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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Elle refoula son agressivité et se contenta de demander, sur un ton qu’elle espérait amène :

— Vous avez une douleur dans la poitrine ?

— Oui. Ça fait un mal de chien.

Il ferma les yeux, le visage grimaçant.

Abby releva la tête. Tous faisaient cercle autour du matelas, leur attention fixée sur Jacopetti ou, pire, sur elle. Les tuyaux hurlaient. Abby entendit le bruit d’une vitre qui éclatait, peut-être au premier étage. Elle serra les dents ; son système nerveux était mis à rude épreuve.

— Je ne sais pas quoi faire, admit-elle à mi-voix, comme pour elle-même.

Puis, les nerfs à fleur de peau, elle répéta, plus fort :

— Je ne sais pas quoi faire ! Arrêtez de me regarder comme ça !

Une main se posa doucement sur son épaule et l’écarta du matelas. Celle de Beth Porter.

Abby, docilement, lui céda la place. Hébétée, elle regarda Beth qui s’agenouillait près de Jacopetti.

— Monsieur Jacopetti ? dit Beth. Vous m’entendez ?

Il ouvrit les yeux.

— Vous ?… Qu’est-ce que vous voulez ?

— Monsieur Jacopetti, il faut me dire ce qui ne va pas.

La douleur s’aggravait peut-être ; le ton de Jacopetti devint moins belliqueux.

— C’est ma poitrine… j’ai mal.

— Montrez-moi où.

Il leva la main et esquissa un cercle sur sa chemise, au-dessus du sternum.

— Là ? Au centre ?

Hochement de tête.

— Et votre bras ? Vous fait-il souffrir, aussi ?

— Non.

— Vous respirez bien ?

— Non. Je manque d’air.

Avec douceur, Beth repoussa la tête du malade en arrière afin de dégager le cou.

— Monsieur Jacopetti, excusez cette question personnelle, mais portez-vous un dentier ?

— Oui, répondit-il. Pourquoi ?

— Pourriez-vous le retirer ? C’est pour le cas où vous perdriez connaissance. Simple précaution.

Jacopetti ôta son dentier. Abby avait toujours plus ou moins craint cet homme – avec sa carrure de vieil athlète, sa voix de stentor, son détestable cynisme. Mais Jacopetti sans ses dents paraissait aussi inoffensif qu’un agneau. Ses joues se creusèrent soudain, son menton remonta ; il devenait un petit vieux cacochyme et pitoyable.

Jacopetti dut lire dans les pensées des témoins.

— Fous me faites fier, fulmina-t-il. Touf autant que fous êtes.

— Un peu d’air et de lumière ne nous ferait pas de mal, s’empressa de dire Beth. Si tout le monde pouvait s’asseoir…

Tout le monde s’assit. Abby resta malgré tout près de Beth, contrariée de ne pas s’être montrée à la hauteur. Mais avec ce bruit qui lui vrillait les tempes…

— Monsieur Jacopetti, reprit Beth, avez-vous des nausées ?

Oui de la tête.

— Croyez-vous que vous pourriez vomir ?

— Peut-être.

— Quelqu’un pourrait-il apporter une serviette, en prévision ?

Chuck Makepeace se rua vers les toilettes.

— Écoutez-moi bien, monsieur Jacopetti… Avez-vous déjà ressenti cette douleur auparavant ?

— Pas auffi fort.

— Mais vous avez déjà eu une attaque de ce type ?

Un battement de paupières. Oui.

— Vous avez vu un docteur ?

— Non.

— Jusqu’à présent, la douleur est partie toute seule ?

— Oui.

— Très bien. C’est bon signe. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un infarctus. Je crois plutôt que nous avons affaire à une angine de poitrine. Votre douleur passera toute seule, là aussi, si vous restez tranquille.

Joey Commoner, adossé contre le mur, la considérait avec un étonnement hostile.

— Qu’est-ce que tu en sais ?

— Chhht, fit Abby, qui eut droit à un regard teigneux.

Bob Ganish, à la faveur des événements, en avait oublié sa claustrophobie. Et son bon sens.

— Il serait plus à sa place dans un hôpital, déclara-t-il sans réfléchir.

— Ve fuis dans un hôpital, imbéfile ! rétorqua Jacopetti.

Ganish piqua un fard.

— Je voulais dire que… qu’il a besoin de soins appropriés.

Abby prit l’ex-vendeur à part.

— Vous avez raison, Bob, mais notre responsable des soins appropriés est pour l’instant perdu quelque part dans la tourmente. On va l’attendre sans s’énerver, d’accord ?

Elle regarda sa montre. 19 h 45. Jusqu’où irait le cyclone ? Jusqu’à la destruction de la ville ? L’œil du typhon, lui avait dit le Serveur, passerait sans doute directement sur Buchanan, et ce aux environs de minuit.

— Si seulement quelqu’un pouvait arrêter cet épouvantable vacarme, murmura-t-elle.

Matt avait la sensation d’être victime d’une étrange distorsion du temps. Plus la distance entre lui et sa destination se réduisait, plus il était contraint de ralentir.

La difficulté ne venait pas uniquement du vent, ou des réflexions acerbes de Miriam Flett, mais de la visibilité. Ou, pour être plus précis, de l’absence de visibilité.

Il faisait désormais nuit noire. La pluie tombait sans relâche, serrée et dense comme un épais brouillard. Elle transportait des particules microscopiques de sel et autre chose aussi, une sorte de poussière cristalline – quelque organisme marin, supposa Matt – qui obscurcissaient si complètement sa vision qu’il prit la rue Campbell, celle qui menait directement à l’hôpital, sans la moindre certitude d’avoir bifurqué au bon moment. Les phares, qui n’éclairaient guère plus qu’à un mètre cinquante, ne lui permettaient pas de se raccrocher au plus petit repère. Il roulait en longeant le côté droit de la route, cherchant à apercevoir le panneau qui signalait l’entrée de l’hôpital, et redoutant de l’avoir déjà passé.

Une rafale particulièrement puissante souleva la voiture qui se balança dangereusement. Miriam poussa une exclamation apeurée.

— J’aurais dû rester chez moi !

— Vous seriez probablement en train de barboter, à l’heure qu’il est. Essayez de ne pas paniquer, Miriam. Nous sommes presque arrivés, et nous serons en toute sécurité, à l’hôpital.

— Vous pouvez me le garantir ?

— Sur ma vie, Miriam.

— Très drôle, docteur Wheeler.

— Ça n’était pas destiné à l’être.

En désespoir de cause, il tourna sur le premier parking qui se présenta. Il ressemblait à celui de l’hôpital, avec ses arbustes de chaque côté de l’entrée.

Mais ce n’était pas l’hôpital. Il se rendit compte que l’allée tournait vers la gauche, et non l’inverse, et reconnut finalement la vitrine brisée de la pizzeria locale.

Miriam tenait ses mains bien serrées sur ses genoux ; ses doigts arthritiques semblaient noués les uns aux autres.

— Vous avez réservé une table ? demanda-t-elle avec un humour singulièrement dénué de gaieté.

Ce n’était pas l’hôpital, mais au moins Matt pouvait désormais se repérer. Il s’ingénia à se rappeler la situation de la pizzeria par rapport à l’hôpital. Il avait effectué ce trajet au moins deux fois par semaine depuis des années, mais à présent qu’il tentait de le reconstituer dans sa tête… Voyons : la pizzeria était-elle avant ou après l’hôpital ? Avant. Oui. Tout près ? Probablement. Mais à quelle distance, exactement ? Y avait-il un autre magasin sur le chemin ? Peut-être la boutique vidéo. Il s’arrêtait si rarement dans ces magasins qu’ils demeuraient très flous dans son esprit.

Il fit demi-tour, reprit la rue Campbell.

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