Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Elle ouvrit de grands yeux, sans comprendre.
— Vous êtes dans une ferme, non ?
— Oui, mais les bâtiments sont très éloignés. Je suis au milieu d’un champ d’orge et il n’y a pas un seul cochon, oiseau ou poisson à trois kilomètres à la ronde.
Elle reporta son attention sur les pierres.
Pas d’oiseaux. Pas de porcs. Pas d’autochtones. Le virus ne venait pas du chantier archéologique. Ni d’ailleurs, peut-être. Il avait pu muter spontanément pour s’abattre sur Oxford comme la peste sur les occupants de ce cimetière.
Montoya leva un caillou vers la lumière et gratta les taches de boue avec l’ongle avant de le frotter sur sa manche. Dunworthy prit brusquement conscience qu’il ne s’agissait pas de pierres mais d’ossements. Les vertèbres ou les orteils du chevalier. Requiescat in pace.
Elle s’intéressa à un os irrégulier gros comme une noix, remit le reste sur le plateau, prit une brosse à dents dans une poche de sa chemise et nettoya les cavités en grimaçant.
Gilchrist n’accepterait jamais l’hypothèse d’une mutation spontanée. Il préférait la théorie du virus venu du XIVe siècle. Et il était bien trop fier de l’autorité que lui conférait son poste de recteur remplaçant pour céder à Dunworthy, même si ce dernier avait vu des canards barboter dans les flaques du cimetière.
— Je dois contacter M. Basingame. Où est-il ?
— Basingame ? Je n’en ai pas la moindre idée, fit-elle en lorgnant toujours l’os.
— Mais… ne deviez-vous pas le joindre pour obtenir une dispense du ministère de la Santé ?
— Si. Et j’ai passé deux jours à téléphoner aux guides truite et saumon d’Écosse avant de décider que ça commençait à bien faire. À mon avis, il n’est pas là-bas.
Elle sortit un canif de son jean et gratta l’os.
— Comment avez-vous obtenu son autorisation, si vous ne savez pas où il est ? N’aviez-vous pas besoin de sa signature ?
— C’est exact, fit-elle. Je l’ai imitée.
Un éclat d’os s’envola et tomba sur le linceul en plastène. Elle l’étudia, le remit sur le plateau et s’accroupit pour en dégager d’autres, aussi absorbée par sa tâche que Colin lorsqu’il examinait son bonbon. Dunworthy se demanda si elle n’avait pas oublié jusqu’à l’existence de Kivrin.
Il raccrocha puis retourna à l’hôpital pour informer Mary de ce qu’il venait d’apprendre et commencer l’interrogatoire des « indirects », dans l’espoir de découvrir la source du virus. Pendant que la pluie diluvienne continuerait d’emporter d’inestimables reliques du passé.
Les carillonneuses et Finch étaient toujours à l’ouvrage. Ils tiraient leur corde selon un ordre déterminé, s’accroupissant et s’étirant tour à tour. Les tintements sonores évoquaient le tocsin, un appel au secours.
Veille de Noël 1320 (calendrier julien). J’ai moins de temps que je ne le pensais. Rosemonde m’a annoncé que sa grand-mère voulait me voir, à mon retour des cuisines. Dame Imeyne était plongée dans une conversation animée avec l’envoyé de l’évêque. Son expression laissait supposer qu’elle dressait la liste des maladresses du père Roche, mais elle m’a désignée en disant :
— Voici la femme en question.
Femme, pas jeune fille, et le ton était acerbe, presque accusateur. Je me suis demandé si elle avait dit au prélat qu’elle me suspectait d’être une espionne française.
— Elle prétend qu’elle ne se souvient de rien, mais elle sait parler et même lire.
Elle se tourna vers Rosemonde.
— Où est ta broche ?
— Sur mon manteau, que j’ai rangé dans la soupente.
— Va la chercher.
Sa petite-fille obéit, à contrecœur. Sitôt qu’elle fut partie, Imeyne ajouta :
— Messire Bloet lui a offert un bijou avec une inscription écrite en roman. Cette femme l’a lue, et à l’église elle récitait la messe avant le prêtre.
— Qui vous a appris à lire ? demanda l’envoyé de l’évêque d’une voix avinée.
Je n’osai répéter que Messire Bloet avait précisé le sens de cette phrase, de crainte qu’il ne l’eût déjà nié.
— Je ne saurais le dire. J’ai oublié tout ce que j’ai vécu avant que les bandits ne m’assomment dans ces bois.
— À son éveil, elle parlait une langue que nul ne pouvait comprendre, déclara Imeyne comme si c’était une preuve de ma culpabilité.
Mais j’ignorais de quoi elle m’accusait, et en quoi cela concernait le prélat.
— Saint Père, irez-vous à Oxenford lorsque vous nous quitterez ? lui demanda-t-elle.
— Oui, fit-il, méfiant. Nous ne pourrons accepter votre hospitalité que quelques jours.
— J’aimerais que vous la conduisiez aux bonnes sœurs de Godstow.
— Nous n’irons pas à Godstow, mais je ne manquerai pas d’en parler à l’évêque et de vous tenir informée de sa décision.
C’était une excuse, car le couvent est situé à moins de cinq milles d’Oxford.
— Je suis certaine que c’est une religieuse, car elle connaît le latin et la messe, insista Imeyne. Les nonnes pourront se renseigner sur son compte.
Bien que visiblement ennuyé, le prélat a fini par lui céder. Je partirai donc avec ces hommes et il ne me reste que quelques jours avant leur départ. J’espère être encore là pour le massacre des Innocents, mais j’ai décidé de coucher Agnès puis de chercher Gawyn.
22
Agnès n’accepta de se coucher que peu avant l’aube. L’arrivée des « trois rois », pour la citer, l’avait surexcitée et sa lassitude était moins grande que sa peur de rater un événement important.
Elle resta dans les jupes de Kivrin qui aidait Eliwys à apporter les plats pour le festin. La fillette geignait qu’elle avait faim puis, quand tous passèrent à table, elle refusa d’avaler ne fût-ce qu’une bouchée de nourriture.
Kivrin n’avait pas le temps d’en discuter. Il fallait aller chercher les mets dans les cuisines, de l’autre côté de la cour, de la venaison et du porc rôti, ainsi qu’une énorme tourte. Selon le prêtre de la Sainte Église Re-Formée, le jeûne était respecté entre la messe de minuit et la grand-messe du matin de Noël, mais tous ici — y compris l’envoyé de l’évêque — mangèrent avec appétit le faisan rôti, l’oie et le ragoût de lapin servi avec une sauce au safran. Et le vin coulait à flots. Les « trois rois » en réclamaient sans cesse.
Ils en avaient déjà bu plus que de raison. Le moine lançait des regards paillards à Maisry et le clerc, déjà ivre à son arrivée, ne tarderait guère à rouler sous la table. Le prélat manquait encore plus de modération que ses compagnons et faisait constamment signe à Rosemonde de lui apporter de la boisson, avec des gestes de plus en plus amples et de moins en moins précis.
Parfait, se dit Kivrin. L’alcool lui fera peut-être oublier sa promesse de me conduire au couvent de Godstow. Elle porta du vin à Gawyn, en espérant qu’elle pourrait lui demander où était la clairière, mais il riait avec des hommes de Messire Bloet et ils lui réclamèrent de la bière ainsi que de la viande. Lorsqu’elle revint auprès d’Agnès, la fillette dormait profondément. Kivrin la souleva et l’emporta dans la chambre de Rosemonde.
Dont la porte s’ouvrit sur Eliwys qui tenait dans ses bras un monceau de draps et de couvertures.
— Dame Katherine, je suis heureuse de vous voir. J’aurai besoin de votre aide.