les voir, pas plus que la literie qu’il n’arrivait pas à attraper malgré tous ses efforts.
— J’ai lu des trucs là-dessus dans mes bouquins, dit le jeune infirmier. Mais c’est la première fois que j’en suis témoin. C’est un symptôme du stade final dans de nombreuses affections respiratoires.
Il alla saisir quelque chose sur le clavier puis désigna le moniteur.
— J’ai tout entré dans ce fichier.
Tout, même le charabia qu’il avait transcrit phonétiquement avec des points de suspension pour représenter les pauses et des (sic) après les mots au sens douteux. « Moitié », pouvait-on lire, « Scélérat (sic) » et « Pourquoi ne vient-il pas ? »
— Presque tout date d’hier, précisa-t-il.
Il déplaça le curseur dans le tiers inférieur droit de l’écran.
— Il a marmonné quelques mots ce matin. Depuis, il est muet.
Dunworthy s’assit à côté du tech et prit sa main dans la sienne. Elle était glacée et il regarda le moniteur. Badri n’avait plus de fièvre, ni le teint sombre qui l’accompagnait. Privée de couleurs, sa peau évoquait des cendres humides.
— C’est moi, Badri. J’ai des questions à vous poser.
Aucune réaction. Cette main était flasque, alors que l’autre tentait toujours d’éplucher la couverture.
— Le docteur Ahrens pense que vous avez pu être contaminé par un animal, un canard sauvage ou une oie.
L’infirmier les regarda tour à tour. Il semblait espérer assister à un autre phénomène médical qu’il n’avait encore jamais eu l’occasion d’observer.
— Essayez de vous en souvenir. Avez-vous côtoyé des volatiles, une semaine avant le transfert ?
La main qu’il tenait dans la sienne tressauta. Dunworthy l’observa en fronçant les sourcils. Le tech essayait-il de communiquer avec lui ? Il la lâcha, mais les doigts décharnés tentèrent alors d’épiler son poignet.
Il eut honte de tourmenter cet homme avec ses questions, bien qu’il ne parût pas l’entendre, ou seulement percevoir sa présence.
— Reposez-vous, dit-il.
— Inutile de lui parler, déclara l’infirmier. Arrivés à ce stade, ils sont coupés du monde extérieur.
— Je sais.
Mais il resta assis.
Le jeune homme modifia le débit du goutte-à-goutte, recommença. Il regarda son patient et changea le réglage une troisième fois. Finalement, il sortit. Dunworthy s’abandonna à la contemplation des doigts qui tentaient de pincer la literie. Comme pour se raccrocher à quelque chose. Il lui arrivait de murmurer un mot, trop faiblement pour qu’il fût audible. Dunworthy lui massa le bras. L’activité des doigts se ralentit et il se demanda si c’était ou non bon signe.
— Cimetière, chuchota Badri.
— Non, fit Dunworthy. Non.
Il estima que ses massages accroissaient l’agitation du tech et se leva.
— Reposez-vous, lui dit-il.
Il sortit. Assis derrière son bureau, l’infirmier lisait une brochure intitulée Comment s’occuper d’un malade.
— Avertissez-moi, quand…
Dunworthy ne put terminer sa phrase.
— Je n’y manquerai pas, monsieur. Où habitez-vous ?
Il chercha dans sa poche un bout de papier sur lequel il pourrait noter son adresse et trouva sa liste. Il l’avait oubliée.
— À Balliol. Envoyez un messager.
Il retourna au service d’approvisionnement.
— Ce formulaire n’est pas rempli correctement, lança sèchement l’infirmière sortie de la naphtaline.
— Il est signé par le docteur Ahrens. Vous n’aurez qu’à le compléter.
Elle regarda le bout de papier et exprima sa désapprobation par une grimace.
— Nous n’avons plus de masques ni de thermosondes.
Elle alla chercher un petit tube d’aspirine.
— Nous manquons également de synthamycine et d’A.Z.L.
Le tube ne contenait qu’une vingtaine de cachets. Il le glissa dans sa poche et partit pour la pharmacie de High Street. Des manifestants s’étaient réunis sous la pluie avec des pancartes proclamant « NON AUX PROFITEURS ». Il entra. Il n’y avait plus de masques et les prix des thermosondes et de l’aspirine avaient triplé. Il prit malgré tout la totalité du stock.