Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Chaque jour, ils se fondaient par milliers dans le Monde supérieur. Et leurs peaux abandonnées, telles des armées fantômes, hantaient les rues de Djakarta, de Pékin, de Reykjavik et de Buenos Aires, jusqu’à ce qu’elles se délitent en une fine poussière que le vent charriait et emportait sous d’autres cieux.
Matt Wheeler prit un cahier d’écolier à la papeterie Delisle – là où Miriam Flett s’approvisionnait en colle et en cutters avant que l’Observer ne cesse ses publications – et commença la rédaction d’un journal.
D’après Rachel, tout le monde a vécu une seconde naissance au moment de Contact. Ils sont en quelque sorte entrés dans un nouvel état d’être. Ce n’est pas le Jugement dernier – aucun péché n’est puni. Ce n’est pas non plus le paradis judéo-chrétien. Ça ressemblerait davantage à l’âge d’or des anciens Grecs, quand les hommes étaient à ce point religieux qu’ils fraternisaient avec les dieux.
« Tout est pardonné, disait Rachel. Rien n’est oublié. »
J’essaie de m’en convaincre. L’idée est noble. Mais que signifie-t-elle réellement ? J’ai du mal à imaginer des types avec cravates Saint-Laurent et montres Cartier en train de communier spirituellement avec des paysans du tiers monde. Ou, pire, des assassins qui battaient leurs enfants à mort jouissant maintenant de la vie éternelle. Le nirvana pour les meurtriers. Les bourreaux survivant à leurs victimes – pour l’éternité.
À moins qu’ils n’aient changé, ce n’est pas juste. Et s’ils ont changé de façon aussi radicale, ce n’est pas humain.
Rachel l’avait reconnu. Le bagage humain est trop infâme pour qu’on l’emporte dans une nouvelle vie.
D’après ce qu’elle disait, la vraie punition pour ces gens est de comprendre ce qu’ils ont été – de le comprendre vraiment, de tout leur être. Je suppose que c’est possible, même s’il est difficile de le concevoir. Pour elle, bien sûr, je m’efforce de m’en convaincre.
Il mordilla pensivement le bout de son stylo. Il était sans doute temps de poser les vraies questions. L’heure n’était plus à la fuite.
Et ceux qui ont décidé de rester sur Terre ? Pour quelle raison a-t-il été nécessaire ou possible pour nous de refuser l’immortalité ? Pourquoi sommes-nous ici ?
Aucun d’entre nous ne semble sortir de l’ordinaire, de quelque manière que ce soit. Ce serait plutôt le contraire, en fait.
Qu’avons-nous de plus que les autres ?
Qu’avons-nous de moins ?
Le lendemain matin, Beth Porter appela pour lui faire part de son intention d’être infirmière. Accepterait-il de l’aider ?
Il lui fit répéter sa question. Il n’avait pas beaucoup fermé l’œil de la nuit… Les nuits perturbées et les repas espacés ne favorisaient guère la lucidité d’esprit. Il avait perdu sept kilos depuis le mois de novembre. Le reflet qu’il surprenait parfois quand il passait devant un miroir le choquait. Cet homme aux yeux creux, amaigri, c’était bien lui ?
— Je pense que vous devriez m’apprendre à donner des soins, dit Beth. J’y ai beaucoup réfléchi. Vous êtes le seul docteur en ville, non ? Alors vous aurez peut-être besoin d’une assistante, un jour. Ne serait-ce que pour le cyclone qui s’annonce. Imaginons qu’il y ait beaucoup de blessés. Je pourrais au moins me rendre utile en appliquant des compresses ou en mettant des bandages.
Il ferma les yeux.
— Beth… ce souci d’autrui t’honore, mais…
— Ce n’est pas un moyen détourné pour vous draguer, Matt. J’espère que vous ne pensez pas ça de moi.
Un temps.
— Je suis sérieuse. Je me sens complètement inutile, dans ma chambre d’hôtel, à ne rien faire.
Matt se frotta la tempe et soupira.
— Tu connais la réanimation cardio-respiratoire ?
— Je l’ai déjà vu faire à la télé. Mais je ne serais pas capable de la pratiquer moi-même, non.
— Ce serait peut-être une bonne entrée en matière pour des cours pratiques.
Joey Commoner utilisa la mini-caméra vidéo qu’il avait volée chez les Newcomb pour filmer Buchanan.
Comme tout le monde, il était au courant de l’arrivée imminente du cyclone. S’il était aussi violent qu’on le prétendait, il risquait de ne plus rester grand-chose de Buchanan après son passage. Il n’avait jamais aimé ce patelin moche et triste, mais l’idée de l’immortaliser sur vidéo le séduisait. Joey Commoner, le dernier historien de la ville.
Il conduisait sa moto d’une main, et de l’autre filmait les rues de Buchanan, lentement afin d’enregistrer tous les détails.
Les images qu’il passa ensuite sur sa télévision le mirent mal à l’aise : des rues vides qui tressautaient chaque fois qu’il roulait dans une ornière, des vitrines vides, des trottoirs vides, des bâtiments vides aux façades battues par la pluie froide d’hiver. Tout était vide.
Du coup, il se sentit bizarrement seul. Le genre de sentiment qu’on peut avoir quand on passe une nuit enfermé dans un musée de cire avec les mannequins pour seule compagnie.
Il eut envie d’aller prendre son poste devant la radio chez Tom Kindle. Mais depuis que les grandes villes avaient commencé leurs migrations, il avait été évincé de la radio par Kindle, Ganish et ce connard de Chuck Makepeace. Donne-moi le micro, ce n’est plus un jeu, maintenant… Alors, merde. De toute façon, il en avait sa claque, de la radio. Il avait mieux à faire que de décrypter le charabia de gens même pas capables de causer correctement l’anglais.
Il filma quelques endroits importants : son appartement ; sa rue ; celle où Beth avait vécu ; le motel où elle s’était installée.
Dissimulé derrière un panneau publicitaire, il la filma qui montait dans une Volkswagen blanche et partait en direction du centre.
Beth n’avait pas de permis. Elle n’avait commencé à tenir un volant que depuis Contact, et sa façon spasmodique de conduire, sauts de puce et coups de frein, prêtait à rire.
Où allait-elle, à propos ?
Il regarda pensivement sa voiture disparaître au coin de la rue.
Elle allait peut-être faire des courses. Intrigué, Joey attendit quelques instants avant de la suivre sur sa Yamaha. Il jeta un coup d’œil sur le parking du centre commercial. Pas de Volkswagen en vue.
Alors ? Elle allait voir quelqu’un ?
Qui ?
Les soupçons germèrent dans l’esprit de Joey.
Non qu’il s’intéressât à ce qu’elle faisait. Il ne l’avait pas beaucoup vue, dernièrement. Il aurait même eu du mal à déterminer si elle comptait, ou si elle avait un jour compté pour lui. À part quelques bons vendredis soir…
Mais il se rappelait les lents strip-teases qu’elle lui réservait, cocktails explosifs d’audace et de timidité. Il la revoyait en train d’ôter un vieux T-shirt dans la chambre sombre et de déboutonner son jean sans le quitter des yeux. Son ventre se contracta à ce souvenir. Pas de désir, non. De peur, plutôt.
Il passa devant chez Kindle, puis devant l’affreux petit pavillon de Bob Ganish.
Pas de Volkswagen.
Il monta ensuite vers la colline où habitait Matt Wheeler.
La voiture blanche était garée devant.
Joey rangea sa moto dans un garage à cinquante mètres de là et s’approcha de la maison en longeant la haie de thuyas du voisin. Le zoom de la caméra braqué sur la maison, il chercha à espionner, mais tous les stores avaient été baissés.