Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ? Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age. Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle. Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Un furoncle. Ou un ulcère. Elle se pencha et les mains du malade se crispèrent. Le père Roche les immobilisa. Elle tâta le renflement. Il était dur et son pourtour avait une coloration violacée.
— C’est impossible, pas en 1320.
— Voilà qui chassera sa fièvre, déclara Imeyne en se redressant avec raideur. Retirez-lui sa chemise, que je puisse étaler le cataplasme.
Kivrin leva la main.
— Non ! N’approchez pas de lui. Ne le touchez pas !
— Vous êtes folle, ce n’est qu’une indigestion.
— Certainement pas ! Père Roche, lâchez-le et écartez-vous. Cet homme a la peste.
Le prêtre, Imeyne et Eliwys la regardèrent. Tous étaient aussi déconcertés que Maisry.
Ils n’en ont jamais entendu parler, comprit-elle. C’est normal, l’épidémie ne débutera en Chine qu’en 1333 et n’atteindra l’Angleterre que quinze ans plus tard.
— Il en a tous les symptômes. Le bubon, la langue enflée et les hémorragies sous-cutanées.
— Ce n’est qu’une indigestion, insista Imeyne.
Elle s’avança mais s’immobilisa quand Kivrin lui cria :
— Non !
— Seigneur, ayez pitié de nous, murmura-t-elle.
Elle recula, tenant toujours le bol de cataplasme.
— Serait-ce la maladie bleue ? demanda Eliwys, terrifiée.
Et Kivrin comprit. Elles n’étaient pas venues ici à cause du procès. Messire Guillaume avait envoyé les siens à la campagne parce que la peste ravageait Bath.
« Notre gouvernante est décédée », avait déclaré Agnès. Frère Hubard, l’aumônier de Dame Imeyne, avait connu le même sort. « Rosemonde a dit qu’il était mort de la maladie bleue. » Et Gawyn avait précisé que le procès avait dû être reporté parce que le juge était malade. C’était pour cela qu’Eliwys n’avait pas voulu envoyer Gawyn à Courcy. Parce qu’ils étaient cernés par l’épidémie. Pourtant, la peste noire n’était arrivée en Angleterre qu’en automne 1348.
— En quelle année sommes-nous ? demanda-t-elle.
Les femmes la regardèrent, bouche bée. Kivrin se tourna vers le père Roche.
— Quelle est l’année ?
— Êtes-vous souffrante, Dame Katherine ?
— Répondez-moi !
— C’est la vingt et unième année du règne d’Edouard III, dit Eliwys.
Edouard III et non II. Dans sa panique elle ne pouvait se rappeler quand ce roi était monté sur le trône d’Angleterre.
— L’année ! insista-t-elle.
— Anno domine… commença le clerc avant de passer sa langue enflée sur ses lèvres, pour les humidifier. 1348.
LIVRE TROISIÈME
Ai enterré de mes mains cinq de mes enfants dans la même fosse… Sans cloches. Sans larmes. C’est la fin du monde.
Agniola Di TURA
Sienne, 1347
24
Dunworthy consacra les deux journées suivantes à tenter de joindre les techs de la liste de Finch et les offices du tourisme écossais, lorsqu’il n’aidait pas à installer une annexe de l’hôpital dans Bulkeley-Johnson. Quinze autres pensionnaires involontaires avaient attrapé la grippe, dont Mlle Taylor qui s’était effondrée à onze mesures de l’accord final du Chicago Surprise Minor.
— Elle a tout lâché et est tombée raide, expliqua Finch. La cloche s’est balancée avec un fracas de tous les diables et la corde s’est enroulée autour de mon cou et a failli m’étrangler. Mlle Taylor a voulu retourner à son poste dès qu’elle a repris connaissance, mais le concert était terminé. Pourriez-vous aller lui remonter le moral ? Elle dit qu’elle ne se pardonnera jamais d’avoir laissé tomber ses camarades. Je lui ai rappelé que ce n’était pas sa faute, qu’on ne peut pas toujours rester maître de la situation… n’est-ce pas exact ?
— Si, répondit Dunworthy.
Il n’avait pu contacter un tech, ni Basingame. Ils avaient téléphoné à tous les hôtels, auberges et gîtes ruraux d’Écosse. William s’était procuré un relevé de la carte bancaire du recteur, mais cet homme avait dû emporter une provision d’esches importante car il n’avait fait aucun achat depuis le quinze.
Les télécommunications se dégradaient encore. Il ne restait que la liaison audio et la voix chargée d’annoncer que les lignes étaient saturées en raison de l’épidémie intervenait dès qu’il enfonçait la deuxième touche.
Il composait des numéros, attendait les ambulances, écoutait les doléances de Mme Meager. Andrews n’avait pas rappelé et Badri se lançait dans des improvisations sur le thème de la mort, des divagations que les infirmières couchaient avec soin par écrit. Pendant qu’il écoutait le téléphone sonner chez des techs et des spécialistes de la pêche à la truite ou au saumon, il prenait connaissance des propos de Badri et y cherchait des indices. « Noire », avait-il dit. Ainsi que « laboratoire » et « Europe ».
La situation empirait, pour le téléphone. Il entendait désormais la voix de synthèse dès qu’il pressait la première touche, lorsqu’il réussissait à obtenir la tonalité. Il renonça et s’intéressa aux tableaux des contacts. William avait obtenu les dossiers médicaux confidentiels des malades et il y cherchait radiothérapies et soins dentaires. L’un d’eux s’était fait faire une radiographie du maxillaire inférieur. Mais le vingt-quatre, après le début de l’épidémie.
Il alla à l’hôpital pour demander aux patients toujours conscients s’ils possédaient des animaux de compagnie ou s’ils avaient été récemment à la chasse au canard. Les couloirs étaient encombrés de civières qui formaient un embouteillage devant les portes des Urgences et de l’ascenseur. Il comprit aussitôt qu’il ne pourrait franchir cet obstacle et emprunta l’escalier.
L’infirmière blonde de William l’intercepta à l’entrée du secteur d’isolement.
— Vous ne pouvez pas entrer, fit-elle en levant sa main gantée.
Badri est mort, pensa-t-il.
— L’état de M. Chaudhuri a empiré ?
— Non. Je dirais même que son sommeil est plus paisible. Mais nous n’avons plus de T.P. et si Londres a promis de nous en envoyer un stock, nous devons en attendant les réserver aux membres du personnel hospitalier. J’ai noté ses propos, ajouta-t-elle. Ce qui était compréhensible. Il a prononcé votre nom… et Kivrin, c’est ça ?
Elle prit une feuille dans sa poche et la lui remit. Il hocha la tête.
— Quelques mots isolés. Le reste n’a aucun sens.
Elle avait transcrit phonétiquement ses paroles, et souligné ce qu’elle comprenait : « Impossible », ainsi que « rats » et « tellement inquiet ».
Le dimanche matin, plus de la moitié des pensionnaires involontaires de Balliol étaient malades et confiées aux bons soins des valides. Les lits commençaient à manquer.
Les carillonneuses tombaient comme des mouches et Dunworthy participa à leur installation dans la vieille bibliothèque. Mlle Taylor, qui avait recouvré l’usage de ses jambes, allait leur rendre de fréquentes visites.
— C’est le moins que je puisse faire, dit-elle, essoufflée par la traversée du corridor. Quand je pense que je les ai abandonnées en plein concert !
Dunworthy l’aida à s’allonger sur un matelas gonflable que William avait apporté et recouvert d’un drap.
— L’esprit est fort, mais la chair est faible, dit-il.
Il se sentait lui aussi épuisé, par le manque de sommeil et ses défaites. Il préparait du thé et lavait des draps, et lors d’une brève pause il téléphona à un tech de Magdalen. Il fut surpris d’entendre décrocher.