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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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– Monsieur Comayrol, vous passez les bornes. Mon âge et ma position sociale devraient me défendre contre vos polissonneries!

Comayrol se retourna, toujours bon enfant, le saisit à bras-le-corps et le porta jusque sur le divan en disant:

– Pas plus lourd qu’un petit paquet de bois sec!

La porte s’ouvrit de nouveau, donnant passage à une autre ruine: précieuse celle-là, et supérieurement entretenue.

Du jais, de l’ivoire et des roses, tels étaient les matériaux de cette idole vieillie, le vicomte Annibal Gioja, des marquis Pallante.

– Verni de haut en bas! dit le joyeux Comayrol en lui tendant la main. Annibal, quand donc me donneras-tu l’adresse de ton embaumeur?

Le brillant Napolitain ne daigna pas répondre, mais Jaffret dit en rabattant son bonnet de soie noire sur ses longues oreilles frileuses:

– Mauvais temps! toujours mauvais temps cette année.

Comayrol était allé s’asseoir auprès du Dr Samuel.

– Mon Prince, dit-il de loin au fils de Louis XVII, depuis que vous avez hérité de vos droits divins à la couronne de Saint Louis, on ne vous a encore fait jouer aucun air varié avec escalade et effraction, hé?

Le Prince épaissit le masque idiot qui était à demeure sur son visage et répondit avec un sourire content:

– Il paraît que ça va chauffer, monsieur Comayrol?

– Parlons raison, mes brebis, reprit celui-ci. Le vicomte Annibal est un Savoyard en sucre candi, et s’il a le Scapulaire, c’est pour la forme. La véritable tête de l’association, en l’absence d’un plus digne, c’est le bon Jaffret, un peu entamé par l’âge et les infirmités, mais qui marche encore assez droit, quand je suis là pour lui donner le bras. L’histoire de notre Brésilien commence à être mûre. Jaffret et moi, nous avons inondé le noble faubourg de ses actions, en présentant l’entreprise comme destinée à envoyer au Para tous les démagogues de France et de Navarre, transformés en propriétaires sages comme des images. À l’estime de Jaffret, monsieur le duc de Chaves doit avoir deux millions en caisse pour le moins.

– Il m’a en effet parlé de deux millions, dit le vicomte Annibal. Jaffret le regarda de travers en murmurant:

– Vous savez que vous n’avez pas le droit de toucher à ce gâteau, vous, bel homme.

– Je pense être au-dessus du soupçon, répondit fièrement Annibal. En tout cas, monsieur le duc est d’une honnêteté antique à l’endroit des affaires. Hier il a emprunté deux mille louis plutôt que de toucher au contenu de sa caisse commerciale. Je conçois, mes très chers, que ma position de confiance intime auprès de Son Excellence vous inspire quelque jalousie ou même quelques inquiétudes. Nous sommes ensemble, le duc et moi, comme les deux doigts de la main; mais il ne faut pas oublier que vous me devez cette affaire et que, sans moi, les piastres brésiliennes vous passaient sous le nez!

– Tu es un ange, Annibal! dit Comayrol. Messieurs, autre chose. Quelqu’un de vous se souvient-il d’un drôle, appelé Similor, qui fut employé différentes fois comme auxiliaire, notamment dans l’affaire J. -B. Schwartz et dans l’affaire de l’hôtel de Clare?

Le bon Jaffret seul avait un vague souvenir de notre ami.

– En deux mots, qu’est-ce que c’est que Similor? demanda le Dr Samuel.

– C’est un va-nu-pieds, répondit Comayrol.

– Et pourquoi nous parlez-vous de ce va-nu-pieds?

– Parce qu’il ne faut rien négliger, répliqua l’ancien clerc de notaire. Similor est venu chez moi aujourd’hui et m’a rappelé ses états de services. J’ai cru d’abord qu’il voulait un secours, mais non, son désir était seulement de nous mettre en rapport avec un fils qu’il a et qu’il déclare être un brillant sujet. Je lui ai dit qu’il pouvait envoyer son fils, mais, dans l’intervalle, j’ai pris des renseignements, et je ne fais pas un fond énorme sur l’affaire. Au bureau de notre ancienne agence, où tous nos hommes sont classés et numérotés, on ne connaît pas d’autres fils au nommé Similor que le nommé Saladin, ancien artiste en foire et avaleur de sabres.

– Jolie recrue! fut-il dit à la ronde.

Le garçon du café Massenet apporta le punch au kirsch commandé. Quand il eut déposé le plateau sur une table, il tira de sa poche une large carte en porcelaine qu’il mit entre les mains de Comayrol.

– Marquis de Rosenthal! lut l’ancien clerc de notaire. Connais pas… Ce monsieur est là?

– Oui, répondit le garçon, il vient de la part de son père.

Les membres du Club des Bonnets de soie noire échangèrent entre eux des regards indécis.

– C’est peut-être le fils de ce Similor, murmura Jaffret.

– Faites entrer, dit Comayrol, nous verrons bien.

L’instant d’après un jeune homme habillé à la dernière mode, lorgnon dans l’œil, cheveux séparés derrière la tête, col brisé comme une carte de visite qu’on laisse chez les concierges, petite jaquette boudin, pantalon demi-collant, chapeau bas, gants rouges et stick à bec de corbin, entra dans le cénacle à petits pas, et vint jusqu’au centre de la chambre où il s’arrêta pour lorgner curieusement les assistants.

Le garçon s’était retiré. Le bon Jaffret prit la peine d’aller voir lui-même si les portes étaient bien fermées.

– Messieurs, dit le nouvel arrivant, je suis bien votre serviteur. J’ai beaucoup entendu parler de vous. Comme j’ai besoin de quelques collaborateurs pour une petite opération présentant d’assez beaux bénéfices, j’ai songé à m’adresser à vous. Mon domestique se trouvait être de votre connaissance; il m’a indiqué un certain monsieur Comayrol. Lequel d’entre vous, s’il vous plaît, est monsieur Comayrol?

– C’est moi, répliqua l’ancien domestique, monsieur le marquis, vous faites erreur, je n’ai vu que monsieur votre père.

Saladin lui tendit le doigt avec une si parfaite insolence que les membres du club eurent un sourire d’involontaire approbation.

– Mon père, dit-il du bout des lèvres, mon domestique, c’est tout un, cher monsieur Comayrol. Le maraud, dont vous me faites l’honneur de me parler, cumule ces deux fonctions auprès de ma personne.

IX La chanson de l’avaleur

Monsieur le marquis de Rosenthal ayant prononcé ces paroles remarquables prit un siège et vint se placer en face du divan où étaient Comayrol et le bon Jaffret.

– Messieurs, poursuivit-il d’un ton décent et plein de modestie, vous êtes une association illustre et moi je ne suis qu’un simple paltoquet, c’est pourquoi il était bien naturel que je fisse toilette pour avoir l’honneur de me présenter devant vous: toilette de corps, toilette d’esprit, toilette de situation. Je ne m’habille pas comme cela tous les jours; je suis préparé comme un candidat qui va passer son examen, et j’ai choisi pour la circonstance le plus joli de tous mes noms. Vous aurez, je l’espère, quelque indulgence en faveur d’un néophyte qui vous veut le plus grand bien, mais qui ne peut pas pousser la courtoisie jusqu’à vous dire hypocritement que, selon lui, sa jeunesse ne vaut pas votre décrépitude.

– Vayadioux! s’écria Comayrol, nous ne détestons pas la plaisanterie, monsieur Saladin, mais nous avons autre chose à faire ici que de vous voir avaler des sabres!

Le Prince et le Dr Samuel s’étaient rapprochés; le vicomte Gioja se tenait à l’écart d’un air superbe.

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