Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Elle est à l’hôpital, déclara sa mère.
— Quand est-elle tombée malade ?
— Le jour de Noël.
L’espoir grandit en lui. Peut-être avait-il trouvé la source.
— Quels ont été les symptômes ? Maux de tête ? Température ? Désorientation ?
— Douleurs abdominales. C’était une appendicite.
Lundi matin, les trois quarts des pensionnaires de Balliol étaient alitées. Ils n’avaient plus de draps, de masques réglementaires et — plus ennuyeux — de thermosondes, d’antimicrobiens et d’aspirine.
— J’ai voulu téléphoner à l’hôpital pour en réclamer, déclara Finch. Mais toutes les lignes sont mortes.
Il remit une liste à Dunworthy, qui alla chercher à pied le ravitaillement. Devant les Urgences, la rue était embouteillée par des ambulances, des taxis et des manifestants qui brandissaient une grande pancarte proclamant : « Le Premier ministre nous parque avec la Mort. » Il se glissa en leur sein et vit Colin sortir en courant. Comme toujours, ses joues et son nez étaient rougis par le froid, sa veste ouverte.
— Il n’y a plus de téléphone, annonça-t-il. Une surcharge. On m’a chargé de porter les messages.
Il prit une poignée de bouts de papier dans sa poche.
— Vous n’en avez pas à me confier ?
Si, pensa Dunworthy. Pour Andrews, Basingame et Kivrin.
— Non, dit-il.
Colin remit le tout dans sa veste trempée.
— J’y vais. Si vous cherchez ma grand-tante, elle est aux Urgences. Cinq nouvelles admissions. Une famille complète. Le bébé était mort à l’arrivée.
Il disparut au sein de l’embouteillage.
Dunworthy entra et montra sa liste à l’employé du bureau des entrées qui lui conseilla de s’adresser au service d’approvisionnement. Les couloirs étaient toujours encombrés de civières mais on avait donné l’ordre de les garer le long des parois pour dégager un étroit passage central. Une infirmière masquée se penchait vers un malade et lui lisait quelque chose.
— « Le Seigneur fera en sorte que la peste s’abatte sur toi… »
Il prit conscience à retardement qu’il s’agissait de Mme Meager, mais elle était trop absorbée par ses activités pour lever les yeux sur lui.
— … « jusqu’à ce que tu aies disparu de cette terre. »
La peste s’est abattue sur toi et sur Badri, pensa Dunworthy. « C’est les rats, avait-il déclaré. Elle les a tous tués. La moitié des Européens. »
Kivrin ne pouvait être arrivée à l’époque de la peste noire, se dit-il en empruntant le couloir qui conduisait au service d’approvisionnement. Selon Andrews, le décalage maximal n’avait jamais été supérieur à cinq ans. Même si elle se retrouvait en 1325, l’épidémie n’avait pas encore débuté en Chine. Et tout incident dû à d’autres causes qu’un décalage ou des coordonnées erronées eût automatiquement interrompu le transfert. Or, Badri avait refait tous les calculs de Puhalski.
Il pénétra dans le magasin. Les lieux étaient déserts et il pressa le bouton d’une sonnette.
Le tech affirmait que le débutant n’avait pas commis d’erreurs, mais ses doigts pianotaient sur le drap pour saisir des instructions sur une console imaginaire. C’est impossible. Il y a quelque chose qui cloche.
Il sonna à nouveau et une infirmière émergea entre deux rangées d’étagères, certainement une retraitée qui avait repris ses activités pour cause d’épidémie. Elle était au moins nonagénaire et son uniforme empesé portait la trace jaunâtre des ans. Elle prit sa liste et demanda :
— Avez-vous un bon ?
— Non.
Elle lui rendit sa feuille, avec un formulaire de trois pages.
— Vous devez le faire signer par l’infirmière en chef de votre service.
— Nous n’avons ni infirmière en chef ni service, fit-il avec colère. Nous avons seulement cinquante malades et rien pour les soigner.
— En ce cas, faites viser ce document par le médecin traitant.
— Le docteur Ahrens doit s’occuper d’un hôpital bondé de patients et vous voudriez qu’elle perde son temps en formalités administratives ? Nous sommes en pleine épidémie, bon sang !
— Je sais, fit sèchement l’infirmière. Mais le règlement, c’est le règlement.
Elle retourna se cacher entre les étagères.
Il regagna les Urgences. Mary n’y était pas et le réceptionniste lui conseilla d’aller voir dans le secteur d’isolement. Elle n’y était pas non plus et Dunworthy envisagea d’imiter sa signature. Mais il souhaitait la voir pour lui parler de son échec à joindre les techs, trouver un moyen de contourner Gilchrist et accéder au transmetteur. Il ne pouvait même pas obtenir un cachet d’aspirine, alors qu’ils étaient déjà le trois janvier.
Il la trouva finalement dans le laboratoire. Elle était au téléphone, qui devait fonctionner à nouveau bien que l’écran fût couvert de points blancs. Elle ne le vit pas. Elle surveillait un moniteur où apparaissait un tableau des contacts.
— Quel est le problème, plus exactement ? demandait-elle. Nous aurions dû le recevoir il y a deux jours.
Elle attendit que son interlocuteur perdu dans la tempête de neige eût trouvé une excuse plausible.
— Comment ça, « retourné à l’envoyeur » ? Nous avons un millier de malades, ici !
Une nouvelle pause. Mary saisit quelque chose sur le clavier et un autre tableau apparut.
— Alors, réexpédiez-le ! s’emporta-t-elle. J’en ai besoin immédiatement. Des gens meurent ! Il me le faut avant… Allô ? Vous m’entendez ?
L’écran s’éteignit. Elle se tourna pour raccrocher, vit Dunworthy et lui fit signe d’approcher.
— Vous m’entendez ? répéta-t-elle. Allô ?
Elle abattit le combiné sur son berceau.
— Le téléphone ne marche plus, la moitié de mon équipe a chopé ce virus et nous n’avons pas reçu l’analogique parce qu’un taré a décidé de ne rien laisser entrer dans le secteur en quarantaine !
Elle s’assit devant la console et se massa sous les yeux.
— Désolée, mais c’est vraiment une sale journée. Trois morts à l’arrivée, cet après-midi. Dont un bébé de six mois.
Elle avait toujours du houx à la boutonnière. Cet ornement et sa blouse étaient en piteux état et elle paraissait épuisée. Elle avait des cernes sous les yeux, des rides aux commissures des lèvres. Il se demanda depuis combien de temps elle n’avait pas dormi, et si elle aurait su répondre à cette question.
— Nous ne pouvons accepter notre impuissance, dit-elle.
— Non.
Elle le dévisagea, comme si elle venait seulement de remarquer sa présence.
— Vous vouliez quelque chose, James ?
Il décida de ne pas lui parler de Kivrin. Elle n’avait déjà que trop de soucis. Il lui tendit les formulaires.
— Seulement votre signature.
Elle l’apposa sur le document, sans le regarder, puis le lui rendit et déclara :
— Je suis allée voir Gilchrist, ce matin.
Il la regarda, trop ému pour dire quoi que ce soit.
— Je voulais le convaincre de rouvrir le labo plus tôt que prévu. Je lui ai expliqué qu’il était inutile d’attendre, que l’immunisation d’un pourcentage significatif de la population éliminerait les risques de contagion.
— Mais aucun de vos arguments n’a porté.
— Non. Il est convaincu que ce virus vient du passé. Il a établi un graphique des mutations cycliques des myxovirus de type A qui démontre, selon lui, qu’un des plus répandus en 1318 et 1319 était justement un H9N2. Il ne vous laissera utiliser le transmetteur que lorsque la campagne de vaccination sera terminée et la quarantaine levée.