Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Rosemonde…
Dame Imeyne risquait de revenir d’une seconde à l’autre.
— S’il vous plaît…
— Rosemonde…
— Vous n’en aurez que pour un instant, et ensuite vous pourrez aller chercher ma grand-mère. Venez, pendant que sa belle-sœur est avec lui.
Messire Bloet surveillait le palefrenier qui sellait son cheval et conversait avec la dame à la coiffe démesurée, ce matin-là perchée de guingois sur son crâne.
— Quelle est l’affaire pressante que doit régler l’envoyé de l’évêque ? demandait-elle.
Il secoua la tête et se renfrogna. Puis il vit sa fiancée, sourit et alla à sa rencontre. Elle recula, sans lâcher le bras de Kivrin.
La belle-sœur inclina sa guimpe en direction de Rosemonde et ajouta :
— Aurait-il reçu des nouvelles de Bath ?
— Aucun messager n’est arrivé, tant cette nuit que ce matin.
— S’il était déjà au courant, pourquoi n’en a-t-il pas parlé plus tôt ?
— Je l’ignore. Excusez-moi, mais je dois faire mes adieux à ma bien-aimée.
Il prit la main de Rosemonde, qui puisa dans sa volonté pour ne pas la retirer.
— Adieu, Messire Bloet, fit-elle sèchement.
— Est-ce ainsi que vous prenez congé de votre futur époux ? Ne lui accorderez-vous pas un baiser ?
Elle s’avança, effleura du bout des lèvres la joue de l’homme et recula aussitôt hors de portée.
— Encore merci, pour votre broche, dit-elle.
Il regarda le col de son manteau puis toucha le bijou.
— « Je représente l’être aimé », commenta-t-il.
— Messire Bloet ! Messire Bloet !
C’était Agnès, qui arrivait en courant.
Il la prit dans ses bras.
— Je suis venue vous dire au revoir, fit-elle. Mon chien est mort.
— Je t’en apporterai un autre à l’occasion de mes noces, si tu es gentille avec moi.
Elle le prit par le cou et déposa un baiser sonore sur chacune de ses joues.
— Tu n’en es pas aussi avare que ta sœur, ajouta-t-il en fixant Rosemonde.
Il posa Agnès sur le sol et s’avança pour caresser à nouveau la broche.
— Io suiicien lui dami amo, lut-il avant de poser ses mains sur les épaules de Rosemonde. Vous devrez penser à moi chaque fois que vous mettrez ce bijou.
Il se pencha pour l’embrasser dans le cou.
Elle ne recula pas mais blêmit. Il la lâcha.
— Je reviendrai pour Pâques, promit-il.
Des propos qui évoquaient une menace.
— M’apporterez-vous un chien noir ? s’enquit Agnès.
Dame Yvolde approcha pour demander :
— Qu’ont fait vos serviteurs de mon manteau ?
— Je vais vous le chercher, proposa Rosemonde qui fila vers le manoir avec Kivrin sur ses talons.
Sitôt à bonne distance, Kivrin lui déclara :
— Je dois trouver Dame Imeyne. Regardez, ils sont prêts à partir.
C’était exact. Serviteurs, coffres et chevaux formaient une colonne et Cob ouvrait le portail. Les destriers qu’avaient montés les « rois mages » à leur arrivée étaient chargés de malles et de sacs. La belle-sœur de Messire Bloet et ses filles étaient déjà en selle et l’envoyé de l’évêque tendait la sous-ventrière de la jument d’Eliwys.
Plus que quelques minutes, pensa Kivrin. Mon Dieu, faites qu’Imeyne reste encore un moment dans l’église !
— Dame Eliwys m’a chargée de chercher votre grand-mère.
— Vous devez d’abord me raccompagner jusqu’au manoir.
— Rosemonde, je n’ai pas le temps…
— S’il vous plaît. Il pourrait décider de me rejoindre.
Kivrin le revit embrasser cette enfant dans le cou.
— C’est entendu, mais nous devrons nous hâter.
Elles traversèrent la cour d’un pas rapide et manquèrent bousculer le gros moine en entrant. Il descendait de la chambre et paraissait irrité, ou souffrir de ses excès. Il les croisa sans leur adresser un regard.
La salle était déserte, la table encombrée de gobelets et de plats de viande. Le feu fumait, sans surveillance.
— Le manteau de Dame Yvolde est dans la soupente, dit Rosemonde. Attendez-moi.
Elle gravit l’échelle aussi rapidement que si Messire Bloet avait été derrière elle. Kivrin retourna vers les paravents pour regarder à l’extérieur. D’ici, elle ne pouvait voir le passage. Le prélat avait la main posée sur le pommeau de sa selle et écoutait ce que lui disait le gros moine. Elle jeta un coup d’œil vers le haut de l’escalier en entendant la porte de la chambre se refermer et se demanda si le clerc était malade ou tombé en disgrâce. L’attitude du moine avait traduit de la colère.
— Le voici, dit Rosemonde en apportant le manteau. Pourriez-vous le porter à Dame Yvolde ?
C’était l’occasion qu’elle attendait.
— Bien volontiers, fit-elle.
Elle prit le lourd vêtement et ressortit. Sitôt dehors, elle chargerait un serviteur de le remettre à sa propriétaire et s’éclipserait. Mon Dieu, faites qu’Imeyne reste encore un moment dans l’église ! pria-t-elle. Mais elle se retrouva nez à nez avec elle sitôt qu’elle eut franchi le seuil.
— Vous n’êtes donc pas prête à partir ? fit la vieille femme en regardant le manteau. Où est le vôtre ?
L’envoyé de l’évêque avait posé la main sur le pommeau et calait son pied entre les mains entrecroisées de Cob. Le moine était déjà en selle.
— Dans l’église, répondit-elle. Je vais le prendre.
— Vous n’en aurez pas le temps. Ils s’en vont.
Kivrin regarda autour d’elle. Eliwys se tenait avec Gawyn près des écuries, Agnès était plongée dans une conversation animée avec une des nièces de Messire Bloet et Rosemonde se dissimulait à l’intérieur du manoir.
— Dame Yvolde m’a demandé de lui apporter son manteau.
— Maisry s’en chargera. Maisry !
Mon Dieu, faites qu’elle se cache ! pria Kivrin.
— Maisry !
Mais la servante sortit de derrière la brasserie, la paume collée à son oreille. Dame Imeyne arracha le vêtement des mains de Kivrin et le lui lança.
— Porte ceci à Dame Yvolde, au lieu de pleurnicher, fit-elle avant de saisir le poignet de Kivrin pour la tirer vers le prélat. Saint Père, auriez-vous oublié que vous devez conduire Dame Katherine à Godstow ?
— C’est à Bernecestre que nous allons, répondit-il en se tournant sur la selle.
Gawyn avait enfourché Gringolet et avançait au pas vers le portail. S’il nous accompagne, je pourrai peut-être le persuader de faire un détour par cette clairière ou de m’expliquer où elle se situe, pensa Kivrin.
— De Bernecestre un moine pourra l’escorter à Godstow. Elle doit regagner son couvent.
— Nous n’avons pas le temps de l’attendre.
Il prit les rênes et traça de l’autre main un signe de croix.
— Domine vobiscum, et cum spiritu tuo.
— Et le nouvel aumônier ? insista Imeyne.
— Je vous laisse mon clerc.
Kivrin le vit échanger un regard de connivence avec le moine. Elle se demanda s’ils n’avaient pas inventé un prétexte pour échapper aux harcèlements de la mère du maître de céans.
— Votre clerc ? répéta Imeyne, ravie.
Le prélat éperonna sa monture et traversa la cour au galop, manquant renverser Agnès qui courut se réfugier dans les jupes de Kivrin. Le moine se hissa sur une jument et le suivit.
— Que Dieu vous protège, Saint Père ! cria Dame Imeyne.