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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Libéré de ce tournage le 24 août, Louis ne perd pas une seconde pour regagner sa Bretagne chérie afin de se ressourcer — saluant à son arrivée la famille Releon, les fermiers du château dont la fille Martine se fait quelque monnaie en servant les de Funès pendant ses congés scolaires — avant de reprendre le chemin des plateaux de cinéma dès le 11 septembre en s’installant à l’hôtel du Rocher de Saint-Pierre-la-Mer dans l’Aude où l’attend Robert Dhéry qui pour son Petit Baigneur a réuni ses fidèles comme Jacques Legras, Pierre Tornade, Robert Rollis, Roger Caccia mais aussi Michel Galabru. Cette fois, l’épouse de Louis ne sera pas Claude Gensac mais Andréa Parisy, la compagne du producteur Robert Dorfmann. Il ne doute pas une seconde que cela sera une partie de plaisir. Avant de plier bagage, il fait un détour par Paris afin de superviser le montage des Grandes Vacances, et aussi de jeter un coup d’œil sur la manière dont Édouard Molinaro a orchestré Oscar. Il en profite pour suggérer des modifications dans le scénario du film de Denys de La Patellière. Il souhaite en particulier voir alléger son dialogue pour accentuer son comique physique. Il partage aussi l’avis de Jean Gabin quand celui-ci demande que son personnage ait un peu moins l’air d’un clochard. Bref, cette histoire de marchand de tableaux ne se présente pas sous les meilleurs auspices. En revanche, dès son arrivée en terre septimanienne pour trois mois, Louis se sent à l’aise et ravi d’embrasser la fine équipe des Branquignols. Ravi, certes. Mais aussi un peu chagrin que Robert Dhéry et Colette Brosset ne partagent pas le même hôtel que lui. Ils ont choisi l’hôtel de la Résidence à Narbonne et il décide au bout de deux jours d’aller les rejoindre. Avec Jeanne, après avoir « inspecté » les chambres, il s’adresse au directeur de l’établissement, Georges Aiguille, en ces termes : « Il faudrait que vous me donniez une chambre…  » L’hôtelier lui répond sèchement : « Cela ne me paraît pas possible. » Louis, n’en croyant pas ses oreilles, rétorque : « Comment ça ? Pourquoi vous ne voulez pas me loger ?  » Un peu embarrassé, le patron lui avoue : « Écoutez, monsieur de Funès… je vais vous le dire… Tout simplement parce qu’il paraît que vous êtes trop emmerdant !  » Davantage amusé par cette réponse que vexé, Louis finit par obtenir d’être installé au premier étage, dans la chambre 18. Et ce n’est pas dans cet hôtel qu’il connaîtra des déconvenues, bien au contraire. Une mauvaise surprise l’attend ailleurs. En effet, Louis de Funès aurait-il oublié que Robert Dhéry est aussi un homme au caractère bien trempé ? Et que lui aussi pourrait bien être à ses heures un enquiquineur ?

16.

Le légionnaire et la colonelle

Quand Robert Dhéry construit un film, il ne fait rien à moitié. Mieux, il invente des situations aussi improbables qu’extravagantes en usant d’objets et d’engins détournés de leurs fonctions. Un peu à la façon du père bricoleur de Boris Vian fabriquant des bombes atomiques, Dhéry fabrique des bombes à… comique. Ainsi, une chaire d’église se disloque pendant le sermon du curé, un tracteur devient fou, une maison posée sur une barge se transforme en hors-bord, des latrines flottantes partent au fil de l’eau, un kayak prend ses « jambes » à son cou, une Jaguar s’étire quand on passe la marche arrière, etc. Dhéry, c’est l’invention à tous les étages de son usine à gags. Dhéry est aussi l’homme sachant s’entourer de collaborateurs prêts à l’aider à peaufiner un scénario et des dialogues ubuesques. Pour son Petit Baigneur, il a fait appel à Pierre Tchernia, Michel Modo et Jean Carmet. Cela est loin de déplaire à Louis de Funès, toujours partant pour une pitrerie bien orchestrée. Dès le premier matin, en quittant la rue du 1er Mai à Narbonne après un bon petit déjeuner pris en terrasse avec Jeanne, il s’attend à passer une agréable journée de travail avec ses camarades et en compagnie des soixante-quinze techniciens mis à la disposition de Robert Dhéry par Robert Dorfmann. De fait, il rentre satisfait.

Mais, les jours suivants, il commence à regimber. En voyant les premiers rushes, il constate d’une part que Dhéry ne lui accorde que fort peu de gros plans, et d’autre part que son ami critique certaines de ses propres inventions. Il s’en plaint haut et fort à un journaliste de L’Express[397] : « Je suis obligé d’extorquer des gros plans à Dhéry, mais ce n’est pas du cabotinage, c’est pour que mon personnage soit un être vivant, non un fantoche. » De Funès et Dhéry sont trop amis pour se fâcher réellement, mais pendant deux ou trois jours ils ne se parlent pas et ils ne vont pas boire un verre comme ils le faisaient du temps des Belles Bacchantes au café Poirier, proche du Théâtre Daunou, où ils faisaient croire au patron qu’ils étaient frères jumeaux. Ils rongent leur frein chacun de leur côté, jusqu’à ce que Louis comprenne que son ami réalise un film signé Robert Dhéry et non un film de Louis de Funès avec Louis de Funès. Bien que Louis soit au cœur de l’action, tout ne fonctionne pas autour de lui comme dans un Gendarme. Il y a le clan des Castagnier aux cheveux rouges, les numéros de Michel Galabru ou de Jacques Legras, dont il est le témoin, mais ces gags-là lui échappent. Il n’en est que le spectateur, tout en demeurant la locomotive de cette histoire baroque. Alors il fait son grognon, ce qui laisse croire à certains que, décidément, il a mauvais caractère. En vérité, « Louis n’avait pas un caractère de cochon. Il avait tout simplement mauvais caractère contre lui-même », confie Colette Brosset[398], qui ajoute : « C’était très dur de travailler avec lui parce qu’il était dur avec lui-même. Il voulait parler le moins possible, privilégiant, comme Robert, la gestuelle à la parlote, et surtout ne pas faire dans la “larmioche” comme il disait. Comme les gags prévus et dessinés par Robert étaient d’une grande précision, si Louis changeait une bricole, ça foutait tout par terre et alors là, ils s’accrochaient gentiment, ou alors ils partaient s’isoler dans un coin. Et nous n’entendions que leurs rires et on ne savait pas pourquoi. Puis ils revenaient tous les deux, très sévères, le visage fermé et ils disaient : “Allez, au travail !” Et, ce qui était drôle, c’est que lorsqu’on tournait la scène, ils y repensaient et le fou rire les reprenait. Je vais vous donner deux exemples. Dans la scène où ils sont dans le bureau et où ils s’amusent à faire de la musique avec des tubes en carton, c’est totalement improvisé. Puis dans celle où Louis est censé mourir et où Robert se met à pleurer, on a recommencé je ne sais combien de fois tellement Louis était mort de rire ! Ils s’entendaient comme larrons en foire. Oui, y a eu des tensions, mais c’est à cela qu’on reconnaît leur formidable complicité pour arriver au résultat souhaité. »

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397

In Bertrand Dicale, op. cit., p. 340.

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Témoignage de Colette Brosset à l’auteur, recueilli le 24 septembre 2001.

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