Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Louis ne ménage d’ailleurs pas sa peine pour donner davantage de corps à une situation loufoque. Ainsi, lorsque s’achève la course folle du tracteur sur lequel il est juché, il est prévu qu’il doit sauter de son siège et choir les pieds dans une flaque d’eau. À sa demande, on creuse un trou assez profond afin qu’il y disparaisse totalement. Pour que cette scène, filmée en un seul plan, atteigne son résultat, Louis est contraint de rester plusieurs minutes dans de la boue tiède, respirant grâce à un système de fins tuyaux. Un exploit unanimement salué, en particulier par Michel Galabru : « Il n’y avait que Louis pour oser des trucs comme ça. Moi, je ne m’y serais pas risqué. Louis a donné à ce film un grand plus capital[399]. » Bref, de Funès se donne à fond, que ce soit aux Cabanes-de-Fleury ou au pont-canal près de Mirepeisset. Finalement, tout se passe au mieux, sauf un dimanche où Louis et Jeanne décident d’aller à la messe à la cathédrale Saint-Just, à Narbonne. Ils s’y rendent en simples pèlerins, mais les autres fidèles ne peuvent s’empêcher de rire en le voyant. Un « clown » sous la nef de ce lieu de prière construit au XIVe siècle, et on y perd son latin. À leur sortie de la cathédrale, le curé vient les remercier de leur présence tout en disant poliment à Louis : « S’il vous plaît, ne revenez pas un dimanche, vous avez bien malgré vous perturbé mon office[400] ! » Hélas, quand on s’appelle Louis de Funès, qu’on est le plus célèbre gendarme de France et l’un des héros de La Grande Vadrouille, il n’est pas facile d’aller se recueillir sans attirer l’attention.
Le mercredi 11 octobre, Louis et Jeanne mangent sur le pouce avant de regagner au plus vite leur chambre d’hôtel. Ils attendent avec impatience le coup de téléphone d’Alain Poiré qui leur dira si Oscar a été bien accueilli par les spectateurs parisiens à la séance de quatorze heures dans les cinq cinémas où le film d’Édouard Molinaro est présenté en exclusivité. Si cet opus cinématographique de la pièce de Magnier arrive en troisième position derrière La Caravane du feu avec Kirk Douglas et John Wayne et On ne vit que deux fois avec Sean Connery, il surclasse très largement — de 10 000 entrées — Les Arnaud, le premier film où le très populaire chanteur Salvatore Adamo apparaît en tant qu’acteur. Une petite déception pour Louis, qui s’attendait à mieux. Mais face à un western et à James Bond, on ne peut pas toujours gagner. Cela n’entame nullement son moral, d’autant que les critiques, tout en comparant film et pièce, sont, à de très rares exceptions près, plutôt bonnes. Dans Le Monde, Jean de Baroncelli note que « jamais la folie ne fut mieux contrôlée que la sienne[401] » ; dans Le Canard enchaîné, on peut lire qu’« autour de lui, il y a certainement d’excellents comédiens et comédiennes, mais de Funès éblouit, éclabousse, on ne les voit pas[402] ». Les journalistes sont conquis, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire le public se rue dans les salles obscures pour savourer « la mesure dans la démesure » d’un Louis de Funès qui en quatrième semaine domine l’Indomptable Angélique et la pulpeuse Michèle Mercier[403] !
Tout en continuant à se mettre au service de Robert Dhéry, Louis suit de très près l’évolution du scénario du film de Denys de La Patellière avec Jean Gabin. Cette fois, le propriétaire du Modigliani est un ancien légionnaire, un certain Legrain, acceptant de vendre son tatouage quand Louis de Funès (Félicien Mézeray) lui offre en échange de retaper sa maison de campagne. L’affaire doit se conclure au plus vite car Mézeray a déjà revendu le « tableau » à des collectionneurs américains. Quand Mézeray découvre la maison de campagne, il s’avère que celle-ci est un château médiéval tombant en décrépitude et que l’ancien légionnaire est en réalité le dernier comte de Montignac. Dans cette première mouture signée Alphonse Boudard, il est prévu que les deux hommes se tutoient rapidement, avant de se tourner le dos à la fin du film. Il est encore envisagé que Mézeray s’entraîne au maniement d’armes, que d’éventuels pilleurs de châteaux soient accueillis par des salves de mitraillettes et de pains de plastic, etc. Il est encore écrit que Mézeray construira à côté du château une usine fabriquant à la chaîne le « pâté du légionnaire » à base de viande de lapin… À la lecture de ce scénario, Louis est horrifié. Il est hors de question qu’il s’engage dans cet imbroglio, et il ne tarde pas à en avertir Maurice Jacquin, lequel a également reçu une fin de non-recevoir de la part de Jean Gabin. De Funès comme Gabin demandent à ce que tout soit réécrit en veillant à ce que leurs personnages respectifs soient revus et corrigés et surtout qu’à la fin, il n’y ait ni perdant ni vainqueur. Ils exigent encore un changement de titre. Boudard n’a-t-il pas appelé cela Comme en 14 ? De quoi faire retourner dans sa tombe le soldat inconnu ! En un mot, ce prochain film, dont le premier jour de travail est déjà prévu pour le 15 février 1968 aux studios de Boulogne, n’augure rien de fameux, même si du côté financier Louis obtient un cachet de 150 millions de francs.
Au milieu de l’après-midi du 9 novembre, Louis en a fini avec Le Petit Baigneur, tout au moins pour la partie audoise, d’autres prises de vues étant programmées à Toulon, Arcachon et dans les studios de Boulogne. L’heure des adieux a sonné avec les patrons de l’hôtel de la Résidence qui organisent pour l’occasion une soirée amicale. En toute simplicité, Louis participe à ce rendez-vous, un bout de saucisse grillée à la main. « Cette soirée s’est terminée fort tard et c’est de Funès qui en est parti le dernier, se souvient Georges Aiguille[404]. Et nous avons pas mal discuté tous les deux. Avant qu’il ne remonte dans sa chambre, je lui ai dit que je tenais à lui exprimer mes remerciements, et comme il en avait l’air étonné, je lui ai répondu : “Parce que vous avez assisté jusqu’à la fin à notre réception alors que d’autres personnes aussi connues que vous n’en auraient pas fait de même” et, en souriant, il m’a répondu : “Mais, si je m’étais ennuyé vous croyez que je serai resté ?” » C’est à regret que Georges Aiguille voit partir son locataire de la chambre 18, se rappelant que dans son établissement Louis « rentrait souvent de bonne heure. Quand il n’y avait pas sa femme, il se faisait servir les repas dans sa chambre où on lui avait installé la télévision. Il était très casanier. Souvent, après le repas, il descendait me voir et ça valait le coup. Il ne parlait jamais du tournage de son film. Il préférait les propos sur le comportement des gens. […] Un soir, nous sommes venus à parler de la messe. Pendant un bon quart d’heure, Louis de Funès m’a mimé les vieilles bigotes et je regrette de ne pas avoir eu de caméra ce soir-là ! Une autre fois, il avait rendez-vous avec son producteur et d’un œil complice et geste à l’appui, il m’a dit : “J’attends Dorfmann et je vais te lui jouer une de ces parties de violoncelle !” J’ai gardé beaucoup d’affection pour ce Monsieur qui, assez régulièrement, me passait un petit coup de fil pour prendre des nouvelles[405]. » Le lendemain matin, avant de regagner Paris, Louis laisse sur le livre d’or de l’hôtel de la Résidence cette dédicace qui en dit long sur son plaisir d’avoir été l’hôte de Georges Aiguille : « Pour la première fois dans ma vie, j’ai eu l’impression de ne pas rentrer à l’hôtel mais chez moi. »
399
Témoignage de Michel Galabru à l’auteur.
400
Anecdote rapportée in L’Indépendant daté du 3 janvier 2012.
401
Critique datée du 13 octobre 1967.
402
Critique datée du 18 octobre 1967.
403
Au terme de son exploitation, Oscar aura séduit plus de 6 millions de spectateurs.
404
Georges Aiguille à Éric Marty in L’Indépendant daté du 16 août 1991.
405
Ibid.