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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Des dépressions individuelles se détachèrent et, emportées par les vents dominants, se rétractèrent brusquement en pénétrant les latitudes plus froides.

Certaines empruntèrent les vents de mousson d’Inde et d’Asie.

Certaines empruntèrent les courants équatoriaux d’Australie et d’Afrique.

Certaines suivirent le Gulf Stream et longèrent les côtes baignées par l’Atlantique.

Certaines empruntèrent le courant Kurioshio en direction du Japon, puis virèrent vers l’est, reprirent de la vitesse au-dessus du Pacifique Nord réchauffé par le phytoplancton et, tels des géants lourds et paresseux, se tournèrent enfin vers la côte Ouest de l’Amérique du Nord.

24

Déluge

Le cyclone cessa progressivement d’être une menace distante pour devenir une lourde épée de Damoclès suspendue dans le ciel nuageux de Buchanan.

Matt requit l’aide des hommes pour clouer des planches sur toutes les fenêtres du rez-de-chaussée de l’hôpital et protéger les vitres au moyen de larges bandes de Scotch. Solidement campé au milieu d’un bouquet d’épicéas, le bâtiment présentait l’avantage d’être relativement neuf et équipé, au sous-sol, d’un groupe électrogène, d’une bibliothèque, d’une blanchisserie, d’une cuisine et d’une cafétéria.

Matt décida d’installer tout le monde dans la cafétéria. Un choix purement fonctionnel. La salle carrée, peinte en saumon, manquait de la plus élémentaire gaieté. Mais elle était spacieuse et éloignée des murs extérieurs. Les tables furent rassemblées dans le fond afin d’installer les matelas. D’après le Serveur, en ce premier jeudi de mars, le cyclone serait là d’ici à un jour ou deux. Matt se considérait comme prêt. L’abri était aussi sûr que possible et bien approvisionné. Chacun avait déjà commencé à apporter ses affaires, ainsi que les choses auxquelles il tenait particulièrement : photographies, souvenirs, objets précieux…

Abby Cushman servait de coordinatrice. Elle restait en étroite liaison avec les neuf membres du comité qu’elle tenait au courant des dernières informations fournies par le Serveur. D’un commun accord avec Matt, il fut décidé que tout le monde devrait être définitivement claquemuré dans la cafétéria le vendredi à 18 heures précises.

— À propos, j’ai appris, pour Rachel, Matt, dit-elle. Je suis sincèrement désolée.

Matt accepta sa sympathie. Abby avait récemment perdu son mari et ses deux petits-fils, partis vers ce que Rachel nommait le Monde supérieur. Quelque chose de doux, de réconfortant passa entre eux l’espace d’un instant, puis Matt fut sans ménagements rappelé à l’ordre par Bob Ganish qui venait de finir son rouleau de Scotch.

— Demain, à 18 heures, dit Abby. Et qu’il n’en manque pas un à l’appel !

Le cyclone fut précédé d’étranges bourrasques d’air chaud, de brusques averses et de nuages noirs filant à grande vitesse dans le ciel bas.

Matt s’était attendu à quelque chose de soudain, bref et violent comme un orage de printemps. Kindle, qui apportait les conserves de la cuisine, le détrompa : il était loin du compte. Un cyclone – qui sait si ce ne serait pas quelque chose de plus violent encore – était à l’orage de printemps ce que la bombe atomique était à l’obus de 14. Il s’agissait d’un tourbillon de plusieurs kilomètres de large, plus intense à mesure qu’on se rapprochait du centre : l’œil. Il ne leur tomberait pas dessus d’un seul coup. Mais il se manifesterait rapidement tout de même. Insidieusement.

Vendredi après-midi, Matt rassembla quelques affaires chez lui – l’album familial que Rachel avait tant chéri, les lettres de Celeste, des vêtements de rechange. Ce n’était pas grand-chose, mais ce choix se révéla plus difficile et douloureux qu’il ne l’avait imaginé. Sa montre marquait 16 h 45 quand il referma le coffre plein de la voiture pour prendre la route.

Les rafales de vent l’obligeaient à se cramponner fermement au volant. Les nuages affluaient de l’océan, et les vagues étaient couvertes d’une écume aussi épaisse qu’une couche de crème chantilly. Les branches d’arbres jonchaient déjà les routes.

Il se gara devant l’arrivée des urgences mais fut malgré tout trempé avant d’avoir pu mettre ses deux cartons d’affaires personnelles à l’abri. La pluie était glacée et le vent si fort qu’il dut s’appuyer de tout son poids pour refermer la porte.

La cafétéria, au contraire, était agréablement chaude et animée. Il se sentit curieusement réconforté par la présence des autres et le brouhaha de leurs voix. Encore une heure et quart et le couvre-feu décrété par Abby entrerait en vigueur. Une fois que tout le monde serait là, songea Matt, ils pourraient consolider la porte en y clouant au besoin quelques planches. Il chercha Abby des yeux. Elle était au téléphone. Rencontrant son regard, elle lui fit signe d’approcher.

— C’est Miriam Flett, dit-elle. Elle ne veut pas sortir de chez elle, elle a peur de conduire par ce temps. Elle affirme qu’elle sera en sécurité, dans sa maison.

Matt regarda rapidement sa montre.

— Et si on envoie quelqu’un la prendre ? Elle acceptera de venir jusqu’ici ?

— Matt, vous croyez qu’on a le temps ? Le cyclone se rapproche à toute vitesse.

— Demandez-lui si elle est d’accord.

Abby reprit l’appareil.

— Miriam ? Et si quelqu’un venait vous chercher ? Il n’est pas certain du tout que votre maison soit assez solide. Non, non, ce n’est pas seulement le vent, Miriam. On a affaire à un cyclone, c’est-à-dire que ce sera d’une violence inouïe, avec en plus des risques d’inondation. Vous n’êtes peut-être pas assez loin du fleuve. Oui, je sais, mais… bien sûr, mais… si quelqu’un vient vous prendre ?

17 h 50.

Abby couvrit le téléphone.

— Elle est d’accord, mais elle veut savoir qui viendrait.

— Dites-lui que je serai là dans dix minutes.

— Matt ? Vous êtes sûr ?

Il haussa les épaules.

— Je suis déjà trempé…

— Soyez prudent, en tout cas. On n’a pas les moyens de perdre notre seul médecin.

— Prévenez Miriam qu’elle soit fin prête.

— D’accord. On attendra votre retour pour se barricader.

— O.K. Mais si vous devez le faire avant, allez-y.

En temps normal, cinq minutes auraient suffi pour se rendre de l’hôpital à Bellfountain Avenue. Matt avait estimé qu’il lui en faudrait le double en raison du vent. Une fois dehors, il douta de son estimation. C’était peut-être bien vingt minutes qu’il mettrait pour arriver chez Miriam.

Aux alentours de Commercial Avenue, il dut s’arrêter. Un énorme Douglas, tombé en travers de la route, étalait sa robe vert sombre sur le parking désert du centre commercial. Matt n’avait pas le choix : le détour s’imposait. Court, heureusement. Il fit marche arrière, en sueur malgré le froid.

L’arbre déraciné avait rendu le danger imminent bien réel. Matt avait toujours adoré les orages. Particulièrement ceux qui éclataient en pleine nuit au-dessus du mont Buchanan, qui illuminaient ses flancs et découpaient les cimes des arbres sur un ciel tourmenté. Aussi inconscient et puéril que cela puisse paraître, il avait peut-être éprouvé le même genre d’excitation à la perspective du cyclone.

Mais cet arbre avait refroidi net son enthousiasme. Il n’était pas question d’un orage, cette fois, mais d’un vortex gros comme une montagne, avec le pouvoir d’arracher, de souffler, de renverser, de détruire. Il pourrait soulever sa voiture et la cracher dans les airs aussi aisément qu’un noyau de cerise. Il avait déjà abattu cet arbre, et la vraie tempête n’avait même pas encore débuté. Pour l’instant, ils n’avaient eu droit qu’aux hors-d’œuvre, à un aimable prélude.

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