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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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« Et ça, dit Jackie. Viens voir par là. »

À contrecœur, Linda s’avança. Sur le sol en bois poli, entre le lit et le mur, elle vit une longueur de corde à nœuds. Les nœuds étaient ensanglantés.

« On dirait que quelqu’un l’a battu, dit Jackie, les sourcils froncés. Et peut-être assez fort pour l’assommer. Après quoi, il l’a allongé sur le… » Elle regarda sa collègue. « Non ?

— J’imagine que tu n’as pas grandi dans une famille religieuse, dit Linda.

— Mais si. On adorait la Sainte Trinité : le Père Noël, les cloches de Pâques et la Petite Souris. Et toi ?

— La bonne vieille eau du robinet baptiste, mais j’ai entendu raconter des choses. Je crois qu’il doit se flageller.

— Beurk… On fait ça quand on a péché, non ?

— Oui. Et je ne crois pas que la mode en soit définitivement passée.

— Alors c’est logique — d’une certain manière. Va dans la salle de bains et regarde sur le réservoir des toilettes. »

Linda ne bougea pas. La corde à nœuds, c’était déjà assez horrible comme ça et l’effet que lui faisait la maison — trop vide, d’une certaine manière — était pire.

« Vas-y. Ça ne va pas te mordre et je suis prête à parier que tu as vu pire. »

Linda passa dans la salle de bains. Il y avait deux revues posées sur le réservoir des toilettes. L’une était religieuse et s’intitulait Le Paradis. L’autre avait pour titre Jeunes Salopes orientales. Il lui parut douteux que cette dernière ait été vendue dans des librairies religieuses.

« Et donc, dit Jackie, on voit un peu le tableau, pas vrai ? Il s’assoit sur les chiottes, il s’astique la truffe…

— Il s’astique la truffe ? » Linda pouffa de rire en dépit de sa nervosité. Ou peut-être à cause d’elle.

« C’était comme ça que disait ma mère, reprit Jackie. Bref, une fois sa petite affaire faite, il ouvre une boîte de fouette-cul taille moyenne histoire d’expier ses péchés puis va au lit pour rêver des petites Orientales. Ce matin il se lève, tout ragaillardi et débarrassé de ses péchés, fait ses dévotions du matin et enfourche sa bicyclette pour aller en ville. Ça colle, non ? »

Ça collait. Sauf que cela n’expliquait pas vraiment pourquoi la maison lui faisait un tel effet. « Allons jeter un coup d’œil à la station de radio, dit Linda. Après quoi nous retournerons en ville prendre un café. C’est moi qui régale.

— Bon plan, répondit Jackie. Je veux le mien bien noir. Et en injection, de préférence. »

7

Le studio de WCIK, bâtiment sans étage tout en verre, était également fermé à clef ; mais des haut-parleurs installés sous l’avant-toit diffusaient « Good Night, Sweet Jesus » dans l’interprétation du célèbre chanteur soul Perry Como. Derrière le studio s’élevait la tour de l’antenne ; les éclairs rouges, à son sommet, étaient à peine visibles dans la lumière du matin. Au pied de la tour, les deux femmes virent une construction rappelant une grange qui devait contenir, estima Linda, le groupe électrogène et tout le matériel dont on avait besoin pour continuer à diffuser le miracle de Dieu sur tout le Maine occidental et le New Hampshire oriental, voire jusqu’aux planètes intérieures du système solaire.

Jackie frappa, puis cogna à la porte.

« J’ai l’impression qu’il n’y a personne », dit Linda… sauf que l’endroit avait aussi quelque chose qui n’allait pas. Et l’air avait une curieuse odeur, une odeur fade de renfermé. Elle lui rappelait celle qui régnait dans la cuisine de sa mère, même après une bonne aération. Parce que sa mère fumait comme une cheminée et considérait que les seules choses dignes d’être mangées étaient celle que l’on avait cuites dans une poêle brûlante avec plein de lard.

Jackie secoua la tête. « On a pourtant bien entendu quelqu’un, non ? »

Linda n’avait aucun commentaire à faire, car c’était vrai. Elles avaient écouté la station pendant qu’elles allaient du presbytère au studio de radio et avaient entendu un DJ à la voix onctueuse présenter le titre suivant comme « un autre message de l’amour de Dieu mis en chanson ».

Cette fois-ci, la chasse à la clef planquée prit plus de temps, mais Jackie la trouva finalement dans une enveloppe scotchée sous la boîte aux lettres. Elle était accompagnée d’un bout de papier sur lequel on avait griffonné 1 6 9 3.

La clef, un double un peu collant, fonctionna après quelques essais. Dès qu’elles furent entrées, elles entendirent se déclencher les bips réguliers du système de sécurité. Le tableau était sur le mur. Jackie composa le code et les bips cessèrent. Il n’y avait plus que la musique. Perry Como avait laissé la place à une pièce instrumentale ; Linda lui trouva une ressemblance troublante avec le solo d’orgue de « In-A-Gada-Da-Vida ». Les haut-parleurs étaient ici d’une qualité cent fois supérieures à ceux placés dehors et la musique à plein volume donnait presque l’impression d’une chose vivante.

Il n’y a donc personne qui bosse dans ce boucan plus-saint-que-moi-tu meurs ? se demanda Linda. Qui répond au téléphone ? Qui traite des affaires ? Comment font-ils ?

Là aussi, quelque chose ne collait pas. Linda en était certaine. L’endroit avait une atmosphère carrément inquiétante ; l’impression de danger était palpable. Quand elle vit que Jackie avait défait l’attache de son automatique de service, elle en fit autant. La sensation de la crosse, dans la paume de sa main, était rassurante.Et voici : ton bâton et ta crosse te rassurent, pensa Linda.

« Y’a quelqu’un ? lança Jackie. Révérend Coggins ? »

Il n’y eut pas de réponse. Personne au bureau de la réception. Sur la gauche, deux portes fermées. Droit devant, un vitrage courait sur toute la longueur de la pièce principale. On y voyait clignoter des lumières. Le studio qui assurait la diffusion, supposa-t-elle.

Du pied, se tenant le plus loin possible, Jackie poussa les portes fermées. Derrière la première, il y avait un bureau. Derrière la seconde, une salle de conférences d’un luxe surprenant, dominée par un écran plat géant. Il était branché, le son coupé. Anderson Cooper, presque grandeur nature, paraissait faire son numéro sur Main Street à Castle Rock. Les bâtiments étaient ornés de drapeaux et de rubans jaunes. Linda vit un panneau, devant la quincaillerie, sur lequel on lisait : LIBÉREZ-LES. La sensation de bizarrerie devint plus forte que jamais. Sur la bande défilante, au bas de l’écran, on lisait : DES SOURCES DU DÉPARTEMENT DE LA DÉFENSE AFFIRMENT QUE LE LANCEMENT DU MISSILE EST IMMINENT.

« Mais pourquoi la télé est-elle branchée ? demanda Jackie.

— Parce que le type qui gardait la boutique l’a laissée lorsqu’il est… »

Une voix tonnante l’interrompit : « C’était l’interprétation par Raymond Howell de “Christ My Lord and Leader.” »

Les deux femmes sursautèrent.

« Norman Drake à l’antenne, qui vous rappelle trois choses importantes : vous écoutez Revival Time sur WCIK, Dieu vous aime, et il a envoyé son fils mourir sur la croix pour vous. Avez-vous donné votre cœur à Jésus ? Je vous retrouve après ceci. »

Norman Drake laissa la place à un diablotin à la langue bien pendue qui vendait une édition intégrale de la Bible en DVD, que vous pouviez payer en mensualités et vous faire rembourser si vous n’en étiez pas aussi content qu’un cochon de sa bauge. Linda et Jackie s’approchèrent de la paroi vitrée du studio et regardèrent à l’intérieur. Ni Norman Drake ni le diablotin à la langue bien pendue ne s’y trouvaient, mais au moment où la pub prit fin et où le DJ vint présenter le chant de louanges suivant, une lumière verte devint rouge et une rouge devint verte. Quand la musique commença, une autre lumière rouge devint verte.

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