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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Agnès bougea.

— Les hommes d’église dormiront dans ce lit, et la sœur et les femmes de la suite de Messire Bloet dans la soupente.

— Et moi, où dormirai-je ? demanda l’enfant.

Elle se contorsionna pour se dégager des bras de Kivrin.

— Nous irons dans la grange, lui répondit sa mère. Mais tu devras attendre que nous ayons fait les lits. Va jouer, en attendant.

Cet encouragement était superflu. Elle s’éloigna vers l’escalier à cloche-pied, en agitant les bras pour faire tinter sa clochette.

Eliwys remit la literie à Kivrin.

— Portez ceci dans la soupente, et rapportez-moi le couvre-lit en petit-gris que vous trouverez dans le coffre sculpté de mon époux.

— L’envoyé de l’évêque et ses hommes resteront-ils longtemps ?

— Je l’ignore. Pas plus de deux semaines, j’espère, car la viande viendra à manquer. N’oubliez pas les traversins.

Quinze jours, un délai plus que suffisant, bien au-delà de la date du rendez-vous. Quand Kivrin redescendit, le prélat ronflait dans le siège de Messire Guillaume et le clerc avait placé ses pieds sur la table. Le moine bloquait une des servantes de Messire Bloet dans un angle de la salle et Gawyn avait disparu.

Elle donna les draps et le couvre-lit à Eliwys et lui proposa de porter la literie dans la grange.

— Agnès est épuisée, dit-elle. Je voudrais la coucher.

Eliwys hocha la tête, l’esprit ailleurs. Kivrin redescendit rapidement et traversa la cour. Gawyn n’était ni dans les écuries ni dans la brasserie. Elle surveilla les latrines jusqu’au moment où deux jeunes rouquins en sortirent, la regardèrent avec curiosité, puis disparurent dans la grange. Gawyn s’était peut-être éclipsé avec Maisry, ou joint aux libations des villageois sur le terrain communal. Elle entendait leurs rires alors qu’elle répandait de la paille sur le plancher du fenil.

Elle étala des fourrures et des couvertures sur ce matelas improvisé puis redescendit et emprunta le passage. Les paysans avaient allumé un feu de joie devant le cimetière. Ils se réchauffaient les mains au-dessus des flammes et buvaient dans de grandes cornes.

Elle vit le père de Maisry et l’intendant, mais pas Gawyn.

Il n’était pas non plus dans la cour. Rosemonde restait près du portail, emmitouilée dans son manteau.

— Que faites-vous là ? lui demanda Kivrin.

— J’attends mon père. Gawyn m’a dit qu’il rentrerait avant le lever du jour.

— Où l’avez-vous vu ?

— Dans les écuries.

Elle regarda dans cette direction.

— Il fait trop froid pour rester à l’extérieur. Rentrez, je dirai à Gawyn d’aller vous avertir dès que votre père arrivera.

— Non, je n’y tiens pas.

Sa voix s’était brisée et Kivrin leva sa lanterne. Rosemonde ne pleurait pas mais ses joues étaient rouges. Qu’avait pu faire Messire Bloet pour l’inciter à fuir ? Mais peut-être avait-elle eu peur du moine, ou du clerc ivre.

Kivrin la prit par le bras.

— Allez dans les cuisines, il y fait plus chaud.

Rosemonde hocha la tête.

— Mon père a promis de venir pour Noël.

Afin de chasser de chez lui le prélat et son escorte ? s’interrogea Kivrin. Rompre les fiançailles de sa fille ? « Mon père ne veut que mon bien », avait-elle dit, mais il ne pourrait revenir sur sa parole et dresser contre lui un individu qui avait de « nombreux et puissants amis ».

Kivrin la conduisit jusqu’aux cuisines et dit à Maisry de lui préparer un vin chaud.

Puis elle alla dans les écuries. Gawyn n’y était pas.

Elle revint au manoir, en se demandant si Imeyne ne l’avait pas chargé de porter un autre message. Mais cette femme s’entretenait avec l’envoyé de l’évêque et Gawyn parlait à des hommes de Messire Bloet, dont les deux rouquins qu’elle avait vus sortir des latrines. Messire Bloet était quant à lui près du feu avec sa belle-sœur et Eliwys.

Kivrin s’affaissa sur le banc des mendiants, à côté des paravents. Elle ne pouvait l’aborder pour l’interroger sur l’emplacement du point de transfert.

— Rendez-le-moi ! gémit Agnès.

Elle était avec les autres enfants, près de l’escalier de la chambre, et les petits garçons accaparaient son chiot pour le caresser et tripoter ses oreilles. Elle avait dû aller le chercher dans les écuries pendant que Kivrin était dans la grange.

— C’est mon chien ! Donnez-le-moi !

Elle se leva.

— Je traversais les bois quand j’ai découvert une jeune fille inanimée, disait Gawyn. Elle avait été attaquée par des brigands et gravement blessée. Sa tempe était en sang.

Elle hésita. Agnès martelait de ses poings le bras d’un petit garçon. Kivrin décida d’écouter la suite du récit de Gawyn :

— « Belle Damoiselle, qui a perpétré un pareil forfait ? » lui ai-je demandé. Mais elle ne pouvait me répondre car les coups reçus l’avaient privée du don de la parole.

Agnès avait récupéré Blackie et le serrait contre sa poitrine. Kivrin aurait dû secourir le malheureux animal mais elle resta assise et tendit le cou pour regarder au-delà de la coiffe de la belle-sœur de Bloet. Dites-leur où vous m’avez découverte, ordonna-t-elle en pensée à Gawvn. Dans quelle partie des bois.

— « Je suis votre homme lige et je pourfendrai ces voleurs malfaisants ! me suis-je exclamé. Mais je crains de vous laisser seule ». Et dès qu’elle recouvra ses esprits elle me demanda de prendre en chasse les misérables qui l’avaient dépouillée et molestée.

Eliwys se leva et alla vers la porte. Elle resta un moment sur le seuil, visiblement angoissée, puis revint s’asseoir.

— Non ! hurla Agnès.

Un des neveux de Messire Bloet tenait Blackie au-dessus de sa tête, d’une seule main. Si Kivrin n’intervenait pas, ils finiraient par tuer le chiot et il était sans objet d’écouter la suite du « Sauvetage de la Jeune Fille des Bois » car cette narration n’avait pas pour but de servir la vérité mais d’impressionner Eliwys. Elle alla vers les enfants.

— Les voleurs n’étaient pas partis depuis longtemps, ajoutait Gawyn. J’ai aisément trouvé leurs traces et les ai pourchassés sur mon fougueux destrier.

Le neveu de Messire Bloet tenait à présent Blackie par ses pattes antérieures et l’animal, suspendu dans les airs, poussait des glapissements pathétiques.

— Kivrin ! cria Agnès en la voyant.

Elle se jeta dans ses jupes. Le petit garçon posa le chiot et recula. Les autres enfants battirent eux aussi en retraite. Agnès alla récupérer Blackie.

— Vous l’avez sauvé !

Kivrin secoua la tête.

— Il est grand temps d’aller te coucher.

— Je ne suis pas fatiguée !

— Mais Blackie a sommeil et il ne s’endormira pas sans toi.

L’argument parut porter et, sans laisser à Agnès le temps de lui trouver des failles, elle les prit tous les deux dans ses bras.

— Il veut que tu lui racontes un joli conte, dit-elle.

Elle se dirigea vers la porte et sortit dans la cour.

— Blackie aime les histoires de chats, déclara Agnès en le berçant.

Puis Kivrin tint l’animal pendant que la fillette gravissait l’échelle du fenil. Il dormait déjà, épuisé par tant de manipulations. Elle le posa dans la paille, à côté du lit improvisé.

Agnès le récupéra aussitôt, pour lui dire :

— Il était une fois un chaton désobéissant…

Kivrin les couvrit d’une fourrure. Il faisait trop froid pour se dévêtir.

— Il aimerait que je lui prête ma clochette, déclara l’enfant.

Elle voulut faire glisser le ruban autour de sa tête.

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