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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Il ferma les yeux, s’armant de patience.

— Où sont-ils ?

— Quoi ?

— Vos albums ! Où sont-ils ?

Elle le conduisit à la cuisine, où régnait un calme tout relatif, et montra l’étagère de classeurs bourrés de coupures de journaux, au point que leur lanière, telle une ceinture sur un ventre replet, paraissait à deux doigts de craquer.

Matt les prit tous à la fois dans les bras. Un exploit.

— Non ! s’écria Miriam. Ils vont être mouillés !

— Je peux difficilement faire cesser la pluie.

— Ne soyez pas insolent. Tenez…

Elle retira son ciré et en enveloppa les albums.

— Miriam… vous allez être trempée.

— Je sécherai.

Ils coururent jusqu’à la voiture où Matt déposa les albums aux pieds de Miriam. Elle referma aussitôt la portière pour protéger ses précieux classeurs, si vite qu’elle manqua de peu de sectionner les doigts de Matt.

Une fois derrière le volant, il lui recommanda de boucler sa ceinture.

— Vous avez appelé Abby ? demanda-t-il en démarrant. Elle doit s’inquiéter.

Les essuie-glaces s’agitaient inutilement pour combattre le déluge.

— J’ai essayé, mais le téléphone a été coupé il y a une vingtaine de minutes. Docteur Wheeler, je peux vous demander pourquoi vous êtes arrivé si en retard ?

— Croyez-moi, Miriam, il vaut bien mieux que vous restiez dans l’ignorance.

Elle l’examina un instant par-dessus le bord de ses lunettes, puis se tourna, rigide, vers la route ténébreuse.

— Vous avez peut-être raison.

Il prit une route différente pour le retour. Plus longue, mais qui évitait le port probablement inondé. La route grimpait le long du mont Buchanan et la voiture la gravit péniblement, malmenée par les rafales qui soufflaient sur le flanc de la colline avec une force démoniaque. La plupart des maisons n’avaient plus de vitres et le bitume était par endroits couvert de verre brisé. Le vent charriait une foule d’objets disparates : poubelles, cartons, branches, pots de fleurs…

Au moment où, arrivée au sommet du mont, la voiture amorçait sa descente vers le quartier de l’hôpital, la pluie s’apaisa brusquement. Matt jeta un coup d’œil vers l’ouest. Les nuages, qui filaient au-dessus d’eux à une allure étourdissante, s’étaient brièvement écartés. Il put apercevoir la marina recouverte par une onde furieuse et les coques des voiliers retournés qui se balançaient au niveau des toits. La baie ressemblait à un immense chaudron ; au loin, des vagues hautes comme des arbres s’acharnaient sur la pointe sud de l’île aux Crabes. La dernière lueur du jour semblait venir de l’ouest – peut-être du cyclone lui-même. Une luminosité pâle. Étrange.

Il reporta son attention sur la route et fit une brusque embardée pour éviter le tronc d’un jeune pin qui roulait vers lui.

— Mon Dieu ! s’exclama soudain Miriam. Regardez ça !

À contrecœur, il se tourna de nouveau vers l’ouest.

Au large, le ciel noir commençait à plonger.

D’énormes nuages d’ébène amorçaient une lente spirale vers l’océan ; derrière eux, des écharpes de fumée attendaient d’être aspirées à leur tour.

Des trombes, songea Matt. Il en dénombra cinq. La façon dont elles se mouvaient était fascinante, hypnotique. Il y avait quelque chose d’effrayant dans le mouvement rythmé de ces écharpes effilochées ; elles cinglaient le ciel comme la queue d’un chat contrarié, soulevant des masses d’eau qui retombaient en pluie diffuse. Et ces tourbillons se dirigeaient vers la source lumineuse. Vers la côte.

Un violent rideau de pluie occulta le spectacle.

— Vous feriez peut-être mieux d’accélérer un peu, suggéra Miriam.

Tout aurait été supportable, de l’avis d’Abby Cushman, n’étaient les conduits de ventilation.

Le cyclone était bien trop violent, il arrivait encore plus vite que prévu. Et Matt Wheeler qui se trouvait toujours dans la nature ; il n’était même pas arrivé chez Miriam quand la ligne de téléphone avait été coupée. Et puis les lumières avaient commencé à flancher ; Tom Kindle s’était hâté d’aller mettre le groupe électrogène en route, abandonnant Abby dans l’obscurité avec six personnes plus ou moins terrifiées. Jusque-là, elle en avait pris son parti ; mais il avait fallu que le bruit s’en mêle.

Elle n’avait bien sûr aucune idée de la façon dont fonctionnait le système d’aération de l’hôpital, si ce n’est que plusieurs conduits couraient au plafond, au-dessus des néons, conduits dans lequel le vent s’engouffrait maintenant pour jouer un air de cornemuse. Une énorme cornemuse pour géants mélomanes, produisant des sons trop fondamentaux pour l’oreille humaine et uniquement perceptibles, à l’instar de la peur, au creux de l’estomac.

Cet horrible concert avait débuté peu après 18 heures. D’abord tout doucement, presque un murmure. À mesure que le vent gagnait en vitesse et en force, une note aiguë se détacha par intermittence. Grinçante, mais encore tolérable.

Et puis le bruit s’amplifia ; ils eurent un moment l’impression d’être enfermés dans une cabine de douche, les robinets ouverts à fond. Ce furent ensuite d’autres sons, d’autres cris qui s’étiraient le long des tuyaux, particulièrement ce lugubre gémissement qui mettait Abby au supplice ; il évoquait les pleurs d’un enfant. Sans parler des crissements et grincements de toutes sortes, comme des feuilles de métal qu’on déchire, qu’on scie. Un martyre pour les tympans.

Elle supporta le tout stoïquement, et persista, quitte à se sentir un peu stupide, à servir des cafés tièdes aux six personnes recroquevillées au bout de leurs matelas, la tête rentrée dans les épaules.

Et puis Bob Ganish n’avait rien trouvé de mieux que de faire une crise de claustrophobie. La pièce était bien trop étroite, se plaignit-il d’une voix geignarde, surtout sans électricité ; avec pour seul éclairage la lueur blafarde de ces loupiotes de secours. En plus, on ne respirait plus.

Abby lui offrit de partager ses gâteaux secs avec lui et de changer de sujet. Il devait bien avoir quelques anecdotes cocasses à raconter sur sa carrière de vendeur chez Ford, non ? Et Bob de sourire nerveusement avant de se lancer dans l’histoire embrouillée d’une erreur de livraison à laquelle Abby ne comprit goutte, si ce n’est que Bob s’en sortait couvert de lauriers. Le monologue dura vingt minutes, montre en main. Avec toujours, en fond sonore, la symphonie en ut pour conduits et tuyaux, et la sensation croissante pour Abby que l’hystérie de Ganish, par un phénomène d’osmose, commençait à la gagner.

Et le Dr Wheeler qui ne revenait pas…

Après, il y eut l’affreux hurlement ; le cri qu’aurait pu pousser un brontosaure en se coinçant la queue – son petit-fils Alan avait été un passionné de l’ère préhistorique.

… et pour couronner le tout, ce fut le moment que choisit Paul Jacopetti pour faire son infarctus. C’était le bouquet !

Abby sursauta devant la soudaine agitation derrière elle. Elle se tourna brusquement, renversant son café sur le pantalon de Bob Ganish.

Jacopetti était allongé sur son matelas, les mains crispées sur son torse, le teint blafard. Il respirait rapidement, happant l’air.

Abby se précipita à son chevet.

— Paul ? Que se passe-t-il ?

— Une saloperie d’infarctus ! articula-t-il avec difficulté. Que croyez-vous que ce soit d’autre ?

Elle eut envie de le gifler. De le secouer. Pas maintenant ! Ce n’est ni le moment ni l’endroit, espèce d’idiot. Vous ferez votre infarctus un autre jour.

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