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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Et justement, Louis de Funès continue à se faire « militant du rire » en mettant la toute dernière main au prochain film qu’il va tourner sous la direction de l’ami Girault et dans lequel il veut donner à Olivier son premier grand rôle. Il est à l’origine de ce projet, dont il a confié la scénarisation à Jacques Vilfrid. C’est un film qu’il veut tout public, un film familial où il sera question des difficiles rapports entre les ados et leurs parents. Au cœur de ce vaudeville, le directeur d’une « boîte à bac », un homme sévère et très à cheval sur les principes. Philippe, son fils aîné, est expédié en Grande-Bretagne pour un échange linguistique pendant que Gérard, le cadet, reste à la maison pour tenir compagnie à Shirley, la correspondante de son frère. Seulement voilà, Philippe ne prend pas l’avion à destination de l’Écosse, y envoyant à sa place son copain Michonnet. Ainsi, Philippe peut partir en croisière à bord d’un voilier sur la Seine où il est bientôt rejoint par Shirley. Le patron du bahut découvrant le pot aux roses se lance à leur poursuite afin de les ramener au bercail. Mais, amoureux, Philippe et Shirley s’enfuient vers un petit village afin d’y célébrer en cachette leur mariage. Une course-poursuite aux multiples rebondissements et imprévus en tout genre comme Louis de Funès les affectionne. Comme il en a désormais le privilège, il veille de près au choix des comédiens partageant cette aventure. Claude Gensac se doit d’être son épouse. Max Montavon, Jacques Dynam, Mario David et Guy Grosso sont du voyage de ce qui s’appelle Les Grandes Vacances. Quant aux jeunes gens, il retient Maurice Risch en Michonnet, dont il a apprécié le talent dans Le Grand Restaurant ; il fait confiance, sur l’avis de Jean Girault, à la jeune et frêle Martine Kelly, 19 ans, dont c’est la première apparition à l’écran pour camper Shirley ; à l’expérimenté Dominique Maurin[385], 18 ans, en meilleur copain de son fils Philippe qui aura les traits de François Leccia, 19 ans ; et à Olivier de Funès, 18 ans, en Gérard, le fils cadet à la « tronche » de premier de la classe. Le parfait chouchou, le lèche-bottes, le cafteur, la tête à claques. Juste retour des choses pour Olivier qui, un soir, lui avait parlé de ces insupportables cancrelats dénonçant leurs petits camarades dans son propre établissement scolaire… une boîte à bac[386] ! Louis souhaitant que, dans son film, Gérard soit insupportable, il a demandé à Jacques Vilfrid de le rendre particulièrement exécrable en champion de la « mouchardise  ». Distribution, dialogues et plan de travail une fois au point, chacun se donne rendez-vous pour le 24 mai 1967 aux studios de Boulogne.

D’ici là, Louis s’accorde quelques moments de repos mais, surtout, il prend le temps de réfléchir à la proposition que vient de lui faire Maurice Jacquin, son producteur des Grandes Vacances. Homme avisé et toujours prêt à monter un « gros coup », ce dernier vient de connaître un joli succès avec Du rififi à Paname[387] réalisé par Denys de La Patellière, où Jean Gabin est impérial en trafiquant d’or. Désireux de continuer sur cette lancée, Maurice Jacquin souhaite réunir Gabin et Louis de Funès sur la même affiche. L’association du plus grand acteur français et du champion du box-office pourrait, selon Jacquin, attirer une foule de spectateurs avides de les voir face à face et surtout rapporter beaucoup d’argent. Le producteur, sachant parfaitement que Louis ne saurait accepter un rôle de truand, a dans ses tiroirs une idée susceptible de le séduire. L’écrivain et ancien « mauvais garçon » Alphonse Boudard a récemment publié une nouvelle intitulée Gégène le tatoué dans laquelle un marchand de tableaux tente par tous les moyens d’acheter le tatouage porté dans le dos d’un marginal et qui serait signé de la main d’Amedeo Modigliani. À première vue, Louis est intéressé par l’originalité du sujet et plus encore par le fait de partager la tête d’affiche avec Jean Gabin. Avant de donner son accord de principe, il demande à lire un premier synopsis et à savoir si Gabin est, lui aussi, enchanté par cette perspective. Louis connaît bien Jean Gabin, qui peut se montrer aussi bien affable qu’imperméable à toute discussion. Peu de temps après le tournage du Gentleman d’Epsom, Louis avait été invité avec Jeanne et ses enfants dans sa propriété normande près de L’Aigle. Quand les de Funès arrivèrent, ils furent accueillis par Dominique Gabin qui leur offrit un apéritif. Ils espéraient voir leur hôte les rejoindre sous peu, mais il avait comme… disparu ! Au bout d’un certain temps, avec Mme Gabin « nous sommes partis à sa recherche, raconte Patrick de Funès[388]. Nous avons fini par le dénicher dans le garage : confortablement assis dans sa voiture, il écoutait la radio ! “Mais enfin, Jean ! On te cherche partout ! Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda sa femme. — J’m’emmerde !” répondit-il. Nous voyant interloqués, il se décida à sortir de son trou. Après un copieux déjeuner, il nous emmena visiter son domaine. Il prenait plaisir à nous montrer ses chevaux, et surtout ses vaches.  » Cette simple anecdote en dit long sur le caractère ombrageux voire rustique de Gabin, qui fait rapidement savoir à Jacquin que le sujet de ce film est à son goût mais que, comme de Funès, il entend mettre son grain de sel dans le déroulé de l’histoire et que, comme de Funès, il veut prendre son temps pour donner son accord. Les deux stars réfléchissent donc chacune de leur côté avant de signer le moindre engagement.

Autre occupation pour Louis, l’avancée du scénario du film de Robert Dhéry qui lui envoie au compte-gouttes les éléments de son histoire qu’il a baptisée Le Petit Baigneur et dont le tournage dans la région de Narbonne est prévu pour la mi-septembre. Il ne se fait guère de souci, sachant que son ami lui prépare un rôle cousu main. Enfin, il vient de donner son accord pour s’engager à l’été 1968 à tourner un troisième Gendarme qui va se marier et, peut-être, toujours avec Jean Girault, à travailler à l’adaptation d’une pièce de Jean Bernard-Luc, Hibernatus[389], qu’on lui avait proposée de jouer en 1957 et qu’il avait dû refuser, à regret, s’étant engagé à créer Faisons un rêve de Sacha Guitry. Pour un homme affirmant à qui veut l’entendre qu’il passe ses vacances à aller à la pêche à la ligne afin d’oublier l’univers du cinéma, il ne manque pas d’occupations liées au 7e art ! Mais, quand on s’appelle Louis de Funès et qu’on fait s’écrouler de rire la France entière, nul ne s’en étonnera.

Dans les studios de Boulogne où commencent les prises de vues des Grandes Vacances, aucune ombre ne vient assombrir l’humeur des uns et des autres. Louis aime la compagnie des jeunes acteurs qu’il a choisis. Il les sent plein d’entrain et du désir de s’amuser en travaillant. En revanche, il est plus inquiet pour Olivier quand il doit lui donner la réplique pour la première fois. La scène n’est pas bien compliquée, mais Olivier, qui doit marcher dans sa direction à destination d’une table d’un vaste salon, ne cache pas qu’il a un problème de déplacement. Il n’arrive pas à se mouvoir naturellement à cause des projecteurs qui l’aveuglent. Au bout de plusieurs prises, Louis fait éteindre les lumières et il entraîne Olivier dans une visite guidée du décor afin de lui apprendre à oublier ces fâcheux sunlights. Un nouvel exercice du même type lumières allumées et ils se remettent au travail devant la caméra de Girault. « Mais il faudra encore dix prises avant que s’installe une ébauche de naturel  », se souvient Olivier de Funès[390]. Louis lui donne des trucs, des astuces et l’apaise en lui racontant : « Tu sais, dans leurs premiers films, Delon ou Belmondo étaient gauches, ils ont dû beaucoup travailler pour acquérir de la prestance.  » Il l’aide aussi à mémoriser son texte en pensant à mimer une attitude et à prendre conscience qu’être comédien « c’est beaucoup de boulot. Tu dois penser à ton jeu toute la journée, même dans le métro. Tu peux t’inventer de petites situations, et essayer de saisir une ou deux expressions que tu maîtrises bien[391] ». Louis ne laisse, comme d’habitude, rien au hasard, même s’il lui arrive à lui aussi de se laisser piéger par un fou rire. Claude Gensac en est témoin le jour où il doit lui expliquer pourquoi il va chercher son fils en Angleterre. À son texte — « C’est un joli endroit, il y a un lac avec des bateaux à voile » — il ajoute : « Les voiles sont carrées. » Étonnée, Gensac rétorque : « Ah bon ! Et pourquoi ?  » Et, sur un ton péremptoire, Louis enchaîne : « Parce que c’est comme ça !  » Claude Gensac éclate d’un rire franc et généreux. Sans se démonter, Louis reprend : « Non, je me trompe, elles sont rectangulaires et… noires !  » Louis et Claude sont soudain pris d’un rire nerveux et indomptable. Ils reprennent cinq fois, dix fois, les fameuses voiles passant par toutes les couleurs. «  Aucun de nous deux ne voulait laisser le dernier mot à l’autre, raconte Claude Gensac[392]. C’était nerveusement insoutenable. Par peur de rire, j’évitais de parler et je lui faisais des gestes de protestation pour montrer mon désaccord, il se tournait vers moi avec une mimique inénarrable et, bien sûr, je craquais. En face de nous, les techniciens avaient un mal fou à se retenir de rigoler. Quant à Girault, complètement dépassé, il se contentait de regarder. “On la refera demain, a-t-il fini par dire. — Non ! avons-nous crié en chœur. On va y arriver !” À la fin de cette scène, Christiane Muller devait entrer et nous annoncer : “Madame est servie.” Elle a pu dire sa réplique à la trentième prise, quand, épuisés, nous avons sorti tout notre texte sans broncher.  » Ce n’est évidemment pas la seule fois où ce genre de situation se présente. Ainsi, avec Maurice Risch, quand Louis arrive chez les Anglais en croyant trouver son fils malade, et où il découvre Michonnet dans le lit. « Le scénario disait que les Anglais demandent : “Michonnet, qu’est-ce que c’est ?” et qu’il répond : “C’est un diminutif, quand il était petit.” Louis a eu l’idée d’ajouter : “D’ailleurs quand il était petit, il était déjà aussi gros.” On a commencé à rigoler et on n’y est plus arrivés. Louis m’a dit, vers la dix-huitième prise : “Regardez bien ce qui va se passer, vous allez voir quelque chose.” Et ça n’a pas raté. Il était 19 h 30 et le producteur est descendu voir ce qui se passait sur le plateau. Mais il n’a rien dit ; le film était déjà vendu, il y avait tout l’argent qu’il fallait, on laissait Louis faire ce qu’il voulait. Le lendemain, on a encore recommencé une dizaine de prises et je crois bien que, sur la prise qui a été gardée, on voit le drap qui ondule tellement je ris », rapporte Maurice Risch[393]. Bref, un tournage champagne dans les studios de Boulogne où un journaliste de Ciné Télé Revue vient faire un long reportage dont Louis de Funès est la vedette, forcément. Mais lors de cet entretien, Louis n’échappe pas à l’inévitable question sur la récente acquisition du château de Clermont. Roger A. Houzé, qui se risque à lui demander s’il n’a pas peur de passer pour un « m’as-tu-vu », s’entend répondre : « Lorsque j’ai acheté ce château, certaines personnes n’ont pas manqué de dire : “Pour qui se prend-il ?” J’ai laissé dire. Ce n’était pas la prétention mais la tendresse qui m’a poussé à l’acheter. Ce n’était nullement un caprice de vedette, encore moins la vaine gloriole d’un monsieur faisant étalage d’une fortune fraîchement acquise. Les millions n’ont rien fait à l’affaire si ce n’est me rendre propriétaire du château de Clermont qui appartenait aux Maupassant. Il m’a fallu 83 millions d’anciens francs pour l’avoir. J’aurais mis le double si nécessaire. Je ne voulais pas m’offrir un bâtiment historique mais l’endroit où j’avais été fabuleusement heureux. Pendant nos années de vaches maigres, nous y venions pour nos vacances. Autrement dit, quatre à cinq fois par an car les engagements ne pleuvaient pas. Nous y étions invités par la comtesse de Maupassant, qui n’était pas seulement la tante de ma femme mais aussi sa seconde mère[394]. » Le journaliste ajoute qu’il a trouvé Louis de Funès particulièrement joyeux. Il va continuer à l’être aussi bien à Rouen, en Auvergne aux alentours du Mont-Dore et du puy de Sancy censés figurer l’Écosse. Au Havre, il répond aussi aux questions d’un journaliste local de la station de FR3 Haute-Normandie auquel il fait part de ses projets. « Je ne ferai rien au théâtre avant quelque temps mais je vais, peut-être, bientôt tourner Hibernatus avec Jean Girault et puis Le Gendarme se marie en juin ou juillet de l’année prochaine à Saint-Tropez[395]. » Curieusement, il n’évoque pas le prochain film de Robert Dhéry et encore moins celui en négociation avec Jean Gabin. Pour ce dernier, rien de plus normal, l’affaire à ce moment-là s’engage assez mal. Même si Gabin et de Funès ont signé leur contrat pour commencer à se placer sous la direction de Denys de La Patellière en février, ils refusent l’un et l’autre la première mouture du scénario, se réservant le droit de remettre cela à plus tard sur de meilleures bases.

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385

Dominique Maurin a tourné son premier film, Du rififi chez les hommes de Jules Dassin, en 1955. Il est le demi-frère de Patrick Maurin, futur Patrick Dewaere.

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386

Louis de Funès avait fait, trois années plus tôt, quitter à Olivier Sainte-Marie de Monceau où certains prêtres ouvriers le considéraient comme un « fils à papa ». On notera que, contrairement à ce que certains auteurs affirment, Olivier de Funès ne passait pas son baccalauréat en 1967. Il était alors en classe de 1re. Il passera et obtiendra son baccalauréat scientifique en 1968.

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387

Film sorti le 2 mars 1966.

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388

Patrick de Funès, op. cit., p. 140.

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389

Hibernatus a été créé le 26 janvier 1957 au Théâtre de l’Athénée par Jean Parédès dans une mise en scène de Georges Vitaly.

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390

Olivier de Funès, op. cit., p. 150.

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391

Ibid.

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392

Claude Gensac, op. cit., pp. 183–184.

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393

Maurice Risch à Bertrand Dicale, op. cit., p. 338.

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394

Article paru le 2 juin 1967.

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395

Reportage diffusé le 16 juin 1967.

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