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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Quelque expérience que l’on ait de ces nœuds dans le temps, après, on se rappelle à peine les détails de ce qui a été une journée en perpétuel mouvement. Pour soi, et pour le monde. Quelque chose englue la mémoire ; il n’y a peut-être pas de mots pour ça. Les vagues se fondent l’une dans l’autre, et à la fin de la journée, quand on se retrouve sur la plage, dans la réalité ordinaire, si on fait un effort pour se souvenir, seuls certains moments particuliers reviennent à l’esprit, des instants de vision où une image, un mouvement s’est gravé au fer rouge dans le cerveau, pour revenir aux moments les plus inattendus, dans des rêves dont on ne gardera aucun souvenir.

C’est ainsi que de chaque vague individuelle de ce jour-là je ne peux pas dire grand-chose, bien que la première (comme toujours) me soit restée plus vivement en mémoire que les autres. C’était une longue chevauchée pleine d’événements, comme toutes celles qui suivirent. Je planai sur l’épaulement, montant et descendant, traçant un beau sillage sur la vague qui s’enflait, sentant mon corps à la fois immobile et en rapide mouvement, changeant d’angle afin de réorganiser ma trajectoire. Je vis venir la section rapide, et m’installai dans un tube qui dura un certain temps ; puis je vis que le tube se refermait. Je passai à toute allure au paradis, ressortis et remontai très haut sur le mur, presque de l’autre côté. J’effectuai un tour complet sur moi-même, retombai dans la vague, effectuai un bottom-turn et remontai. Et comme ça sur toute la longueur de la plage, durant près de deux minutes.

Je chevauchai ainsi je ne sais combien de vagues. Quand c’était fini, nous trouvions plus simple de nous laisser rouler sur le rivage, repartir à pied le long de la plage et nager jusqu’à la pointe plutôt que de nager vers le large et le sud sur toute la longueur de la plage. C’est ce que nous faisions donc : nous chevauchions la vague et repartions à pied en donnant des coups de pieds dans les creux, faisant jaillir des éventails d’écume devant nous. Et nous commentions les vagues en poussant des hurlements éperdus d’admiration pour cette journée éclaboussée de soleil. Et nous repartions pour un nouveau combat, sauvage, épuisant, et nous ressortions, et nous recommencions.

Les vagues prirent de la hauteur au fur et à mesure que le matin laissait place à l’après-midi, puis le vent finit par troubler la surface vitreuse de l’eau. Mais c’était un vent qui venait de l’intérieur des terres, l’ami du surfeur ; en dévalant le canyon sous le soleil de l’après-midi, il nous offrit de belles vagues, tenant les brisants en respect et chassant l’écume de leurs crêtes, une mousse qui retombait comme une pluie tropicale sur le dos des vagues. Parfois, alors que nous étions ballottés par les crêtes, nous voyions certains de ces arcs-en-ciel éphémères dans les embruns que les Hawaïens appellent ehukai. À la fin de la journée, je vis Irishka plonger devant moi dans l’épaulement de la même vague. Au bout d’un moment intemporel, je filai dans le tunnel, derrière elle. Nous étions tous les deux immobiles comme des statues et pourtant nous volions dans un immense tube d’eau qui s’enroulait sur notre gauche et au-dessus de nos têtes. Puis je vis le tube se refermer devant Irishka, nous remontâmes et nous explosâmes tous les deux en même temps dans le crachin soufflé par le vent. Alors je me retournai, et je la vis suspendue dans l’ehukai, les bras écartés, telle une sirène cambrée sur un arc-en-ciel.

Sélection d’extraits du Journal d’études aréologiques

« Un nano-organisme indigène aurait été trouvé dans la région de Ceraunius Tholus ». Vol 56, 2 novembre M-61. Par Forbes, G.N., Taneev, V.L., et alii, Département de microbiologie de l’Institut d’études aréologiques d’Acheron.

Le cratère SNC, au pied du flanc nord de Ceraunius Tholus, passe généralement pour la source des météorites SNC retrouvées sur Terre (cf. Clayborne et Frazier, M-4d). Des forages ont été effectués à une profondeur de 1 km sous le flanc nord de Ceraunius Tholus, à des endroits où la température du sol était supérieure de 10 à 50 micro-kelvins à la température moyenne du flanc. La plupart des sites de forage se trouvaient à moins de 4 km du chenal de lave principal, qui allait de la caldeira de Ceraunius au cratère SNC. Cinq puits de forage du côté ouest du chenal de lave (voir carte 1) rencontrèrent les restes effondrés d’une source thermale, qui renfermait de la glace et des poches d’eau liquide de l’ordre du millilitre. Les parois de ces fractures présentaient des formes ovoïdes, de moins de 20 nanomètres, ressemblant aux structures trouvées dans la météorite SNC ALH 84001. Aucune activité métabolique n’a été détectée dans les formes de Ceraunius, mais l’examen au microscope électronique révèle ce qui paraît être des parois cellulaires et des fragments de protéines d’ARN. Des analyses par la technique de PCR ont été effectuées sur les échantillons à l’aide de primaires spécifiques de l’ARN ribosomique, et les produits ont été séquencés, révélant une séquence magnéto-active similaire à celle de certains méthanogènes marins terrestres. Des silicates de l’évent thermique effondré proche du matériau récolté présentaient aussi des structures spongiformes stratifiées d’un aspect fortement stromatolithique, mais deux fois plus fines que celles qu’on a pu observer dans des échantillons terriens. On a pu avancer que c’étaient des stromatolites et que les formes ovoïdes étaient des archéobactéries ou des nanobactéries, soit en sommeil, soit au métabolisme ralenti en réaction à un environnement longtemps défavorable.

« Origine terrienne possible des échantillons du sous-sol de Ceraunius ». Vol 57, 1er juillet M-62. Par Claparede, R., Borazjani, H.X. et alii, Département d’écologie de l’Université de Mars, Burroughs.

Nous avons examiné les structures de type nanobactérien découvertes dans les échantillons prélevés lors du forage du flanc nord de Ceraunius Tholus (cf. Forbes et Taneev, M-61a). On y a trouvé les carbonates et les magnétites observés dans ALH 84001, mais aucun mouvement ou action métabolique. Comme dans le cas d’ALH 84001, dans l’Antarctique, on envisage la possibilité d’une récente contamination de la roche, et dans ce cas précis d’une contamination anthropogénique. Une hydratation de la faille en question aurait pu se produire lorsque le tunnel de lave de Ceraunius Tholus a servi de lit à un cours d’eau, de M-15 à M-38. Par ailleurs, alors que les échantillons contiennent des magnétites, on peut se demander si une archéobactérie ou une nanobactérie indigène n’aurait pas évolué, produisant des magnétites quand Mars avait un champ magnétique si faible qu’il ne pouvait avoir aucune influence sur le plan biologique.

« La magnétosphère martienne aurait été sensiblement plus forte au noachien qu’à l’époque actuelle ». Vol 57, 2 avril M-62. Par Kim, C.H., Institut d’aréo-physique de Senzeni Na, et Forbes, G.N., Département de microbiologie de l’Institut d’études aréologiques d’Acheron.

Les études paléomagnétiques menées dans la moitié sud de la dichotomie de la croûte démontrent que la paléo-intensité du champ magnétique martien atteignait 250 à 1000 nT vers 1,3 giga-A-m, donc à une époque récente, probablement en raison de la présence d’une dynamo active dans le noyau. On peut en déduire que Mars a généré un moment magnétique supérieur à 1013 T-m3 (par comparaison, le moment de la Terre est de 8x1015 T-m3) pendant toute la durée du noachien, de 4,1 giga-A-m à 1,3 giga-A-m (cf. Russell et alii, m6j). Le développement du biomagnétisme à une période indigène primitive ne serait donc pas surprenant.

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