Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Mathurine n’entendait plus et tapait toujours, aveuglément, follement. Et, en frappant, elle grondait:
– Il n’y a rien ici à moi! On me pilerait dans l’auge qu’on n’aurait pas de moi trente-cinq sous! À manger, coquin! À boire, voleur! N’as-tu pas l’âge de gagner ta vie! N’est-ce pas toi qui devrais donner le boire et le manger à ta vieille mère faible et infirme!
Les coups sonnaient, le sang coulait. Le gars Vincent commençait à crier misère, mais rien ne bougeait au-dehors.
En voyant le sang, la Goret devint furieuse. C’était une femelle de taureau, elle eut la fièvre rouge. À la volée, elle jeta les sabots qui brisèrent une vitre et saisit un grand pieu à planter les choux qui se trouvait à portée de sa main.
En même temps, selon l’instinct étrange de toutes les femmes qui appellent du secours, même quand elles assomment l’autre sexe, leur maître, elle se mit à hurler:
– À la garde! à la force! au voleur! à l’assassin! on m’égorge!
Et elle lança un coup de bout à l’éclopé qui para en tombant à plat ventre.
Le pauvre diable, aux abois, cherchant machinalement une arme pour se défendre, plongea sa main dans sa poche et en retira son couteau.
Si vous saviez quel misérable couteau! un eustache de six liards qui se retournait sens devant derrière et branlait entre les deux lattes de son manche de bois blanc, un couteau qui n’aurait pas saigné un poulet, un couteau qui n’aurait pas même pelé une pomme.
Cependant c’était un couteau. Le nom fait la chose.
Au bruit du carreau qui éclatait, on avait entendu une rumeur au-dehors. La porte s’ouvrit avec violence, juste au moment où la Goret déchargeait à deux mains un terrible coup de pieu sur le crâne du malheureux gars, qui lâcha son couteau, et s’affaissa inanimé.
La porte ouverte donna passage à un petit groupe de paysans des deux sexes.
Au-devant d’eux marchait un personnage remarquable, évidemment étranger à la contrée: mine effrontée, cheveux d’un jaune poussiéreux, chapeau Jeune-France, costume élégant du prix de 45 francs (complet), à la Belle-Jardinière.
En deux sauts, Clampin, dit Pistolet – c’était lui dans l’exercice de ses fonctions -, traversa la chambre et tomba sur le petit couteau qu’il éleva triomphalement entre l’index et le pouce.
– Voilà la preuve du délit! prononça-t-il avec emphase. Villageois, vous êtes témoins. Ce n’est pas moi qui ai inventé cette arme meurtrière. La respectable mère de famille qui est devant vos yeux a failli devenir victime d’un parricide!
Les paysans regardaient tour à tour d’un air incertain l’enfant écrasé qui gisait à terre et la Goret qui venait de s’asseoir sur la table, écarlate et prête à crever d’un coup de sang.
– C’est pourtant vrai, dit un valet de charrue, que le gars avait son couteau.
– Sûr! ajouta un pâtour, et que la Goret a de l’argent à voler plein sa paillasse.
– Tu mens, toi! s’écria Mathurine, maniant avec peine sa langue épaisse.
– Et dans ses armoires aussi, reprit le valet, et dans sa cave.
– Et dans tout! fit le chœur des assistants. Elle a de l’or gros comme la paroisse!
– Vous mentez! répéta Mathurine. Mon fiot a voulu faire la fin de moi, pour trente-cinq sous de casse qu’il a eue chez ses maîtres les Mathieu… et décampez, racaille! Je n’aime point voir les gens chez moi!
Personne ne bougea.
Personne non plus n’eut l’idée de secourir l’éclopé.
Cinq ou six gars et deux filles restaient là chômés, comme ils parlent, c’est-à-dire debout, les jambes écartées, la tête pendante et les bras ballants.
Évidemment nul d’entre eux n’était jamais entré dans le logis de Mathurine, car ils regardaient avec un sournois étonnement le luxe disparate des fauteuils, des tapis et des rideaux.
Il y avait là de quoi causer pour longtemps aux champs et à la veillée.
Aucun des «gens de Paris» ne se montrait en ce moment.
Pistolet était ici chez lui comme partout, il prit une écuelle, puisa de l’eau à la cruche et vint offrir ce simple breuvage à la Goret, qui le repoussa énergiquement.
Pistolet porta l’écuelle à l’éclopé qui reprenait ses sens et qui but avec avidité.
– Monstre! lui dit le gamin du haut de son indignation, tu n’as pas même la conscience de ton crime!
Les paysans s’étaient groupés et chuchotaient.
– Y a bien des vilenies dans c’te maison-là, disait l’un.
– Et des cache-cache! répondait l’autre.
– Et quand la justice y descendra, on en verra des péchés! Mathurine se remit sur ses pieds et prit son plantoir.
Les paysans reculèrent.
– Villageois! dit Pistolet, qui en étonna au moins deux par la force qu’il mit à les saisir sous les épaules, vous êtes priés d’aller chacun chez vous. Soyez discrets. La divulgation de pareils attentats ne peut être que nuisible aux mœurs. Mais si ce malheureux usait une seconde fois de violence, vous avez vu, vous sauriez éclairer la justice, en qualité de témoins véridiques et sincères.
– Ah çà! quoi que vous êtes, vous? demanda le valet de charrue en essayant de résister.
Pistolet le jeta dehors avec son camarade en répondant:
– Je suis un bourgeois de Paris, la grand-ville, et je voudrais avoir votre vigoureuse santé, simples habitants des campagnes.
Il en lança deux autres à la porte, embrassa les deux filles et reprit:
– Bonsoir, villageois, portez-vous bien, mes amis.
Dès que la salle fut vide, la porte opposée, donnant dans l’étable et de là dans la cour, s’ouvrit brusquement. Le vicomte Annibal, Cocotte et Piquepuce parurent sur le seuil.
Tous trois étaient armés.
Pistolet croisa ses bras sur sa poitrine dans une attitude dramatique.
– Pas de bêtise, dit-il. Vous pouvez me regarder dans les yeux: Il fait jour.
– Tu as trop bien joué, l’ami, répliqua le vicomte. Qui t’a mis au fait?
– Celui-ci, riposta le gamin, en montrant du doigt Piquepuce.
– Je n’ai prononcé qu’un mot, prononça ce dernier. Il a tout compris.
– Qui es-tu? demanda Annibal avec menace; d’où viens-tu?
Pistolet mit un doigt sur sa bouche et glissa un regard vers la Goret qui fourrait le goulot de la bouteille au remède entre ses dents.
– Si vous m’aviez demandé: Que fais-tu? prononça-t-il tout bas, j’aurais répondu: Je joue la poule.
– Je te conseille de ne pas plaisanter!…
– Compagnon, cherchez plus sérieux que moi! Si vous m’aviez demandé où ça que je joue la poule, je vous aurais ajouté: à l’estaminet de L’Épi-Scié.
Annibal, à ce nom, hésita. Il tendit la main à Pistolet et lui dit tout bas:
– Faites le signe.
Mais le gamin poussa un grand cri de joie et s’élança vers la porte du fond, où se montrait le minois curieux de Mlle Joséphine de Noirmoutiers.
– Mèche!
– Clampin!