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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Matt fouilla dans les tiroirs de son bureau. Il trouva une abondance de stylos et de trombones ; une gomme, une agrafeuse, une calculatrice de poche, et une boîte de tampons. Enfin, tout au fond du dernier tiroir, bien cachés, un paquet de Kent filtres avec une petite boîte d’allumettes glissée sous la cellophane.

Armé de son butin, il retourna jusqu’à la réserve. Une allumette pour trouver le propanolol pour Paul Jacopetti. Une autre pour vider un carton d’abaisse-langues ; une troisième pour remplir le carton vide de tout ce qui pourrait s’avérer utile en cas de pépin : antibiotiques, analgésiques, coton… Le tout en se reprochant de ne pas avoir pensé plus tôt à prendre ces précautions élémentaires.

Une dernière allumette pour vérifier qu’il avait bien tout le nécessaire… avant de se tourner et de se trouver nez à nez avec Joey Commoner qui lui bloquait le passage.

La présence de Joey le surprit. Surtout quand il vit le couteau.

Pas un grand couteau, non, mais la lame reflétait la faible lueur des veilleuses en tremblant dans la main de Joey.

— Je veux que vous lui foutiez la paix, dit-il.

Sa voix curieusement aiguë témoignait de son manque de sang-froid, et Matt comprit que, quelles que soient ses raisons pour l’agresser, Joey avait également une peur bleue de la tempête.

— Tu ne devrais pas être ici, dit Matt. C’est dangereux.

— Je veux pas que vous lui tourniez autour, insista Joey, têtu.

— Tu ne crois pas que le moment est mal choisi pour discuter de ça ?

Le tonnerre gronda au-dessus d’eux.

— Si on s’attarde, on risque d’avoir de gros ennuis.

— D’accord. Alors dites-moi seulement que vous ne vous occuperez plus d’elle et on pourra redescendre.

Matt en eut soudain sa claque. Le cyclone, Miriam, Jacopetti, et maintenant Joey… C’était trop. Il laissa tomber le carton de remèdes et s’avança pour sortir de la réserve.

Joey, d’un geste désordonné, frappa. La lame entama l’avant-bras de Matt, déchirant sa chemise pour se planter dans la peau. Une douleur vive et immédiate.

Surpris, Matt recula contre les étagères. Les murs, trop rapprochés, l’empêchaient de bouger, et Joey, bien campé sur ses pieds, prêt à l’attaque, lui interdisait de passer.

Matt vit soudain rouge. Galvanisé par la colère, il s’avança de nouveau. Cette situation était grotesque, puérile, inopportune. L’œil rivé sur le couteau, il effectua un deuxième pas. L’essentiel était de sortir dans le couloir, où il aurait la place de bouger, d’envisager une manœuvre.

Devant sa détermination, Joey hurla :

— Ne m’obligez pas à ça, Wheeler !

La lame trancha l’air, manquant Matt d’un cheveu.

— Foutez-lui la paix, c’est tout ce que je vous demande ! C’est…

Il ne termina pas sa phrase. Une troisième présence venait de surgir derrière lui. Tom Kindle.

Avant qu’il n’ait eu le temps de se retourner, Kindle lui avait saisi le bras qu’il maintint plié derrière son dos. Joey poussa un cri et lâcha le couteau.

Matt sortit de son placard et s’écarta des deux hommes. Kindle relâcha Joey qu’il poussa contre le mur. Joey, mauvais, pivota vers Kindle qui ramassait l’arme.

— Un couteau suisse, dit-il. Génial, Joey. Après l’avoir tué, tu aurais pu lui curer les ongles.

— Faites pas chier, rétorqua Joey en se frottant le bras. Je suis pas venu ici pour tuer.

Matt pressa son bras pour arrêter l’hémorragie. La blessure était superficielle mais vilaine. Des taches de sang souillaient le lino du couloir.

Kindle secoua la tête.

— Il s’en est fallu de peu, tout de même. Avoue que c’est con, Joey. On n’est plus que dix, dans cette ville. C’est encore trop pour toi ?

Pas de réponse.

— On peut savoir tes motivations ?

— Il a baisé Beth, dit Joey.

Kindle haussa les sourcils. Puis il empocha le couteau.

— Matt ? L’accusation est-elle fondée ?

— Je lui ai donné un cours de réanimation, dit Matt. Elle voulait apprendre le B.A.-BA des premiers secours.

— C’est pas ce qu’on m’a dit, objecta Joey.

— Et qu’est-ce qu’on t’a dit ? demanda Kindle.

— Que le toubib la baisait.

— Qui t’a dit ça ?

— Beth…

Il y eut un moment de silence… si l’on peut employer ce terme, songea Matt. Avec le vent qui mugissait dans le couloir comme une vache en chaleur…

— Joey, dit finalement Kindle, une femme peut très bien dire des choses qu’elle ne pense pas. Surtout si elle considère qu’on ne s’occupe pas assez d’elle. Elle peut parfaitement s’être demandé : Qu’est-ce qui rendrait Joey vert de jalousie ? Qu’est-ce que je pourrais dire qui chatouillerait un peu l’amour-propre de ce petit connard qui ne m’a même pas fait l’aumône d’un regard depuis Noël ?

Joey parut soupeser l’idée. Peut-être même, songea Matt, que, d’une certaine manière, il tirait une certaine satisfaction de cette hypothèse.

— Je voulais juste le prévenir que…

— Le prévenir de quoi ? Que tu le descendrais s’il tournait autour de ton ex-petite copine ?

— Je t’emmerde, dit Joey.

— Tu m’emmerdes parce que je ne veux pas que le seul docteur de la ville finisse avec un couteau dans le ventre à cause d’un petit trou-du-cul jaloux ? Bon Dieu, Joey, en quoi est-ce que ça te regarde, d’abord, que Beth aille coucher avec un autre ? C’est pas ta femme, et même si elle l’était, l’adultère n’est pas un crime. T’étais furieux, et t’avais envie de remuer ton couteau sous le nez de Wheeler pour te défouler. Mais c’est complètement con ! Dans la situation où on se trouve c’est complètement débile et suicidaire ! Et ça me surprend, franchement, parce que t’es loin d’être aussi bête que les gens le pensent.

Joey releva la tête, ne sachant trop s’il devait se sentir insulté ou non.

— Je sais ce que les gens disent, poursuivit Kindle. Du moins ce qu’ils disaient. Personne ne tenait Joey Commoner en grande estime. Mais ça a changé, comme tu l’as peut-être remarqué. T’as monté la radio…

— Cet enfoiré de Makepeace m’a piqué ma place. Je peux même plus m’en occuper.

— N’empêche que, sans toi, on n’aurait rien du tout. Qui a trouvé Boston sur la fréquence vingt mètres ? Qui a trouvé Toronto ? Enfin merde, Joey, tu es le seul individu en ville capable de décrypter un circuit imprimé. Tu le sais bien, non ? Alors pourquoi faire quelque chose d’aussi con ? Venir menacer le toubib avec un canif suisse parce qu’une fille t’a agacé les roubignoles.

— Vous comprenez pas, dit Joey.

Mais une note de regret perçait dans sa voix.

— Peut-être, dit Kindle, si le toubib est d’accord – et c’est lui l’offensé, il a une entaille dans le bras – peut-être qu’on peut passer cette bêtise sous silence en redescendant. Pour pas gâcher ta réputation de type intelligent.

Joey se tint coi. Il attendait, les yeux fixés sur le bout de ses santiags.

— Je pense que c’est possible, répondit Matt.

Joey le regarda, le visage dénué d’expression.

— Vas-y, redescends, dit Kindle. Et estime-toi heureux de t’en sortir à si bon compte.

Matt suivit Joey des yeux tandis qu’il se dirigeait vers l’escalier.

Kindle se tourna vers lui.

— Je peux me permettre un conseil, docteur ? Vous devriez bander cette blessure.

Matt fixa rapidement une bande sur son bras et rabaissa la manche de sa chemise pour la dissimuler.

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