Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
La femme qui nageait en tête dans leur ligne d’eau, et qui les entraînait, était enceinte. Pourtant, elle nageait plus vigoureusement que les autres, sans jamais souffler ou haleter, alors que Smith était souvent obligé de s’arrêter pour reprendre sa respiration. Non, elle secouait la tête et disait en riant : « À chaque virage, il me donne des coups de pied ! » Elle en était au septième mois, et elle était ronde comme une petite baleine, mais elle effectuait ses longueurs de bassin si vite que les trois autres ne pouvaient la suivre. Les meilleures nageuses du club étaient tout simplement stupéfiantes. Quand il s’était mis à la natation, Smith avait dû beaucoup s’entraîner pour faire le cent mètres en moins d’une minute, ce qui était un but honorable pour lui. Il y était arrivé une fois, lors d’un meeting, et il en avait été très content. Et puis, par la suite, il avait appris que l’équipe féminine du collège local visait le cent fois cent mètres relais en une minute pour chaque relais ! Il avait alors compris que, bien que tous les êtres humains aient l’air plus ou moins semblables, certains étaient étonnamment plus forts que d’autres. Leur nageuse vedette, qui était enceinte, était au bas de l’échelle par rapport à ces nageuses de force, et elle considérait son entraînement de ce jour-là comme une promenade de santé, alors que sa performance allait bien au-delà de ce dont ses camarades de couloir seraient jamais capables en déployant tous leurs efforts. On ne pouvait s’empêcher de la regarder quand on la croisait, parce qu’elle allait très vite, mais avec une sorte d’économie de moyens : ses mouvements étaient dépouillés à l’extrême, lisses, coulés, elle en faisait moins pour le même résultat que les autres. C’était magique. Et la douce courbe bleue de l’enfant qu’elle avait dans le ventre…
Chez lui, la situation continuait à se dégrader. Selena travaillait souvent tard, et lui parlait de moins en moins.
— Je t’aime, Selena, lui disait-il. Je t’aime.
— Je sais.
Il essaya de se jeter à corps perdu dans son travail. Ils étaient au même labo, ils auraient pu rentrer ensemble, même tard. Parler, comme avant, de leur travail, même s’ils ne faisaient pas exactement la même chose ; c’était toujours de la génomique. Comment deux domaines de recherche auraient-ils pu être plus voisins ? Cela aurait dû les rapprocher.
Mais la génomique était un vaste domaine. On pouvait en occuper des secteurs différents, ils en étaient la preuve vivante.
Smith persévérait, à l’aide d’un nouveau microscope électronique, plus puissant. Et il commençait à obtenir des résultats dans le déchiffrage des schémas de son ADN fossile.
Tout se passait comme si les échantillons qu’il avait reçus n’avaient conservé que ce qu’on appelait l’ADN égoïste de la créature, c’est-à-dire l’ADN génomique, sans fonction codante. Autrefois, ç’aurait été désastreux, mais les laboratoires de Kohl, à Acheron, avaient récemment fait de gros progrès dans le dépouillement des divers buts de cet ADN égoïste, qui se révélait finalement n’être pas inutile, comme on aurait pu le penser, compte tenu de la parcimonie de l’évolution. Leur percée consistait à caractériser des séquences très courtes, disloquées et répétitives de l’ADN égoïste, dont on pouvait prouver qu’elles codaient des instructions pour des opérations d’un niveau hiérarchique supérieur à ce que l’on constatait habituellement au niveau des gènes : la différenciation cellulaire, le séquençage de l’ordre d’information, l’apoptose et ainsi de suite.
Il aurait du mal, évidemment, à utiliser cette nouvelle avancée pour élucider les énigmes que recelait l’ADN génomique partiellement dégradé du fossile, mais les séquences de nucléotides étaient visibles au microscope électronique – ou, pour être plus précis, les remplacements minéraux caractéristiques des couplets d’adénine-thymine et de cytosine-guanine, remplacements bien documentés dans la littérature, étaient là, et clairement identifiables. Des nanofossiles, en effet, mais lisibles pour qui savait les déchiffrer. Et une fois leur lecture achevée, il serait possible de bricoler des séquences de nucléotides vivants identiques aux séquences originales de la créature fossile. En théorie, on pouvait recréer la créature de départ, bien qu’en pratique le génome entier ait complètement disparu, ce qui rendait l’opération impossible. Non que personne n’ait essayé avec des organismes fossiles plus simples, soit en partant de zéro, soit en utilisant des techniques d’hybridation de l’ADN pour greffer des expressions déchiffrables sur des patrons vivants, de préférence issus de l’ancêtre primitif, bien sûr.
Avec cet antique dauphin, probablement un dauphin d’eau douce (bien qu’ils supportent pour la plupart l’eau salée ; après tout, ils vivaient à l’embouchure des fleuves), une résurrection complète était impossible. Ce n’était pas ce que Smith essayait de faire, de toute façon. Ce qui l’intéressait, c’était de trouver des fragments qui n’avaient pas l’air d’être dans les brins contemporains, et de voir ce que ces animaux expérimentaux donnaient dans les tests d’hybridation et dans divers environnements. Chercher les différences de fonctionnement.
Il procédait aussi, quand il pouvait, à des tests de mitochondries qui, s’ils réussissaient, permettraient une datation plus précise du moment où les espèces avaient divergé à partir de leur souche commune. Il pourrait lui attribuer un emplacement précis sur l’arbre généalogique des mammifères marins, qui était très complexe au début du pliocène.
Les deux voies de recherche exigeaient un travail intensif, qui ne demandait pas beaucoup de réflexion mais était très absorbant – l’occupation idéale, en somme. Il travailla ainsi, sans lever le nez, des heures d’affilée, tous les jours, pendant des semaines, puis des mois. Il réussissait parfois à rentrer chez lui par le tram, avec Selena, mais c’était rare. Elle rédigeait ses dernières conclusions avec ses collaborateurs ; Mark, surtout. Elle avait des horaires irréguliers. Le travail évitait à Smith de réfléchir ; c’est pour ça qu’il n’arrêtait jamais. Ce n’était pas une solution, ni même une bonne stratégie ; au contraire, ça paraissait aggraver les choses, mais il continuait malgré un sentiment croissant de désespoir et de deuil.
— Qu’est-ce que tu penses du boulot d’Acheron ? demanda-t-il un jour à Frank en indiquant le dernier listing envoyé par le labo de Kohl, surchargé de notes, posé sur son bureau.
— C’est très intéressant ! On dirait qu’on remonte en amont des gènes, jusqu’au manuel d’instruction complet.
— S’il y en a un.
— Il faut bien, non ? Sauf que je ne suis pas sûr que les données du labo de Kohl fixent un taux de mutants adaptatifs assez haut. Ohta et Kimura suggéraient une limite supérieure de dix pour cent, et ça correspond à mes observations.
Smith acquiesça, rassuré.
— Ce sont probablement des estimations prudentes.
— Sans doute, mais il faut bien faire avec.
— Alors, compte tenu de tout ça, tu penses que j’ai raison de continuer avec cet ADN génomique ?
— Ben oui, évidemment. Pourquoi cette question ? Il est évident que ça va nous révéler des choses intéressantes.