Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
1 ... 78 79 80 81 82 83 84 85 86 ... 165
Перейти на страницу:

— Madame ! s’écria monsieur Van den Brock, le souffle coupé par l’énormité de l’accusation.

Le syndic, épuisé, avait jeté l’éponge. Son stylo faisait des ronds et des carrés sur la première page de l’ordre du jour et son coude ne semblait plus pouvoir soutenir longtemps le poids de sa tête. Il y avait encore treize points à examiner et il était sept heures du soir. À chaque réunion, il assistait aux mêmes scènes et se demandait comment ces gens réussissaient à cohabiter le restant de l’année.

Chacun y alla de son couplet sur le racisme, la tolérance, l’exorbitance des propos, mais mademoiselle de Bassonnière n’en démordit pas, soutenue dans ses flots de bile par monsieur Pinarelli qui ponctuait toutes ses interventions par un « cela fait du bien de le dire ! » qui la relançait si, d’aventure, elle avait la tentation de se calmer.

— Les Bassonnière et les Pinarelli habitent l’immeuble depuis toujours et c’est comme si on avait envahi leurs terres ! Nous sommes leurs immigrés ! expliqua monsieur Merson.

— Cette femme est dangereuse, dit Joséphine. Elle respire la haine !

— Elle s’est déjà fait casser la gueule deux fois. Une fois par un Arabe qu’elle avait traité de parasite social à la poste, la fois suivante par un Polonais qu’elle avait accusé d’être nazi ! Elle l’avait pris pour un Allemand. Au lieu de la calmer, ces agressions renforcent son amertume ; elle se prend pour une victime et crie à l’injustice, au complot mondial. On change de concierge tous les deux ans à cause d’elle. Elle les martyrise, les harcèle et le syndic cède. Mais Pinarelli n’est pas mal, non plus ! Vous saviez qu’il ne supporte pas Iphigénie qu’il accuse d’être fille mère ! « Fille mère ! » C’est une appellation de l’autre siècle !

— Mais elle a un mari ! Le problème, c’est qu’il est en prison…, pouffa Joséphine.

— Comment le savez-vous ?

— Elle me l’a dit…

— Vous êtes copine avec elle ?

— Oui. Je l’aime beaucoup. Et je sais qu’elle veut organiser une petite fête dans sa loge à la fin des travaux… Ça va être difficile ! soupira Joséphine en considérant l’assemblée.

Monsieur Merson éclata de rire, ce qui fit l’effet d’un coup de tonnerre dans la salle. Tout le monde se retourna vers lui.

— C’est nerveux, s’excusa-t-il avec un grand sourire. Mais au moins, ça va calmer le jeu ! Mademoiselle de Bassonnière, vous êtes indigne d’appartenir à notre communauté.

Au mot de « communauté », elle faillit s’étrangler et se tassa sur sa chaise en maugréant que, de toute façon, c’était trop tard, la France foutait le camp, le mal était fait, le vice et l’étranger régnaient dans le pays.

Il y eut un murmure désapprobateur dans la salle et le syndic, profitant de l’accalmie relative, reprit l’ordre du jour. À chaque proposition, les B votaient non, les A, oui et l’atmosphère redevenait électrique. Réfection des portes des parties communes situées dans la cour ? Oui. Travaux de réfection des bandeaux en zinc ? Oui. Travaux d’assainissement du local à poubelles avec création de bacs appropriés ? Oui.

Joséphine décida de s’envoler à tire-d’aile vers un océan bleu, des palmiers, une plage de sable blanc. Elle imagina des vaguelettes lui léchant les chevilles, le soleil sur son dos, le sable en plaques sur le ventre, et se détendit. Elle entendait, de loin en loin, des bouts de phrases, des termes barbares, « constitution de provisions spéciales », « modalités de consultation », « couverture et charpente » qui troublaient son paradis, mais poursuivit sa rêverie. Elle avait raconté à Shirley la phrase écrite par Philippe en page de garde du livre.

— Alors, tu conclus quand, Jo ?

— Tu es bête !

— Saute dans l’Eurostar et viens le voir. Personne ne le saura. Je vous prête mon appart, si tu veux ! Vous n’aurez même pas besoin de sortir.

— Je te le répète, Shirley, c’est impossible ! Je ne peux pas.

— À cause de ta sœur ?

— À cause d’un truc qui s’appelle la conscience. Tu connais ?

— C’est quand on a peur du châtiment de Dieu ?

— Si tu veux…

— Oh ! by the way, j’en ai une bien bonne à te raconter…

— Pas trop crue ? Tu sais que ça me gêne toujours.

— Si, justement… Écoute. L’autre jour, dans un cocktail, je rencontre un homme très bien, très beau, très charmant. On se regarde, il me plaît, je lui plais, on s’interroge, on se dit oui, on s’esquive, on va dîner, on se plaît encore, on se dévore des yeux, on se goûte, on se soupèse et on se retrouve au lit… Chez lui. Je vais toujours chez l’adversaire pour pouvoir lever le camp quand je le désire. C’est plus pratique.

— Shirley…, gémit Joséphine qui voyait se préciser la confidence abrupte.

— Donc on se couche, on s’entreprend et je suis en train de lui faire mille gâteries que je ne te détaillerai pas vu ton faible niveau en volupté lorsque l’homme se répand en gémissements et marmonne : « Oh ! My God ! Oh ! my God ! » en battant de la tête sur l’oreiller. Alors, outrée, je m’interromps, je m’appuie sur un coude et rectifie : « It’s not God ! It’s Shirley ! »

Joséphine avait soupiré, découragée :

— J’ai peur d’être une vraie gourde, au lit…

— C’est pour ça que tu recules devant la nuit d’amour avec Philippe ?

— Non ! Pas du tout !

— Mais si, mais si…

— C’est vrai que parfois, je me dis qu’il a dû connaître des femmes plus délurées que moi…

— De là tant de vertu ! J’ai toujours pensé que les gens étaient vertueux par paresse ou par peur. Merci, Jo, tu viens de me donner raison…

Joséphine avait dû expliquer qu’il fallait qu’elle écourte leur conversation, elle allait être en retard à la réunion.

— Y aura le beau voisin aux yeux de braise ? avait demandé Shirley.

— Oui, sûrement…

— Et vous rentrerez ensemble bras dessus, bras dessous en devisant…

— Tu es vraiment une obsédée !

Shirley ne nia point. On reste si peu de temps sur terre, Jo, profitons, profitons. Moi, se disait Joséphine en entendant les derniers mots de la réunion et les premiers participants se lever, j’ai besoin de me regarder dans la glace, le soir, de dire, les yeux dans les yeux, à la fille dans la glace « ça va pour aujourd’hui, je suis fière de toi ».

— Vous comptez dormir ici ? l’interrogea monsieur Merson. Parce qu’on lève le camp…

— Excusez-moi ! Je rêvassais…

— Je m’en suis aperçu, on ne vous a pas entendue !

— Oups ! fit Joséphine, gênée.

— Ce n’est pas grave. Ce n’était pas les budgets du Pharaon !

Son téléphone sonna, il décrocha et Joséphine l’entendit dire « oui, ma beauté… ».

Elle se détourna et gagna la sortie.

Hervé Lefloc-Pignel la rattrapa et lui proposa de la raccompagner.

— Ça vous ennuierait de rentrer en marchant ? J’aime Paris, la nuit. Je me promène souvent. C’est ma façon à moi de faire de l’exercice.

Joséphine pensa à l’homme qui faisait des tractions, accroché à la branche d’un arbre, le soir de l’agression. Elle frissonna et s’écarta de lui.

— Vous avez froid ? demanda-t-il, d’un ton plein de sollicitude.

Elle sourit et se tut. Le souvenir de l’agression revenait souvent en petits rappels douloureux. Elle y pensait sans y penser vraiment. Tant qu’on ne l’aurait pas arrêté, l’homme aux semelles lisses demeurerait embusqué dans son esprit comme un danger.

Ils prirent le boulevard Émile-Augier, longèrent l’ancienne voie ferrée et se dirigèrent vers le parc de la Muette. Il faisait un temps de printemps, frais, piquant et Joséphine remonta le col de son imperméable.

1 ... 78 79 80 81 82 83 84 85 86 ... 165
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)