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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Le recteur est la clé de tout ceci, pensa Dunworthy. Gilchrist se fiche du virus, des manifestants et des « maladies pulmonaires » signalées en 1318.

Sitôt au poste de Basingame, il s’était empressé de faire modifier la classification du XIVe siècle et de procéder à ce transfert pour placer son supérieur devant le fait accompli. Mais ce n’était pas une réussite et il avait sur les bras une épidémie, des manifestants et la disparition d’une historienne. Il devait justifier ses actes, même s’il lui fallait pour cela sacrifier cette dernière.

— Et Kivrin ? L’approuverait-elle ?

— Mlle Engle connaissait les risques, lorsqu’elle s’est portée volontaire.

— Elle ne pouvait savoir que vous décideriez de l’abandonner au Moyen Âge.

— Cet entretien est terminé, monsieur Dunworthy, fit Gilchrist en se levant. Je rouvrirai le labo quand l’origine du virus aura été déterminée, et que nous aurons la preuve qu’il n’a pu venir par le transmetteur.

Il raccompagna son visiteur à la porte. Le concierge était de faction à l’extérieur.

— Je ne vous laisserai pas faire, déclara Dunworthy.

— Et moi, je ne vous laisserai pas mettre en péril la santé de cette communauté, rétorqua Gilchrist avant de se tourner vers l’autre homme. Escortez ce monsieur jusqu’à la rue. Et s’il revient à Brasenose, avertissez la police.

Il fit claquer la porte.

Le concierge emboîta le pas au visiteur, l’air méfiant. Il le lorgnait, comme s’il le considérait comme dangereux.

Je pourrais le devenir, pensa Dunworthy.

— Je dois utiliser votre téléphone, dit-il lorsqu’ils furent à la hauteur de la loge. Pour l’Université.

L’homme était nerveux, mais il posa un combiné sur le comptoir et le surveilla pendant qu’il composait le numéro de Balliol.

— Nous devons absolument joindre Basingame, dit Dunworthy dès que Finch décrocha. C’est urgent. Appelez le service qui délivre les permis de pêche pour l’Écosse, dressez une liste des hôtels et des auberges et communiquez-moi l’indicatif de Polly Wilson.

Il le nota, raccrocha, alla pour le composer puis se ravisa et téléphona à Mary.

— Je veux vous aider, déclara-t-il.

— Je présume que Gilchrist a refusé d’ouvrir le labo ?

— C’est exact. Que puis-je faire pour activer les recherches ?

— Découvrir si Badri a été exposé à des radiations, s’il est allé dans une basse-cour ou s’il a côtoyé des gens dont la religion proscrit l’utilisation des antiviraux. Vous aurez besoin de son emploi du temps.

— J’enverrai Colin le chercher.

— Tout sera prêt. Il faudra remonter sur plusieurs jours, car en présence d’un virus mutant l’incubation est plus longue que lors d’une simple transmission entre individus.

— J’en chargerai William.

Il rendit le téléphone au concierge, qui contourna aussitôt le comptoir pour le repousser vers la rue. Dunworthy fut surpris de ne pas bénéficier d’une escorte jusqu’à Balliol.

Sitôt à destination, il appela Polly Wilson.

— Vous serait-il possible d’accéder à la console du transmetteur sans entrer dans le laboratoire ? lui demanda-t-il. Pourriez-vous vous y connecter par le système informatique de l’Université ?

— Je ne sais pas. Il y a des protections, mais il doit être possible de les contourner à partir du terminal de Balliol. Tout sera fonction de la complexité des sécurités. Avez-vous un tech qui pourra interpréter les résultats, si je réussis ?

— J’en trouverai un.

Il raccrocha.

Colin entra, ruisselant. Il venait chercher un nouveau rouleau de ruban adhésif.

— Savez-vous qu’on a reçu le séquençage et que ce virus est un mutant ?

— Oui. Pourrais-tu faire un saut à l’hôpital, pour prendre les documents que ta grand-tante a dû me préparer ?

L’enfant posa son stock d’affiches. Sur la feuille du dessus était conseillé : « N’ayez pas de rechutes. »

— Ils parlent d’une arme biologique. Ils disent que ce machin se serait échappé d’un laboratoire.

Pas le labo de Gilchrist, en tout cas, pensa Dunworthy.

— Sais-tu où est William Meager ?

— Non, fit Colin en grimaçant. Probablement dans un couloir, en train de rouler des pelles à une fille.

Dunworthy le trouva à l’office, occupé à étreindre une de leurs pensionnaires involontaires. Dunworthy le chargea de découvrir tous les faits et gestes de Badri, du jeudi au dimanche matin, et d’obtenir une copie du relevé de la carte de crédit de Basingame pour tout le mois de décembre. Puis il téléphona aux techs.

L’un était à Moscou pour le compte du Dix-Neuvième, deux faisaient du ski et les autres n’étaient pas à leur domicile ou avaient été avertis par Andrews et s’abstenaient de décrocher.

Colin lui apporta les tableaux. C’était un désastre. On avait seulement tenté d’établir des corrélations entre ces informations et l’Amérique, et les contacts étaient trop nombreux. La moitié des « directs » étaient allés à la soirée organisée à Headington et les deux tiers de ces derniers avaient ensuite fait des courses. À deux exceptions près, tous avaient pris le métro. Ils cherchaient une aiguille dans une meule de foin.

Il consacra la nuit à tenter d’établir des rapports entre ces individus. Quarante-deux appartenaient à l’Église d’Angleterre, neuf à la Sainte Église Re-Formée et dix-sept à aucun culte. Huit poursuivaient leurs études au Shrewsbury College, onze avaient fait la queue au magasin Debenham’s pour voir le père Noël, neuf avaient travaillé dans les fouilles de Montoya et trente étaient allés faire des achats chez Blackwell’s.

Vingt et un avaient eu des contacts avec au moins deux « indirects » et trente-deux avec le père Noël de Debenham’s (dont vingt et un dans un pub, après sa journée de travail), mais le seul lien entre tous les « directs » était Badri.

Dans la matinée, Mary accompagna une fournée de malades. Elle était en T.P. mais n’avait pas de masque.

— Les lits sont-ils prêts ? demanda-t-elle.

— Oui. Vingt, répartis dans deux salles.

— Parfait. Je les prends tous.

Ils aidèrent les patients à s’installer puis les laissèrent aux bons soins de l’apprentie infirmière découverte par William.

— Ceux qui ne peuvent se déplacer arriveront sitôt que nous disposerons d’une ambulance, dit Mary alors qu’ils traversaient la cour.

Il avait cessé de pleuvoir et le ciel se dégageait.

— Quand recevrons-nous l’analogique ? s’enquit Dunworthy.

— Dans deux jours au plus tôt. Et quand tout sera terminé, je vous demanderai de m’expédier en un siècle sans épidémies…

Elle s’arrêta sous le porche et passa la main dans sa chevelure grise.

— S’il existe.

Il secoua la tête.

— Vous ai-je parlé de la Vallée des Rois ? demanda-t-elle.

— Vous m’avez dit que vous l’avez visitée pendant la Pandémie.

— Le Caire était en quarantaine et notre avion s’est posé à Addis-Abeba. En chemin, j’ai donné un bakchich au chauffeur de taxi pour qu’il fasse un détour par la Vallée des Rois. Je voulais voir la tombe de Toutankhamon. C’était risqué, car l’épidémie avait atteint Louxor et nous avons failli nous y trouver bloquées. On nous a même tiré dessus, et nous aurions pu y laisser notre peau. Ma sœur a d’ailleurs refusé de sortir de la voiture. Cependant, quand j’ai descendu les marches, j’ai eu l’impression d’être Carter.

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