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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Je vais régler le hurleur pour qu’il sonne à une demi-heure d’intervalle. Au fait, vous ne pourriez pas me dire si William a une petite amie ?

— Non, mentit Dunworthy.

Ils entendirent soudain les cloches de Christ Church.

— Quelqu’un a remis ce maudit carillon en marche, grommela Polly.

— Non, ce sont les Américaines…

Il tendit l’oreille afin de déterminer si Mlle Taylor s’était résignée à interpréter Stedmans. Il compta six cloches, les vieilles cloches d’Osney.

— … Et Finch.

C’était très beau, très différent de « Ô Christ, Interface avec le Monde ». Les tintements étaient clairs et magnifiques, et il se représenta les six sonneuses réunies en cercle dans le clocher, pliant les genoux et levant les bras, Finch qui lisait sa série de nombres.

Dunworthy se sentit étrangement ragaillardi. Mlle Taylor n’avait pu conduire ses carillonneuses à Norwich pour Noël mais elles semblaient célébrer sa prochaine victoire. Il trouverait Montoya, Basingame, un tech moins pusillanime et, surtout, Kivrin.

Le téléphone sonnait, à son retour à Balliol. Il gravit rapidement les marches. Il espérait que c’était Polly, mais il s’agissait de Montoya.

— Dunworthy ? fit-elle. Qu’est-ce qui se passe ?

— Où êtes-vous ?

— Dans mon chantier.

Sa question avait été stupide. Il la voyait devant les ruines d’une église, au milieu d’un cimetière médiéval, et il pouvait conprendre les raisons de son impatience. Il y avait par endroits plus de trente centimètres d’eau et un assortiment disparate de bâches et de plastène était tendu au-dessus de l’excavation. Aux jonctions des toiles affaissées, l’eau ruisselait en cascade. Les pierres tombales, les lampes accrochées aux bâches, les pelles appuyées contre le mur, tout était couvert de boue.

Montoya également. Elle avait sa veste de treillis et des cuissardes de pêcheur semblables à celles que Basingame devait avoir mises, là où il était.

— Il y a des jours que j’essaie de vous joindre, précisa Dunworthy.

— C’est la pompe. Son vacarme couvre la sonnerie du téléphone.

Elle désigna quelque chose, hors du champ de la caméra. La pompe en question, sans doute. Mais Dunworthy n’entendait que le crépitement de la pluie sur les bâches.

— J’ai dû l’arrêter car une courroie vient de lâcher et je n’en ai pas de rechange. Ont-ils l’intention de lever la quarantaine ?

— J’en doute. L’épidémie est importante. Sept cent quatre-vingts cas et seize décès. Vous n’avez pas lu les journaux ?

— Je n’ai vu personne depuis mon arrivée. J’ai consacré ces six jours à empêcher que tout soit inondé, mais c’est irréalisable sans aide. Et surtout sans pompe.

Elle leva une main maculée de boue pour écarter de son front des cheveux bruns ruisselants.

— Je croyais que ces cloches annonçaient la levée de ces mesures.

— Ce sont vos compatriotes qui donnent un concert, le Chicago Surprise Minor.

Elle en parut irritée.

— Si la situation est grave à ce point, ne pourraient-elles pas se trouver un passe-temps plus utile ?

Elles vous ont incitée à me téléphoner, se dit-il.

— J’aurais du travail à leur confier. Si elles pouvaient sortir du périmètre interdit, bien sûr. Ça risque de durer encore longtemps ?

Bien trop, pensa-t-il en regardant les cascades. Quand vous recevrez de l’aide, il sera trop tard.

— Il me faut des informations sur Basingame et sur Badri. Pour trouver l’origine du virus nous devons savoir qui il a rencontré. Nous savons qu’il a travaillé dans vos fouilles le dix-huit et le matin du dix-neuf. Avec qui était-il ?

— Moi.

— C’est tout ?

— Oui. J’ai eu de sérieuses difficultés à trouver des volontaires, en décembre. Tous mes étudiants en archéologie ont filé dès le début des congés. J’ai dû faire appel à toutes les bonnes volontés.

— Vous êtes certaine qu’il n’y avait personne d’autre ?

— Absolument. Je ne risque pas d’oublier car c’est samedi que nous avons ouvert la tombe du chevalier, ce qui n’a pas été facile. Gillian Ledbetter devait venir, mais elle a téléphoné au dernier moment pour m’annoncer qu’elle sortait avec son petit ami.

William, pensa Dunworthy.

— Et le dimanche ?

— Badri n’a passé que la matinée avec moi. Ensuite, il est allé à Londres. Bon, il faut que je vous laisse.

Elle écarta le combiné de son oreille.

— Attendez ! cria Dunworthy. Ne raccrochez pas !

Elle obéit, à contrecœur.

— J’ai d’autres questions à vous poser. C’est très important. Plus tôt nous déterminerons l’origine du virus, plus tôt la quarantaine sera levée.

Elle ne semblait pas convaincue, mais elle enfonça des touches, remit l’appareil sur son berceau et dit :

— Ça ne vous ennuie pas si je travaille ?

— Pas du tout. Faites, je vous en prie.

Elle sortit du champ de la caméra, revint et entra une autre instruction.

— Désolée. Il faut que je le déplace.

L’image devint floue. Lorsqu’elle retrouva de la netteté, Montoya s’accroupissait dans un trou plein de boue, à côté d’un tombeau. C’était sans doute son couvercle qu’elle et Badri avaient eu tant de mal à soulever, présuma Dunworthy.

Une plaque avec un gisant en armure, les bras croisés sur la cuirasse, les gantelets posés sur les épaules, l’épée à ses pieds. Elle reposait contre la tombe et son ombre masquait une inscription gravée. « Requiesc… » put-il seulement lire. Requiescat in pace. « Repose en paix », un souhait qui n’avait pas été exaucé. Derrière la visière de son heaume de pierre, l’expression du défunt était lourde de reproches.

Des gouttes pointillaient la feuille de plastène tendue sur l’ouverture. Dunworthy se demanda s’il n’y avait pas de l’autre côté du caveau un bas-relief morbide représentant l’horreur qu’il contenait, comme dans l’illustration du livre de Colin. De l’eau ruisselait sur le tombeau et le plastique s’affaissait sous son poids.

Montoya se redressa. Elle tenait un plateau plein de boue qu’elle posa sur l’angle de la pierre tombale.

— Alors ? Posez-moi vos questions.

— Vous étiez donc seule avec Badri ?

— Exact, fit-elle en s’essuyant le front.

— Et la population locale ?

— S’il y avait des gens dans les parages, je les aurais recrutés.

Elle plongea les doigts dans le récipient et en sortit de petites pierres brunes.

— Le couvercle pesait une tonne, et il s’est mis à pleuvoir sitôt après que nous l’avons eu retiré. J’aurais fait appel à n’importe qui, mais le chantier est éloigné de tout.

— Et les employés du National Trust ?

Elle leva les cailloux sous une cascade, pour les laver.

— Ils ne viennent que l’été.

Il espérait établir que le virus avait été transmis à Badri par un paysan, un fonctionnaire ou un chasseur de canards. Mais le porteur aurait été lui aussi malade et Mary avait joint tous les hôpitaux d’Angleterre. Il n’y avait pas un seul cas répertorié hors du périmètre interdit.

Montoya faisait tourner les pierres entre ses doigts, sous une lampe.

— Et les oiseaux ?

— Les oiseaux ?

Peut-être s’imaginait-elle qu’il lui suggérait de demander aux moineaux de l’aider à remettre en place le couvercle.

— Ce virus peut provenir des volatiles. Canards, oies, poulets. En trouve-t-on dans les parages ?

— Des poulets ?

— On pense à un croisement entre des virus d’animaux et d’humains. Il n’y a pas que les volailles qui sont suspectes mais aussi les poissons et les porcs.

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