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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Elle siffla son verre, et sauta hors du lit sans crier gare: les reines peuvent se montrer comme des corps saints, et pendant que les demoiselles de Paris lui mettaient ses gros bas de laine, elle écorcha un couplet gaillard à faire dresser les cheveux.

– Appelez-moi tous ensemble: Mon Altesse royale! s’écria-t-elle en lançant son bonnet de coton au plafond. Hein! les comtesses! ça vous met bien bas! Bel homme, viens çà et réponds droit. Y a des manigances, je sais ça. Est-ce qu’un roi qu’a monté sur son trône pourrait renvoyer sa reine, mariée devant le maire et qu’aurait avec ça un bon contrat de mariage en règle?

– Non, certes, répondit le vicomte Annibal.

– Je veux deux notaires, quatre notaires, une douzaine de notaires à mon contrat, pour que ça tienne plus dur! On paiera ce qu’il faut.

Ici, elle repoussa avec énergie le bassin à laver que la comtesse Corona lui présentait.

– Toi, gimblette, lui dit-elle fièrement, tu sauras que les reines, c’est jamais malpropre. Lave-toi si tu veux, ma fille, tu n’es qu’une simple noble.

Elle rayonnait d’allégresse et d’orgueil. Sa laideur avait une auréole. Elle atteignait à un excès de comique qui faisait peur.

– Allons! allons! s’écria-t-elle tout à coup, je vas mettre une jupe neuve et ma camisole du dimanche! tout à cuire et à bouillir, quoi! Si monseigneur est pressé, j’irai avec lui au château avant l’église et avant la mairie. Coupe ta langue, Fanfan, et ne dis pas que c’est péché. Tu n’entends goutte aux affaires. Les princesses, ça n’a pas de loi… quoiqu’elles ne peuvent pas boire une bouteille de plus que leur soif, et c’est bête. En avant, ceux qu’ont des sous à demander. J’en ai vendu déjà des lopins de bonne terre, mais quand n’y en a plus y en a encore. Et, jarnigodichon, nom d’une pipe à la broche! mes domestiques que vous êtes, j’ai assez quêtaillé par les routes avant d’être la chacune d’un monarque! Je ne veux plus rien devoir à personne. Arrivez! À qui le tour?

La comtesse de Clare, Annibal et Piquepuce s’approchèrent d’elle à la fois. Chacun d’eux avait un papier à la main. Mathurine prit ces papiers l’un après l’autre et y chercha deux choses: la somme totale et le cachet de son royal fiancé. Bien qu’elle ne sût point lire l’écriture, elle ne se trompait jamais aux chiffres.

La note de la comtesse était pour la conspiration, celle du cavalier Gioja pour les affaires personnelles du fils de saint Louis, celle de Piquepuce pour le château et les dépenses des «gens de Paris».

– C’est cher, dit la Goret gaiement, nous allons bien! mais après moi la fin du monde! nous n’avons que nous à penser!

Elle prit sous son traversin une grosse clef rouillée et ouvrit la huche qui servait de montoir à son lit.

C’était un coffre épais et doublé de fer à l’intérieur.

Il contenait de hautes piles de pièces de cinq francs en argent, et même des écus de six livres. L’or était dans un coin; il y avait aussi plusieurs fortes liasses de billets de banque.

Ce fut aux billets de banque que la Goret s’adressa, après avoir caressé du regard les piles de pièces de cent sous.

– Voilà huit jours, dit-elle, tout ça était de la bonne terre, avec du bon bois dessus, oui!

Elle soupira. – Mais elle donna un grand coup de poing dans les piles d’or et se prit à remuer le tout à larges poignées comme on brasse la pâte pour faire le pain.

– À la boulange! à la boulange! fit-elle le sang au front et l’ivresse par tout le corps, c’est doux aux mains, ça chante. Si je voulais, je remplirais de pièces blanches et jaunes un coffre haut comme la maison! Et nom de nom de nom! je le ferai quand je serai reine, ou pas de bon Dieu!

La comtesse Corona lui toucha le bras.

– Voici un jeune homme, dit-elle, qui demande à parler à Son Altesse royale.

La Goret se retourna.

Sur le seuil, il y avait un misérable garçon vêtu de haillons, qui regardait le coffre d’un air stupide. D’écarlate qu’elle était, la Goret devint toute blême.

– Que viens-tu faire ici, gredin? demanda-t-elle en un cri qui s’étrangla dans son gosier apoplectique.

– Ma m’man, répondit le pauvre diable en baissant ses yeux mouillés, j’ai grand-faim et j’ai grand-soif. Ils m’ont mis dehors chez les Mathieu pour trente-cinq sous que je leur dois de vaisselle cassée.

– Mes domestiques! cria Mathurine, secouée de la tête aux pieds par sa colère folle; battez-le! chassez-le! c’est un coquin qui me ruine! Ah! vilain! ah! vagabond! Trente-cinq sous! Va-t’en! je te maudis! je te renie! je te condamne à mort!

XIV Le couteau du parricide

Les jeunes messieurs de Cocotte et de Piquepuce, serviteurs zélés, s’empressaient déjà à exécuter l’ordre de leur souveraine et prenaient le fils unique de la Goret par les épaules pour le jeter dehors. Le vicomte Annibal les arrêta du geste et dit tout bas à Mme de Clare dont le regard l’interrogeait:

– Il fait jour!

Ces trois mots valaient toute une longue explication.

Ils signifiaient que le malheureux garçon debout sur le seuil de la porte, soit qu’il agît de plein gré, soit qu’il fût poussé à son insu, avait un rôle dans la comédie des Habits Noirs.

Mathurine écumait.

Les trente-cinq sous étaient bien pour quelque chose dans son extravagante indignation, car nulle créature humaine ne dépouille entièrement son instinct, et Harpagon reste rogneur de liards, quand même il prodigue des monceaux d’or; mais la rage de Mathurine avait un motif autre et plus puissant.

On peut se faire une idée de l’importance qu’elle attachait à sa dignité princière par le prix qu’elle y mettait, elle, l’avare émérite et acharnée; on peut deviner à quel point elle tenait à sa gloire si chèrement achetée; c’était la démence de l’orgueil paysan.

Or, au plus haut faîte de cette gloire, elle se heurtait contre une humiliation inattendue.

Ce pataud en guenilles l’avait appelée «Ma m’man» devant tous ses domestiques, les comtesses, le vicomte, les dames de Paris, etc. Nous sommes dans la folie jusqu’au cou, ne l’oublions pas: folie grotesque et triste à la fois, mais surtout folie vraie: d’une vérité absolue.

Folie de femme, forte à sa manière, qui avait dépensé, les pieds dans la fange, à grossir sa montagne d’or, des prodiges d’astucieuse diplomatie.

Elle n’avait pas honte d’elle-même; soit qu’elle ignorât sa repoussante laideur, ses ridicules odieux, tout ce qui la faisait haïssablement burlesque, soit qu’elle se sentît de force à imposer tout cela, elle allait droit son chemin, et tête haute. Elle ne riait pas. Elle n’eût pas fait crédit à ces belles dames et à ces nobles valets d’un seul hommage, payé comptant. Elle appuyait de parti pris son lourd sabot sur toutes ces têtes qui étaient pour elle le nec plus ultra de l’élégance et de la distinction.

Elle avait assez d’esprit, la monstrueuse vieille, pour jouir du contraste.

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