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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Miriam poussa un nouveau cri étouffé quand une grosse branche surgit de la nuit pour venir heurter la vitre arrière. Le verre s’étoila mais ne se brisa pas. Miriam marmonna quelques propos inintelligibles. Matt serra les dents et se cramponna de plus belle à son volant.

Il ralentit – pour autant qu’il le pût à une aussi faible allure – devant une nouvelle entrée de parking. Il échangea un bref coup d’œil avec Miriam, puis s’engagea sur le parking. L’accès semblait interminable. Matt songea un instant qu’il avait franchi un seuil du temps et qu’il s’enfonçait toujours plus avant dans un espace de pluie, de vent, de ténèbres, sans espoir de retour. Un trou noir. Il devait se faire violence pour ne pas regarder sa montre toutes les trente secondes afin d’évaluer sa progression. Soudain, il devint conscient de l’odeur âcre qui régnait dans la voiture – de sa propre sueur mêlée à l’odeur aigre de Miriam et du tissu mouillé.

Il fut soulagé quand un mur se dressa soudain devant eux, et plus encore quand il reconnut l’hôpital.

Il s’arrêta devant l’entrée des urgences.

— Merci, mon Dieu, soupira Miriam.

Matt coupa le moteur mais laissa les phares.

— Je vais venir vous ouvrir la portière. Attendez-moi.

Il redoutait de voir Miriam emportée par le vent.

Sa propre portière lui fut arrachée des mains sitôt qu’il l’ouvrit. Le vent rendait le moindre geste périlleux. Il la referma avant de contourner la voiture, s’accrochant au rétroviseur, aux poignées, au pare-chocs, à tout ce qui pouvait lui permettre de ne pas être lui-même soulevé par les rafales. Le cocktail vent-pluie l’aveuglait. Les yeux pratiquement fermés, dégoulinants, il avait l’impression que le monde n’était plus réduit qu’à quelques éléments : le vent, la voiture, le bitume mouillé sous ses pieds.

Il parvint enfin à la portière de Miriam qu’il dut maintenir de tout son poids afin qu’elle ne claque pas dans le sens inverse.

Arc-bouté contre la portière, il tendit la main à Miriam. Mais elle se recula. Matt se pencha dans l’étroit habitacle de la voiture où il put voir son visage à la faible lueur de la veilleuse.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Mes albums ! dit-elle.

Matt la regarda, incrédule.

— Docteur Wheeler ! Vous pouvez laisser ce qui est dans le coffre, je m’en moque. Mais je veux mes albums !

Lesquels albums étaient entassés à ses pieds, toujours emballés dans leur ciré jaune. Matt se pencha par-dessus Miriam, respira l’odeur de sa jupe de laine humide – elle empestait le chien mouillé. Il noua les manches du ciré ensemble afin d’en faire une sorte de sac autour des albums. Une tâche assommante, surtout dans la position peu pratique où il se trouvait – le cul au vent, au beau milieu du plus puissant cyclone que l’Oregon ait connu depuis l’ère glaciaire –, et qui lui donna tout le loisir de méditer sur l’absurdité de la situation.

La pluie entrait dans la voiture et cinglait Miriam, mais Matt s’en souciait maintenant comme d’une guigne. Elle pouvait bien être trempée comme une soupe. Après tout, elle l’avait cherché, non ? Il ne pouvait s’empêcher de penser à ces trombes aperçues sur l’océan, s’imaginait aspiré telle une feuille morte dans un de ces entonnoirs mortels vers le ciel noir comme l’enfer.

Une fois qu’il eut fini de ficeler les albums, il se releva et, de nouveau, offrit sa main libre à Miriam. Cette fois, elle tendit la sienne pour descendre de voiture. Dès qu’elle fut sortie, il la prit par la taille et l’entraîna, la portant presque, jusqu’à l’entrée des urgences. Plus que quelques pas, se disait-il pour s’encourager. Plus que deux. Un.

La porte résista quand il tenta de l’ouvrir. Le vent ? Non. Pas seulement.

Il tambourina contre le verre. Une vitre épaisse armée d’un treillis métallique. À l’intérieur, il perçut une faible lumière. Peut-être des mouvements… Mais il ne pouvait en être certain, avec la pluie.

La panique fondit en lui, décuplant ses forces. Il tira sur la poignée une troisième fois… la porte s’ouvrit enfin.

En hâte, il poussa Miriam à l’intérieur. Elle chancela sur quelques pas, puis, après avoir repris son équilibre, elle s’empressa de décharger Matt de son paquet.

— Merci, dit-elle sans le regarder, occupée à repousser l’eau du ciré. Je ne suis pas fâchée que ça se termine.

Tom Kindle referma la porte derrière eux. Il tenait un marteau à la main ; deux planches de contre-plaqué étaient posées contre le mur.

Matt s’assit à même le carrelage pour reprendre son souffle. Des petites rigoles se formèrent autour de lui. Il releva les yeux vers Kindle.

— Vous étiez sur le point de barricader cette porte, non ?

— On ne peut rien vous cacher.

— Vous ne pouviez pas attendre ?

— Franchement, ça n’aurait pas été très prudent.

— La confiance règne.

Kindle sourit.

— Content de vous revoir, en tout cas.

Abby Cushman le retrouva en bas de l’escalier et le mit aussitôt au courant du problème de Paul Jacopetti.

— Il est plus calme, maintenant, ajouta-t-elle, mais la douleur n’a pas complètement disparu.

— Je vais le voir. Mais avant, il faut que je me change. Soyez gentille, Abby, occupez-vous de Miriam. Voyez si vous pouvez lui trouver des vêtements secs.

— Entendu.

Abby hésita avant de s’éloigner.

— Matt… il faut que je vous avoue que… j’ai bel et bien failli craquer quand Paul a eu sa crise. J’ai honte. J’aurais dû être à la hauteur de la situation et…

— Abby, vous n’avez strictement rien à vous reprocher. Sans vous, nous ne serions pas tous ici. Vous ne pouviez pas vous charger de tout. Ni vous ni personne.

— Mais j’aurais pu faire mieux, tout de même. Matt, je ne connais rien à rien aux premiers secours. À part appliquer du mercurochrome sur un genou écorché… Peut-être qu’un jour vous nous donnerez des cours ?

— Pourquoi pas ? J’aurais dû le faire depuis des mois, déjà.

— Nous étions tous trop préoccupés pour ça. D’ailleurs, à ce propos, Beth a été merveilleuse. Elle n’a rien fait de particulier – à part convaincre M. Jacopetti de retirer son dentier. Mais elle a réussi à le calmer, presque immédiatement, et on aurait pu jurer qu’elle connaissait son affaire. Ce doit être une de vos disciples !

— Je lui ai appris les rudiments de la réanimation. Et je lui ai donné un manuel à lire.

— Eh bien, vous pouvez vous vanter d’avoir une élève douée. C’est une jeune femme très intelligente.

— Quand elle le veut bien, oui.

Changé de pied en cap, et en dépit des hurlements des conduits dont l’avait averti Abby, Matt se sentait cent fois mieux que quelques instants auparavant.

Par expérience, il savait que le mauvais temps avait tendance à rétrécir une pièce. La cafétéria, pourtant spacieuse, semblait réduite à quelques îlots de lumière terne sous les lampes de secours.

Il se rendit aussitôt au chevet de Paul Jacopetti et lui prit sa tension : légèrement trop forte, mais sans excès.

— Docteur ?

Matt ôta le sphygmomanomètre du bras de Jacopetti.

— Oui, monsieur Jacopetti ?

— Est-fe que ve peux remettre ma faloperie de dentier ?

— Certainement. Beth craignait que vous ne perdiez connaissance. Mais il n’y a plus de danger, maintenant.

Matt regarda poliment ailleurs quand Jacopetti remit ses fausses dents en place.

— Tout le monde dit que ce n’est pas un infarctus, mais une angine de poitrine, déclara Jacopetti. Moi, je veux bien, mais en quoi ça m’arrange ? Sur le moment, ça me fait aussi mal qu’une crise cardiaque.

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