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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Il attendit près de deux heures que Beth sorte enfin. Ses joues étaient suspicieusement roses.

Il la filma qui remontait dans sa voiture et reprenait la route en cahotant.

Salope.

Une des dernières choses que Tom Kindle descendît de sa cabane fut son fusil Remington, un modèle vieillot mais solide comme un chêne.

Il ne l’avait pas beaucoup utilisé, ces dernières années. Chasser dans les forêts avait perdu de son charme ; trop de chasseurs du dimanche envahissaient ce qui avait été à une époque un territoire relativement protégé. Tous les automnes, les bois se peuplaient d’une armée de comptables et de cadres supérieurs, veste de treillis neuve et amidonnée sur le dos, en mal d’aventure et de sensations fortes. Dangereux. Bien trop dangereux pour Kindle qui n’avait aucune envie de servir de gibier à des zigotos qui portaient leurs munitions dans un petit sac Cardin.

Mais cette histoire de cyclone et d’exode le rendait nerveux. Il était donc allé chercher son Remington et des balles pour faire quelques cartons sur le tronc mort d’un vieil orme à l’arrière de son nouveau domicile.

Les détonations claquèrent, dérangeant l’air immobile. L’écorce sèche sauta. Kindle fut plutôt satisfait de sa précision, même après toutes ces années sans entraînement. Mais le recul du fusil était plus dur qu’il ne s’en souvenait. Évidemment, ce n’était pas le fusil qui était en cause. Inutile de se cacher la tête dans le sable ; il se faisait vieux, voilà tout. Il devenait plus douillet, se couchait de bonne heure et pissait de plus en plus souvent. En un mot : vieux.

Pour tirer, il portait les lunettes qu’il avait achetées deux ans plus tôt. Mais sa légère myopie ne semblait pas s’être aggravée. Tant mieux, parce que où irait-il trouver un opticien, maintenant ? Dans leur paradis ?

Il visa un endroit du tronc dénudé, pressa sur la gâchette et manqua sa cible d’une bonne dizaine de centimètres.

— Merde de merde, grommela-t-il en massant son épaule endolorie.

Il aurait pu retourner dans la maison où Chuck Makepeace discutait sur les ondes avec Avery Price, le gars de Boston. Mais Kindle voyait d’un mauvais œil ce voyage en Ohio. Tout le monde voulait y aller, d’un seul coup. C’était la Terre promise. Pire, c’était l’endroit où les Serveurs les expédiaient. Boston et Toronto emmenaient un Serveur pour les guider, imités sans doute par une pléthore de petites villes comme Buchanan.

Pour les guider – ou pour les conduire comme un troupeau de moutons, plutôt. Les derniers survivants humains allaient être parqués au même endroit, en tout cas pour l’Amérique du Nord. Kindle supposait qu’il existait des lieux de rassemblement similaires sur les autres continents. Des réserves. Des camps.

Non, l’idée ne lui disait vraiment rien qui vaille.

Oh, il ne doutait pas un instant que les Serveurs tiendraient leurs promesses. Tout le monde serait à l’abri de la tempête ; la terre serait fertile et le ciel toujours bleu. On s’occuperait bien d’eux.

Comme on le fait du bétail.

Un bon fermier s’occupe toujours bien de ses vaches et de ses moutons.

Jusqu’au jour où il les emmène à l’abattoir.

Il logea trois autres balles dans le tronc à moitié pourri, mais dut s’arrêter. Son épaule semblait sur le point de se déboîter.

Le ciel était clair, d’un bleu lumineux zébré de quelques nuages filandreux. L’air était chargé de senteurs salées. Des brumes s’élevaient sur l’océan tous les matins depuis une semaine. Le soleil se couchait dans des camaïeux explosifs de rouges et d’ors.

Si ses vieux os avaient le pouvoir de prédire le temps, songea Kindle, alors il se préparait un sacré grain. Il y avait déjà plusieurs nuits qu’il dormait mal. Ce matin, il s’était même réveillé baigné d’une sueur froide. Son corps était tendu, comme arc-bouté contre quelque danger latent.

Plissant les yeux, il se tourna vers la baie. L’eau était un peu houleuse ; de petits nuages floconnaient au-dessus des vagues, charriés par une brise fraîche.

L’océan, songea-t-il.

Crénom de Dieu. Quelle connerie avait-on faite, là-bas ?

Les tempêtes déferlaient déjà sur la côte Est quand le président des États-Unis décida de quitter la Maison-Blanche.

Il était le seul occupant de la vaste demeure. La première dame d’Amérique avait abandonné son corps depuis déjà plusieurs semaines. Elizabeth avait dès le départ été fascinée par le Monde supérieur et avide de l’explorer ; une impatience que William comprenait parfaitement. De plus, elle n’avait jamais aimé le mauvais temps. Les éclairs l’effrayaient.

William, en revanche, avait toujours adoré les tempêtes et admiré les orages.

Il était conscient, pourtant, qu’ils seraient nombreux, parmi les derniers mortels, à trouver la mort dans ces cyclones qui avaient déjà provoqué tant de dégâts. Et ce malgré les efforts louables des Serveurs. Mais les sens demeuraient imperméables à de telles considérations. William, c’était plus fort que lui, sentait son pouls s’accélérer et l’excitation monter en lui au moindre nimbus venant occulter le soleil.

En l’occurrence, cependant, ce n’était pas pour le gros temps que William s’était attardé sur Terre, mais pour le pays – cette nation qu’il avait à une époque gouvernée.

C’était cette raison qui l’avait poussé à s’accrocher quelque temps encore à son corps de chair, même après qu’Elizabeth fut partie dans le Vaisseau-Home. Quoi qu’il en soit, elle n’était pas réellement absente ; un peu moins accessible, sans plus.

Seule une petite minorité de Contactés avaient gardé leur corps et beaucoup, comme William, l’avaient transformé d’une manière ou d’une autre.

Après tout, il serait stupide de courir la campagne dans l’enveloppe fripée et décatie d’un vieillard.

En conséquence, William dormit une semaine d’affilée ; pendant son sommeil, les néocytes modifièrent certains programmes génétiques et accélérèrent la multiplication de ses cellules. Il se réveilla beaucoup plus léger qu’il ne l’avait été. Et beaucoup plus jeune.

Dans le miroir, il rencontra le visage d’un garçon qu’il n’avait pas vu depuis l’année où les Alliés étaient entrés à Berlin.

Quel âge pouvait-il avoir ? Douze ans ? Treize ?

En prévision de cette métamorphose, William s’était procuré des vêtements à sa taille avant de s’endormir. Il enfila le jean, le T-shirt et des baskets neuves – dans lesquelles il flottait un peu. Il avait surestimé la taille de ses pieds.

Mais quelle sensation fabuleuse. Il se sentait remis à neuf. Une nouvelle naissance.

Il avait envie de courir ; il avait une faim de loup. La Maison-Blanche lui apparaissait soudain plus grande et plus ridicule que jamais, et il n’eut de cesse qu’il n’ait tourné le dos à tout ce mobilier guindé et ces témoignages d’un temps révolu. Il songea aux kilomètres de routes, de champs, de forêts qui l’attendaient ; à ce continent long comme une plage déserte.

Il éclata d’un rire d’enfant et descendit en courant les marches du grand escalier.

Le ciel, ce jour-là, était lourd de nuages cendrés.

Au mois de janvier, l’albédo de la planète s’était considérablement accru.

Les organismes créés par les Voyageurs recouvraient désormais les mers tropicales. Les rayons du soleil venaient rebondir sur cette dentelle de cristal au-dessus de laquelle des coupoles d’air lourd d’humidité perçaient la troposphère. Des nuages générés par les convections, en forme de poings, s’élevaient pour s’épanouir en corolles de cirro-stratus.

De l’espace, les tropiques ressemblaient à une image fractale, un tourbillon de volutes sortant d’innombrables et invisibles lampes d’Aladin.

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