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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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« Des caractéristiques exotiques trouvées dans les Archaea ceraunii confirment leur origine indigène. » Vol. 64, 1er avril M-69. Par Forbes, G.N., Département de biologie, Faculté de Sabishii.

On a retrouvé un pourcentage d’isotope d’azote lourd typiquement martien dans les archéobactéries découvertes à 2,3 km sous la surface de Ceraunius Tholus, dans d’anciennes sources thermales. L’analyse des mitochondries à l’aide des équations de Thurmond révisées confirme que les Archaea ceraunii et les nanobactéries Methanospirillum jacobii du fond de Columbia ont un ancêtre commun remontant à 6 000 ou 15 000 générations. On n’a pas encore établi avec certitude le taux de mutation des extrémophiles dont le métabolisme s’est radicalement ralenti, mais tout semble indiquer qu’il serait sensiblement plus lent que précédemment estimé (cf. Whitebook, H., M33f). Cela signifie que la divergence en deux espèces distinctes des nanobactéries de Ceraunius et de Columbia aurait pu se produire il y a 1,8 giga-A-m sinon plus. Le taux d’imbibition du basalte est inférieur à 1 cm par année martienne (cf. Russell et alii, M12t), et toutes les Archaea ceraunii n’ont pas été trouvées à la surface de roches fissurées et dans l’évent thermique ; on en a retrouvé jusqu’à un mètre de profondeur dans des strates intactes. Ces réflexions, et d’autres, montrent que les Archaea ceraunii n’ont pu être introduites in situ par un processus anthropogénique. Elles n’auraient pas eu le temps d’y arriver. Compte tenu de toutes ces données, l’origine indigène paraît être la seule bonne explication.

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In Journal d’études aréologiques, vol. 65 à 75.

Mot clé – Archaea ceraunii

Pas de réponse à l’interrogation.

Odessa

Oh, que nous étions heureux en ce temps-là. En amour, bien sûr. Rien que nous deux ; pas d’enfants ; un travail intéressant ; beaucoup de temps libre ; Mars entière à explorer ensemble. Nous faisions de longues marches dans la nature, nous nous promenions en bavardant. La nuit, nous dormions à la belle étoile. Pendant des années, nous avons passé l’automne à Odessa, à travailler dans les vignes et les caves. Nous louions une petite maison dans un village, près de la plage, à quelques kilomètres à l’ouest d’Odessa, au terminus de la ligne de tram. Un village à flanc de coteau, surplombant l’anse d’une plage, des maisons les unes sur les autres, en bas, dispersées entre les arbres, en haut. Notre maison était assez haut sur la colline, et nous avions vue sur la cime des arbres, les toits de tuiles et la vaste étendue bleue de la mer d’Hellas. Un petit patio sur l’arrière, une table, deux chaises. Beaucoup de vignes en fleurs, un petit citronnier dans un baquet. Presque tous les estivants étaient partis, à ce moment-là, et il n’y avait plus qu’un restaurant d’ouvert, sur la plage. Les chats n’étaient pas farouches, ils avaient le poil luisant et l’air bien nourris, et pourtant ils n’étaient à personne. Au restaurant, l’un d’eux me sauta sur les genoux et se mit à ronronner. Je me souviens de la première fois où nous regardâmes, depuis le patio, la vue, en bas, puis la maison – les murs blanchis à la chaux, la treille, le balcon de la chambre avec sa rambarde en fer, les collines brunes au-dessus de nous, sur l’arrière, la mer et le ciel. Toute cette perfection nous faisait rire. La plupart du temps, le matin, nous allions en tram à la ville, pour travailler, et l’après-midi nous allions à la plage. Ou le contraire. Le coucher du soleil sur le patio, avec un verre de vin. Le dîner dans notre petite cuisine, ou au restaurant, en bas, où il y avait deux gars qui jouaient de la guitare et de la mandoline, le vendredi soir. Et les nuits dans notre maison rien qu’à nous. Des fois, je me réveillais avant l’aube, alors je descendais me faire un café et je sortais sur le patio. Un de ces matins-là, il y avait dans le ciel un nuage en forme d’arête de hareng qui devint rose, puis doré.

Dimorphisme sexuel

La paléogénomique recelait un fort potentiel hallucinatoire. L’étude du matériel fossile ultramicroscopique n’était pas qu’une affaire d’instrumentation, même si son rôle était omniprésent ; il y avait aussi la métamorphose au fil du temps du matériel proprement dit, de l’ADN et de ses matrices, de sorte que les données étaient forcément incomplètes, et souvent très fragmentaires. Il fallait donc bien admettre la possibilité de projection de schémas psychologiques type Rorschach sur ce qui pouvait n’être, en fin de compte, que des processus purement minéraux.

Le Dr Andrew Smith en était plus conscient que n’importe qui. Ça constituait même, en fait, l’un des problèmes cruciaux de son domaine : reconstituer de façon convaincante les traces d’ADN dans l’histoire du fossile, les distinguer de tout un éventail de pseudo-fossiles possibles. L’histoire de la discipline grouillait de pseudo-fossiles, des premiers faux nautiloïdes jusqu’aux célèbres fameuses pseudo-nanobactéries martiennes. Rien n’avançait, en paléogénomique, tant qu’on n’avait pas montré qu’on parlait vraiment de ce qu’on avait dit qu’on parlait. C’est ainsi que le Dr Smith ne s’excita pas trop, au début, sur ce qu’il avait trouvé dans l’ADN génomique d’un fossile de dauphin primitif.

En dehors de toute autre considération, ce travail présentait certains agréments, au départ. Il vivait sur le golfe d’Amazonis, une vaste baie située à l’est d’Elysium, près de l’équateur, tout au sud de l’océan qui faisait le tour du monde. L’été, même depuis qu’il faisait plus frais, l’eau des entrées maritimes dans l’intérieur des terres était aussi chaude que du sang, et des dauphins – acclimatés à partir de dauphins d’eau douce terriens comme le baiji de Chine, le boto de l’Amazone, le susu du Gange ou le bhulan de l’Indus – batifolaient juste devant la plage. Le soleil matinal brillait à travers les vagues, révélant leurs silhouettes fugitives. Ils étaient parfois huit ou dix à jouer dans la même vague.

Il travaillait dans un laboratoire océanographique qui donnait sur le port d’Eumenides Point, labo associé à celui d’Acheron, plus à l’ouest, sur la côte. Eumenides s’intéressait surtout à l’écologie en mutation d’une mer qui devenait de plus en plus salée, et les recherches du Dr Smith portaient plus particulièrement sur les adaptations des cétacés éteints qui avaient vécu à l’époque où la salinité des océans de la Terre n’était pas partout la même. Il avait dans son labo des matériaux fossiles envoyés de la Terre, ainsi qu’une importante documentation comportant les génomes complets de tous les descendants vivants de ces créatures. Le transfert de fossiles de la Terre ajoutait le problème de la contamination par les rayons cosmiques à tous les autres problèmes posés par l’étude de cet antique ADN, mais on considérait généralement ces effets comme mineurs et sans conséquence, raison pour laquelle ces fossiles lui avaient été envoyés. Et, bien sûr, avec les nouveaux vaisseaux rapides propulsés par fusion froide, le temps d’exposition aux rayons cosmiques avait sensiblement diminué. Smith pouvait donc se livrer à ses investigations sur la tolérance au sel des mammifères anciens et actuels, apportant un éclairage nouveau sur la situation martienne et rejoignant le débat en cours sur les paléohalocycles des deux planètes, qui était l’un des sujets brûlants de la planétologie comparée et de la bio-ingénierie.

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