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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Comment est-ce arrivé, Yarmuz ?

Khitain haussa les épaules. D’un grand geste de la main il montra les animaux fraîchement capturés par le zoologiste : les haigus à trois cornes, le dhumkar nain, le canavong, cyclope monstrueux, les dhiims, tous bizarres et terrifiants, tous mus par une faim et une rage dévorantes.

— Et comment cela est-il arrivé ? demanda-t-il. Si des créatures aussi étranges sont lâchées sur la surface de la planète, pourquoi ne pas faire d’un balayeur un Coronal ? D’abord un jongleur, puis un balayeur et peut-être un zoologiste ensuite, qui sait ? Pourquoi pas ? Qu’en dites-vous ? « Vingole ! Lord Vingole ! Vive lord Vingole ! »

— Arrêtez, Yarmuz.

— Vous étiez dans les forêts avec vos dhiims et vos manculains. Moi, j’étais obligé de suivre ce qui se passait ici. Je me sens très las, Vingole. J’en ai trop vu.

— Lord Thallimon ! Ça alors !

— Lord ceci, lord cela, lord n’importe qui… depuis un mois, il y a une véritable épidémie de Coronals, et même deux ou trois Pontifes en prime. Ils ne font pas long feu. Mais espérons que Thallimon durera un peu plus longtemps. Au moins, il y a des chances qu’il protège le parc.

— Contre quoi ?

— Un assaut de la populace. Il y a des affamés en ville et ici nous continuons à nourrir les animaux. Le bruit court que des agitateurs incitent le peuple à prendre le parc d’assaut et à abattre tous les animaux pour les manger.

— Êtes-vous sérieux ?

— Eux le sont apparemment.

— Mais ces animaux n’ont pas de prix… ils sont irremplaçables !

— Expliquez cela à un affamé, Vingole, répliqua calmement Khitain.

— Et croyez-vous que ce lord Thallimon sera capable de retenir la foule si elle décide de donner l’assaut au parc ? demanda Nayila en le regardant droit dans les yeux.

— Il a travaillé ici. Il connaît l’importance de ce que nous avons. Et il doit aimer les animaux, vous ne croyez pas ?

— Il balayait les cages, Yarmuz.

— Même…

— Il a peut-être faim lui aussi, Yarmuz.

— La situation est préoccupante mais elle n’est pas désespérée.

— Pas encore. D’ailleurs, qu’y a-t-il à gagner en mangeant quelques sigimoins, dimilions ou zampidoons décharnés ? Un seul repas pour quelques centaines de personnes à un tel coût pour la science ?

— Il n’y a rien de moins raisonnable qu’une foule, dit Nayila. Et je crains que vous ne surestimiez votre Coronal-balayeur. Peut-être détestait-il être ici… détestait-il son travail, vous-même et les animaux. Il peut également estimer qu’il lui serait politiquement profitable de monter jusqu’ici à la tête de ses partisans afin de leur offrir un repas. Il sait comment pénétrer dans l’enceinte, n’est-ce pas ?

— Eh bien… je suppose.

— Tout le personnel le sait. Où se trouvent les clés, comment neutraliser le champ pour pouvoir entrer…

— Il ne ferait pas cela !

— C’est possible, Yarmuz. Prenez des dispositions. Armez le personnel.

— Les armer ? Avec quoi ? Croyez-vous que j’aie des armes ici ?

— Ce lieu est unique. Si les animaux périssent, on ne pourra pas les remplacer. Vous avez des responsabilités, Yarmuz.

Au loin, mais Khitain eut l’impression que ce n’était pas si loin qu’auparavant, retentirent les cris : « Thallimon ! Vive lord Thallimon ! »

— Croyez-vous qu’ils s’approchent ? demanda Nayila.

— Il ne ferait pas cela ! Il n’oserait pas !

Thallimon ! Vive lord Thallimon !

— On dirait qu’ils sont plus près, dit Nayila.

Il y eut du remue-ménage à l’autre bout de la pièce. Un des gardiens venait d’entrer en hâte, hors d’haleine, les yeux écarquillés et il appelait Khitain.

— Des centaines de gens ! cria-t-il. Des milliers ! Ils se dirigent vers Gimbeluc !

Khitain sentit la panique le gagner. Il se tourna vers ses subordonnés.

— Vérifiez les portes, dit-il. Assurez-vous bien que tout est clos. Et commencez à fermer les grilles intérieures. Chassez tous les animaux que vous voyez aussi loin que possible vers le nord du parc. Il leur sera plus facile de se cacher dans les bois. Et puis…

— Ce n’est pas la bonne solution, dit Vingole Nayila.

— Que pouvons-nous faire d’autre ? Je n’ai pas d’armes, Vingole. Je n’ai pas d’armes !

— Moi, j’en ai.

— Comment cela ?

— J’ai risqué ma vie des centaines de fois pour capturer les animaux de ce parc. Surtout ceux que j’ai ramenés aujourd’hui. Et j’ai l’intention de les défendre.

Il s’éloigna.

— Allez ! cria-t-il à la cantonade. Venez me donner un coup de main pour soulever cette cage !

— Que faites-vous, Vingole ?

— Ne vous occupez pas de ça. Allez surveiller vos portes. Sans attendre de l’aide, Nayila commença à hisser la cage des dhiims sur le petit chariot qui avait servi à la transporter dans le bâtiment. Khitain comprit soudain quelle arme Nayila comptait utiliser. Il se précipita vers lui et le tira par le bras. Nayila l’écarta sans peine et, indifférent aux protestations rauques du conservateur, il guida le chariot hors du bâtiment.

Le bruit que faisaient les envahisseurs montant de la ville et acclamant toujours leur chef devenait de plus en plus proche. Le parc va être saccagé, songea Khitain, atterré. Mais pourtant… si Nayila a vraiment l’intention…

Non. Non. Il sortit en courant du bâtiment, plissa les yeux dans l’obscurité naissante et aperçut Vingole Nayila déjà loin, près de l’entrée est. Les cris étaient de plus en plus forts. « Thallimon ! Thallimon ! »

Khitain vit la foule se déverser sur l’esplanade qui s’étendait de l’autre côté de la porte et où le public attendait le matin l’heure d’ouverture. Cette silhouette bizarre en robe rouge bordée de blanc, n’était-ce pas celle de Thallimon ? Juché sur une sorte de palanquin, il agitait frénétiquement les bras en exhortant la foule à avancer. Le champ d’énergie entourant le parc était destiné à tenir à distance quelques individus ou un ou deux animaux mais il n’était pas conçu pour résister à la poussée d’une multitude en délire. On n’avait pas en générai affaire à des multitudes en délire dans le parc. Mais cette fois…

— Éloignez-vous ! hurla Nayila. Arrêtez ! Je vous préviens !

Thallimon ! Thallimon !

— Éloignez-vous d’ici, je vous préviens !

Ils ne lui prêtèrent aucune attention. Ils avançaient comme un troupeau de bidlaks affolés, chargeaient en renversant tout sur leur passage. Khitain vit avec horreur Nayila faire signe à l’un des portiers qui coupa la barrière d’énergie le temps que Nayila pousse la cage des dhiims sur l’esplanade, tire le verrou qui en fermait la porte et revienne en courant se mettre à l’abri derrière le voile rosâtre.

— Non, gémit Khitain. Même pour protéger le parc… non… non.

Les dhiims sortirent de leur cage avec une telle vivacité qu’on ne pouvait distinguer les uns des autres les petits animaux qui formaient un flot continu de fourrure dorée et d’ailes noires aux battements frénétiques.

Ils prirent rapidement de la hauteur et quand ils furent à une douzaine de mètres, ils se laissèrent tomber en piqué avec une force effrayante et une implacable férocité, fondant sur l’avant-garde de la foule comme s’ils n’avaient rien mangé depuis plusieurs mois. Ceux qu’ils attaquaient ne semblèrent pas comprendre au début ce qui leur arrivait ; ils essayèrent d’écarter les dhiims d’un revers de main agacé, comme s’il s’agissait d’insectes importuns. Mais les dhiims ne se laissaient pas écarter si facilement. Ils plongeaient, frappaient, arrachaient des morceaux de chair qu’ils remontaient dévorer dans les airs avant de lancer une nouvelle attaque. Le nouveau lord Thallimon dont le sang coulait d’une douzaine de plaies tomba de son palanquin et s’étala de tout son long. Les dhiims continuaient à fondre sur ceux des premiers rangs qui étaient blessés et ne cessaient de les harceler, mordant, tirant, arrachant les fibres des muscles dénudés et des tissus organiques plus tendres.

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