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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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« Reproche suprême, je ne riais pas quand Louis jouait la comédie ! reconnaît Édouard Molinaro[380]. Et là, je ne peux pas lui donner tort. Je suis affligé d’une impassibilité pathologique. Même quand quelque chose ou quelqu’un m’amuse énormément, rien ne se lit sur mon visage. C’est décourageant pour un acteur comique.  » C’est à ce point désagréable pour de Funès qu’un matin il décide de cesser le travail. Ne parvenant pas à le calmer, Édouard Molinaro se rend à la cantine du studio où Alain Poiré déjeune avec Jeanne. « De Funès s’arrête ! Il ne veut plus jouer ! » lance-t-il au producteur qui sans perdre un instant se rend sur le plateau où « Louis arpentait le décor en levant les bras aux cieux. […] Il court à ma rencontre et se met à hurler : “Le décor est ignoble ! La photo est infecte ! Et puis vous m’avez flanqué un réalisateur qui regarde sa montre toutes les trois minutes tellement il s’embête ! Je l’entends penser : “Encore une heure à tirer !” Je ne peux pas travailler dans ces conditions-là !”  » se souvient Alain Poiré[381]. Il explique alors à Louis de Funès que Molinaro est un homme précis et qu’il ne lâche jamais l’heure des yeux, qu’il ne se doutait pas que le comédien le remarquerait. Le travail reprend, mais un nouvel incident se produit. Louis refuse de tourner la fameuse « scène du nez » où pris de folie en apprenant la disparition de ses bijoux, il tire sur son appendice nasal comme s’il s’agissait d’une trompette ou d’un violon. Louis ne peut pas jouer cette scène sans un vrai public devant lui. C’est encore Alain Poiré qui arrange les choses en sermonnant le réalisateur qui avoue, tout de même, que « de Funès ! Il est génial. Il me fait rire aux larmes  ». La réponse de Poiré est immédiate : « Mais alors, fais-le ! Ris aux larmes ! Tu fais une tête d’enterrement ! Ce n’est pas marrant de jouer devant des bobines lugubres !  » Molinaro demande alors à ses assistants, Philippe Monnier et Jean-Marie Poiré, de recruter, sur les autres plateaux du studio, tous les techniciens et ouvriers disposant d’une petite heure. « Nous installons autour de Louis quelques bancs et quelques chaises, qui lui permettent de retrouver la présence d’un public tout proche. Et, peu à peu, oubliant cette étrange timidité qui l’avait envahi, Louis, prenant appui sur des dizaines de regards amis — et déjà conquis — se lance dans son grand numéro. Les caméras tournent. Louis est éblouissant. Puis il s’effondre, épuisé  », souligne aujourd’hui Molinaro[382]. Finalement les tensions entre les deux hommes s’apaisent même si, pour que l’atmosphère s’améliore définitivement, Alain Poiré fait suspendre les prises de vues pendant une semaine. À la fin du mois de mars, le tournage d’Oscar s’achève sur une solide poignée de main entre de Funès et Molinaro, lequel jure, secrètement, de ne plus jamais travailler avec lui. Un serment prêté, sans aucun doute, un peu hâtivement !

Aux premiers jours du mois d’avril, après des élections législatives offrant une courte majorité au Comité d’action pour la Ve République soutenant le général de Gaulle et voyant Georges Pompidou reconduit à Matignon, la France est en colère. Depuis le 18 mars le Torrey Canyon se vide de son pétrole sur les côtes bretonnes. Cette catastrophe ne laisse pas indifférent Louis de Funès qui peste contre les hydrocarbures polluant la Loire si proche de Clermont. « Si ça continue, dit-il à ses amis pêcheurs, il n’y aura plus ni perches ni brochets.  » Il fulmine d’autant plus qu’il ne se fait guère d’illusions sur le rôle que peuvent jouer les hommes politiques sur cette question car « ils ne font que des discours dans ce monde gonflé comme un beignet. Le parti qui défendra la nature sera celui de demain qui recrutera le plus d’adhérents, affirme-t-il[383]. Et je suis prêt à descendre dans la rue pour demander qu’on préserve la nature  ». En effet, Louis de Funès et la politique ne font pas très bon ménage, même s’il ne cache pas certaines de ses préférences. « Je suis un peu éclectique, confie-t-il à Éric de Saint-Angel[384]. J’adore Louis XVI et je hais tous ceux qui l’ont assassiné. J’aime beaucoup M. Pompidou, beaucoup aussi le général de Gaulle. Et puis, la CGT aussi quand j’avais vingt ans, lorsqu’elle a accordé les premiers congés payés. C’était Jouhaux alors, et puis Léon Blum. C’est des gens que j’aime et puis je peux en aimer un autre, et puis voilà… […] Le rire, c’est ce dont on a besoin avant toute chose… il change pendant deux heures des emmerdements de la vie et des hommes sinistres que sont tous les hommes politiques, de Mao à la Russie, ou chez nous. D’ailleurs, aucun gouvernement n’aime qu’on fasse rire. C’est terrible pour eux. On peut les dégringoler… Les partis politiques devraient former des comédiens pour les représenter, ça leur ferait gagner des voix !  »

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380

Édouard Molinaro, op. cit., p. 134.

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381

Alain Poiré, op. cit., p. 310.

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382

Édouard Molinaro, op. cit., pp. 135–136.

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383

Louis de Funès à André Renaudin in Le Parisien libéré daté du 4 septembre 1971.

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384

In Le Matin daté du 7 mars 1980.

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