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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Je dirai la prière des morts, déclara Kivrin.

— Le père Roche doit le mettre dans le cimetière, insista Agnès. Et sonner la cloche.

— Tu oublies que c’est Noël, aujourd’hui. Demain, j’irai lui demander conseil.

Que ferait-elle du cadavre, en attendant ? Elle ne pouvait le laisser à côté de leur paillasse.

— Viens, nous allons l’emporter.

Elle prit le chiot et descendit l’échelle. Elle chercha une boîte ou un sac, n’en trouva pas, et posa le corps dans un coin, sous une faux. Elle demanda ensuite à Agnès d’aller lui chercher de la paille. Elle en couvrait l’animal quand la fillette déclara :

— Si le père Roche ne sonne pas la cloche, Blackie n’ira pas au ciel.

Et elle éclata en sanglots.

Une demi-heure fut nécessaire à Kivrin pour la calmer. Elle la berça dans ses bras et essuya ses larmes.

Elle remarqua des bruits et des hennissements, dans la cour. Les visiteurs avaient-ils décidé d’organiser une partie de chasse ?

— Allons voir ce qui se passe, proposa-t-elle. Ton père est peut-être arrivé.

Agnès s’assit et essuya son nez.

— Je vais lui dire ce qui est arrivé à Blackie.

Elle sauta des genoux de Kivrin et elles sortirent.

La cour grouillait d’hommes et de chevaux.

— Que font-ils ?

— Je l’ignore, répondit Kivrin.

Mais la nature de leurs activités n’était que trop évidente. Cob sortait de l’écurie l’étalon blanc du représentant de l’évêque et les serviteurs apportaient les sacs et les coffres déchargés en début de matinée. Dame Eliwys était venue se tenir sur le seuil du manoir pour assister à ces préparatifs.

— S’en vont-ils ? demanda Agnès.

— C’est impossible, fit Kivrin.

Pas maintenant. Je ne sais pas où est la clairière.

Le moine sortit, en habit blanc et manteau. Cob retourna dans les écuries pour prendre la jument que Kivrin avait montée pour aller chercher le houx.

— Ils partent, affirma Agnès.

— Je sais, grommela Kivrin. Je peux le constater.

23

Kivrin prit Agnès par la main et se dirigea vers la grange. Elle devait se dissimuler jusqu’à leur départ.

— Où vont-ils ? voulut savoir l’enfant.

Elles contournèrent deux serviteurs de Messire Bloet qui portaient un gros coffre.

— Montons dans le fenil.

Agnès s’arrêta net.

— Je ne veux pas me coucher. Je ne suis pas fatiguée !

— Dame Katherine ! entendit-elle crier.

Elle prit la fillette dans ses bras et s’éloigna d’un pas rapide.

— Je ne me sens pas lasse ! hurla Agnès.

Rosemonde les rejoignit.

— Dame Katherine ! Ne m’avez-vous pas entendue ? Mère veut vous voir. L’envoyé de l’évêque s’en va.

Elle prit son bras et la fit obliquer vers le manoir.

Eliwys se dressait sur le seuil à côté du prélat, pour assister aux préparatifs. Imeyne était absente. Sans doute se trouvait-elle à l’intérieur, occupée à faire les bagages de Kivrin.

— Nos visiteurs ont des affaires pressantes à régler au prieuré de Bernecestre, expliqua Rosemonde. Messire Bloet et les siens partent avec eux.

Elle lui adressa un sourire joyeux.

— Ils passeront la nuit à Courcy et arriveront demain à destination.

Bernecestre. Bicester. Au moins n’était-ce pas Godstow. Mais ce couvent était sur leur route.

— Quelles affaires pressantes ?

— Je l’ignore, répondit Rosemonde avec indifférence.

Et Kivrin comprit que seul le départ de Messire Bloet comptait à ses yeux. L’enfant s’ouvrit gaiement un chemin dans la mêlée de serviteurs, de bagages et de chevaux, en direction de sa mère.

L’envoyé de l’évêque parlait à un de ses valets et Eliwys observait cet homme en fronçant les sourcils. Ils ne lui prêtaient pas attention et elle aurait pu se réfugier dans les écuries, si Rosemonde ne l’avait pas tirée par la manche.

— Je dois retourner dans la grange. J’y ai laissé mon manteau…

— Mère ! cria Agnès.

Elle s’élança vers Eliwys, en frôlant au passage une jument qui hennit et secoua la tête. Un serviteur s’empressa de saisir sa bride.

— Agnès ! l’appela Rosemonde.

Elle lâcha Kivrin, mais il était trop tard. Eliwys et le prélat les avaient vues et approchaient.

— Combien de fois t’ai-je dit de ne pas courir au milieu des chevaux ? fit Eliwys en étreignant sa fille cadette.

— Blackie est mort.

— Ce n’est pas une raison pour commettre des imprudences.

— Je ferai part à votre époux de notre reconnaissance, lui dit l’ecclésiastique qui semblait penser à autre chose. Merci de nous prêter des chevaux, car les nôtres étaient fourbus. Je chargerai un serviteur de vous les ramener de Courcy.

— Voulez-vous voir mon chien ? demanda Agnès en tirant la robe de sa mère.

— Chut, lui intima Eliwys.

— Mon clerc ne part pas avec nous. Je crains qu’il n’ait célébré par trop de libations la naissance de Notre Seigneur et qu’il n’en supporte aujourd’hui les conséquences. Je vous implore d’être indulgente, ma Dame, et de lui accorder votre hospitalité jusqu’à ce qu’il soit sur pied et puisse nous rejoindre.

— C’est la moindre des choses. N’y a-t-il rien que nous pourrions faire pour lui ? La mère de mon époux…

— Non. Laissez-le tranquille. Un bon somme est le meilleur des remèdes, en pareil cas. Il sera remis dans la soirée.

Il était nerveux, distrait, comme s’il souffrait lui aussi de ses excès. Sous la clarté de l’aube ses traits aristocratiques étaient grisâtres. Il frissonna et ferma son manteau.

Il ne prêtait pas attention à Kivrin et elle commença à espérer qu’il avait oublié la promesse faite à Imeyne. Elle regarda le portail et pria le Ciel pour que cette femme eût d’autres réprimandes à adresser au père Roche et ne vînt pas au tout dernier instant rappeler au prélat l’engagement qu’il avait pris.

— Je regrette que mon époux soit absent et que nous n’ayons pu vous accueillir avec plus…

— Je dois aller voir mes serviteurs, l’interrompit-il.

Il lui présenta sa main et elle fit une génuflexion pour baiser sa bague. Elle ne s’était pas relevée qu’il s’éloignait déjà vers les écuries. Eliwys le suivit des yeux, inquiète.

— Souhaitez-vous le voir, mère ? demanda Agnès.

— Pas maintenant. Rosemonde, va faire tes adieux à Messire Bloet et à Dame Yvolde.

— Il est tout froid, précisa Agnès.

Eliwys se tourna vers Kivrin.

— Dame Katherine, savez-vous où est ma belle-mère ?

— Elle est restée dans l’église, dit Rosemonde.

— Sans doute prie-t-elle toujours, suggéra Eliwys en se dressant sur la pointe des pieds pour regarder par-dessus les têtes. Où est Maisry ?

Elle se cache, pensa Kivrin. Et je devrais l’imiter.

— Voulez-vous que je la cherche ? proposa Rosemonde.

— Non, lui répondit sa mère. Va saluer Messire Bloet. Dame Katherine, allez chercher Imeyne qui serait navrée de ne pouvoir faire ses adieux au représentant de l’évêque. Qu’attends-tu, Rosemonde ? Va saluer ton fiancé.

Kivrin s’éloigna. Si Imeyne est toujours dans l’église, je passerai derrière les huttes et disparaîtrai dans les bois, décida-t-elle.

Deux serviteurs peinaient pour déplacer un coffre volumineux. Elle recula et les contourna en veillant à rester à bonne distance des croupes des chevaux.

— Attendez ! lui cria Rosemonde qui venait la rejoindre au pas de course. Accompagnez-moi auprès de Messire Bloet.

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