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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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Mais pour le moment, il lui en restait encore assez. Il avait renoncé au blues, qui avait été si important pour lui dans sa période Phil Bushey — B.B. King, Koko & Hound Dog Taylor, Muddy & Howlin’ Wolf, et même l’immortel Little Walter — et il avait renoncé à la baise ; il avait même largement renoncé à se vider les boyaux — il était constipé depuis le mois de juillet. Mais c’était très bien. Ce qui humiliait le corps alimentait l’atman.

Il parcourut une seconde fois des yeux le parking et ce qu’il voyait de la route pour s’assurer que les démons n’y rôdaient pas, puis il glissa l’automatique sous sa ceinture, dans son dos, et prit la direction de la remise, laquelle tenait davantage de l’usine, depuis un certain temps. Une usine qui était pour le moment fermée, mais il pourrait arranger ça, si nécessaire.

9

Rusty Everett se tenait à l’entrée de la remise, derrière l’hôpital. Il avait une lampe torche à la main parce que lui et Ginny Tomlinson — en tant que nouveaux responsables des services médicaux de Chester’s Mill, aussi aberrant que cela fût — avaient décidé de n’utiliser le courant électrique que là où il était absolument indispensable. Sur sa gauche, dans son propre abri, il entendait ronronner le groupe électrogène occupé à grignoter inlassablement le contenu du grand réservoir de propane. La plupart ont disparu, avait dit Twitchell et, bon Dieu, c’était vrai. D’après le relevé d’inventaire sur la porte, il aurait dû y avoir sept de ces bonbonnes, mais il n’en reste que deux. Sur ce point, Twitchell s’était trompé. Il n’en restait qu’une. Rusty fit passer le rayon de sa torche sur l’inscription au stencil bleu, CR HOSP, qui courait le long du flanc argenté de l’énorme bonbonne, sous le logo du fournisseur, Dead River.

« Je te l’avais dit, fit Twitchell dans son dos, faisant sursauter Rusty.

— Sauf qu’il n’en reste pas deux, mais une.

— Tu déconnes ! »

Twitchell s’avança à son tour dans l’encadrement de la porte. Regarda pendant que Rusty promenait le rayon de sa torche et illuminait des caisses de fournitures qui entouraient une aire centrale vide pour l’essentiel.

« Tu déconnes pas.

— Non.

— Chef Suprême, quelqu’un nous vole notre propane. »

Rusty n’avait aucune envie d’y croire, mais impossible de faire autrement.

Twitch s’accroupit. « Regarde là. »

Rusty mit un genou à terre. On avait goudronné, l’été précédent, les mille mètres carrés de terrain situés derrière l’hôpital ; et en l’absence de grands froids pour le craqueler ou le déformer — pour le moment — toute la zone était un plan noir parfaitement lisse. Il était facile de voir des traces de pneus en face des portes coulissantes de la remise.

« Ça pourrait appartenir à un des camions de la ville, observa Twitch.

— Ou à n’importe quel gros camion.

— N’empêche, il serait peut-être bon d’aller jeter un coup d’œil dans le hangar, derrière l’hôtel de ville. Twitch pas confiance en Grand Chef Jim Rennie. Lui mauvaise médecine.

— Mais pourquoi prendrait-il notre propane ? Les conseillers en ont tant qu’ils veulent. »

Ils se rendirent jusqu’à la porte donnant dans la lingerie de l’hôpital. Là aussi, l’électricité était coupée, au moins pour le moment. Il y avait un banc près de la porte. Et une affiche, sur le mur de brique : FUMER ICI SERA INTERDIT À PARTIR DU 1er JANVIER. ARRÊTEZ MAINTENANT ET ÉVITEZ LA PRÉCIPITATION !

Twitch sortit son paquet de Marlboro et le tendit à Rusty. Celui-ci commença par refuser puis se ravisa et en prit une. Twitch lui donna du feu. « Comment le sais-tu ? demanda-t-il.

— Comment je sais quoi ?

— Qu’ils en ont plein ? Tu as vérifié ?

— Non. Mais s’ils ont décidé d’en piquer, pourquoi le nôtre ? Non seulement voler l’hôpital est considéré comme particulièrement condamnable par les gens normaux, mais le bureau de poste est pratiquement à côté ; et le bureau de poste doit en avoir aussi.

— Rennie et ses copains ont peut-être déjà pillé les réserves de la poste. De toute façon, à quoi s’éléveraient-elles ? Une bonbonne, deux ? Des clopinettes.

— Ce que je ne comprends pas, c’est qu’ils en aient besoin. Ça ne tient pas debout.

— Dans cette affaire, rien ne tient debout », répondit Twitch avec un tel bâillement que Rusty entendit sa mâchoire craquer.

« Tu as fini ta tournée, si je comprends bien ? » Rusty eut le temps de réfléchir à l’aspect surréaliste de sa question. Depuis la mort de Haskell, il était devenu le médecin-chef de l’hôpital et Twitch — hier encore simple infirmier — avait été promu au rang qu’occupait hier encore Rusty, assistant médical.

« Ouais, répondit Twitch avec un soupir. Mr Carty n’en a plus que pour quelques heures. »

Rusty avait pensé la même chose d’Ed Carty, atteint d’un cancer de l’estomac en phase terminale, il y avait une semaine, et l’homme tenait encore. « Comateux ?

— Tout juste, sensei. »

Ils pouvaient compter leurs patients sur les doigts d’une main — ce qui, comme le savait Rusty, était une chance exceptionnelle. Il se serait peut-être même considéré lui-même comme chanceux, s’il n’avait pas été aussi fatigué et inquiet.

« George Werner est stable, je dirais. »

Werner, résident d’Eastchester âgé de soixante ans et obèse, avait eu un infarctus le Jour du Dôme. Rusty estimait qu’il allait s’en sortir… pour cette fois.

« Quant à Emmy Whitehouse… (Twitch haussa les épaules)… ce n’est pas très bon, sensei. »

Emmy Whitehouse, quarante ans et pas un gramme de graisse en trop, avait eu son propre infarctus environ une heure après l’accident du petit Rory Dinsmore. Il avait été beaucoup plus violent que celui de George Werner parce que, inconditionnelle de la remise en forme, elle avait subi ce que le Dr Haskell appelait un « trauma de club de santé ».

« La petite Freeman va mieux, Jimmy Sirois tient le coup et Nora Coveland pète la forme. Elle sort après le déjeuner. Dans l’ensemble, c’est pas si mal.

— Non, mais ça va empirer, dit Rusty. Je te le garantis. Et si jamais tu étais victime d’un traumatisme crânien carabiné, tu aimerais que je t’opère ?

— Non, pas vraiment. Si seulement Gregory House pouvait venir. »

Rusty écrasa sa cigarette dans la boîte et regarda vers la remise presque vide. Il devrait peut-être aller jeter un coup d’œil au hangar de l’hôtel de ville. Ça ne pouvait pas faire de mal, hein ?

Cette fois-ci, ce fut lui qui bâilla.

« Combien de temps arriveras-tu à tenir la boutique ? » demanda Twitch. Il n’y avait pas la moindre trace d’humour dans sa voix. « Je te pose la question parce que pour le moment, tu es tout ce que la ville a.

— Tant qu’il faudra. Ce qui m’inquiète, c’est l’idée qu’à cause de la fatigue, je risque de faire une connerie. Et que je risque aussi d’être confronté à quelque chose de bien au-delà de mes capacités. » Il repensa à Rory Dinsmore… et à Jimmy Sirois. Penser à Jimmy était pire, parce que Rory ne pouvait plus être victime, maintenant, d’une erreur médicale. Jimmy, en revanche…

Rusty se revit dans la salle d’opération, écoutant les bips discrets du matériel. Se revit étudiant la jambe nue et pâle de Jimmy, avec la ligne noire là où il allait falloir la couper. Il pensa à Dougie Twitchell mettant à l’épreuve ses connaissances en anesthésie. Sentit le bistouri que Ginny Tomlinson faisait tomber dans sa main gantée en le regardant, par-dessus le masque, avec ses yeux bleus où il ne lisait que du calme.

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