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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Ce n’est pas nécessairement différent. L’angine de poitrine est une douleur que vous ressentez quand votre cœur n’est pas suffisamment irrigué par les artères coronaires. Le cœur est alors obligé de mettre les bouchées doubles pour compenser, et il se fatigue, tout simplement – de même que n’importe quel muscle quand vous lui faites subir un effort prolongé. C’est aussi un symptôme de maladie coronaire, mais, dans votre cas, le cœur lui-même semble solide. Nous pouvons traiter l’angine avec des médicaments appelés inhibiteurs β-adrénergiques qui aident le muscle à se détendre.

Jacopetti fronçait les sourcils, s’efforçant d’assimiler l’information.

— Et combien de temps je devrais prendre ces remèdes ?

Probablement jusqu’à votre dernier jour, songea Matt. Dans la mesure, bien sûr, où il sera possible de renouveler l’ordonnance. C’était un fait auquel il n’avait pu encore s’habituer. Plus de nouveaux remèdes. Finis les stylos publicitaires et les agendas gratuits des compagnies pharmaceutiques. Plus d’insuline, de pénicilline ou de vaccins anti-grippe… à moins de réquisitionner toutes les boîtes et flacons disponibles dans toutes les pharmacies et de les réfrigérer.

Il aurait dû le conseiller aux gens de Boston et de Toronto, songea-t-il. Et commencer par le faire lui-même à Buchanan.

Dans quel monde avait-il passé tous ces mois ? Il n’avait été préoccupé que de Rachel, de sa lente évolution. Mais Rachel était partie. Il était grand temps de rassembler les morceaux épars de sa vie et de reprendre les rênes.

— Sans doute quelque temps, répondit-il. Mais nous en saurons davantage après un examen clinique plus poussé. Et pour ça, évidemment, il faudra attendre que le cyclone soit passé.

— Si ça se finit un jour. En attendant… la douleur est toujours là.

— Je vais monter au laboratoire, voir si je peux trouver quelque chose pour vous soulager. Restez allongé, d’accord ? Ne faites aucun effort.

— Si vous croyez que j’ai envie de me mettre à danser la gigue… bougonna Jacopetti.

Matt alla trouver Abby avant de s’aventurer au rez-de-chaussée.

Elle avait peut-être manqué de sang-froid pour l’infarctus de Jacopetti, mais elle se débrouillait à merveille dans le rôle de mère poule. Elle avait trouvé des vêtements secs pour Miriam Flett qu’elle avait installée sur un matelas avec un café. À présent, elle envisageait de préparer un repas.

— On va attendre un peu ; si Tom arrive à faire fonctionner son groupe électrogène, on pourra peut-être se servir du four à micro-ondes. Ça réconforterait tout le monde, vous ne croyez pas ? Ah, et puis, il y en a qui voudraient s’installer dans le couloir. C’est moins bruyant et plus près des toilettes. Vous pensez que c’est possible ?

— Je n’y vois pas d’inconvénient, a priori du moins.

— Tout le monde s’est plus ou moins volatilisé. Je ne sais pas où est passée Beth. Ni Joey. Y a-t-il un danger à circuler dans le sous-sol ?

— Je ne pense pas. Mais, par sécurité, il vaudrait tout de même mieux convaincre les gens de rester ensemble. Et il est hors de question de monter à l’étage.

— C’est dangereux ?

— Ça pourrait le devenir. Assez vite.

— Mais vous, vous y allez.

— Rien qu’un instant, Abby.

— Matt, vous avez l’air horriblement fatigué. Vous devriez vous allonger quelques minutes.

— Bientôt. Il faut d’abord que j’aille chercher des médicaments pour Jacopetti.

— Pauvre homme. Tomber malade un soir comme celui-ci. Matt, vous savez, j’ai pensé des choses terribles, sur lui.

Elle baissa la voix.

— J’ai imaginé un moment qu’il faisait une crise cardiaque rien que pour m’embêter. Pendant quelques secondes, j’y ai vraiment cru, je vous assure ! C’est épouvantable, non ?

— Abby, si j’avais été sur place, j’aurais peut-être bien eu la même suspicion.

Elle parut à la fois soulagée et heureuse.

— C’est vrai ?

— On ne peut plus vrai.

— Vous repasserez me voir en redescendant de là-haut ?

— Promis.

À cet instant, le premier claquement de tonnerre retentit au-dessus d’eux.

L’escalier se trouvait à l’extrémité de l’aile sud. L’issue de secours du rez-de-chaussée avait été bouchée, mais le temps avait manqué pour barricader les fenêtres du premier et du second étage. L’une d’elles était brisée ; un petit filet d’eau coulait le long des marches entre les pieds de Matt.

Le tonnerre, nouveau venu, retentissait maintenant en continu. Avec le tonnerre, les éclairs. Ils illuminaient la cage d’escalier d’une lueur violacée diffuse qui vacillait sans jamais tout à fait s’éteindre.

Abby avait raison. Il était fatigué. Épuisé. Au point qu’il ne se formalisait même pas de cette nouvelle évolution de la tempête. Ce n’était même plus un cyclone, mais quelque chose de beaucoup plus puissant encore. Quelque chose de jamais vu de mémoire d’homme. La vitesse du vent, lors d’un cyclone, culminait à combien ? Trois cent cinquante kilomètres-heure ? Au maximum. Et en ce moment ? À quelle vitesse démoniaque soufflait le vent qui s’acharnait contre les flancs du mont Buchanan ? Quatre cents ? Cinq cents kilomètres-heure ? Plus ? Une force capable sans doute de soulever la ville tout entière. Et de noyer le reste sous les vagues gigantesques qui déferlaient sur la côte.

L’hôpital retentissait de portes qui claquaient, de chariots qui roulaient dans les couloirs, de vitres qui éclataient par endroits. Matt écouta aussi le son du vent lui-même. Un roulement de tambour sourd, un gémissement vivant, pénétrant. Angoissant.

Il dévorait sa ville. Il la déracinait et la dévorait.

Matt songea à Jim et à Lillian Bix, complètement transformés, êtres d’un autre monde, occupant leurs corps diaphanes assez longtemps pour accomplir quelque processus qu’il ne comprenait ni ne souhaitait comprendre – la mutation du bébé de Lillian et la mise bas, dérisoire, d’une épluchure résiduelle. Jim et Lillian avaient vraisemblablement abandonné leurs peaux, désormais. Des peaux qui, comme toutes les autres, devaient être emportées par le vent, peut-être dans les hautes strates de l’atmosphère, vers une oasis de paix au-dessus de la tempête.

Matt repoussa ces pensées troublantes et se concentra sur sa tâche.

Chaque étage bénéficiait d’une réserve disponible de médicaments. Réserves naturellement fermées à clé, mais Matt en portait une en permanence sur lui depuis le mois de septembre. Il remonta le couloir du rez-de-chaussée, pestant contre son manque de présence d’esprit : il n’avait pas pris de lampe-torche. Kindle avait mis le groupe électrogène en route au sous-sol, mais il n’alimentait que les lumières de secours, une ampoule tous les dix mètres.

La réserve pharmaceutique, une pièce guère plus large qu’un placard, était plus noire qu’une nuit sans lune. Une fois ses yeux habitués à l’obscurité, Matt scruta les étagères dans l’espoir de reconnaître les boîtes et de lire les étiquettes à la très faible lueur du couloir. Peine perdue.

Il sortit de la pièce exiguë et considéra le problème. Il y avait la solution de retourner au sous-sol chercher une lampe, mais le temps ne jouait certes pas en sa faveur. Le tonnerre enflait à chaque minute, le cyclone gagnait en force.

La salle des infirmières était au bout du couloir. Matt s’y dirigea d’un pas rapide. Pendant des années, Hazel Kirkwood avait occupé les fonctions d’infirmière en chef à l’étage. Personne n’ignorait son vice : toutes les heures, qu’il pleuve ou qu’il vente, Hazel sortait de l’hôpital pour aller fumer une cigarette en douce.

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