Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
1 ... 79 80 81 82 83 84 85 86 87 ... 165
Перейти на страницу:

— Alors, s’enquit-il, comment avez-vous trouvé cette première réunion ?

— Détestable ! Je ne pensais pas que ça pouvait être aussi violent…

— Mademoiselle de Bassonnière dépasse souvent les bornes, concéda-t-il d’un ton mesuré.

— Je vous trouve gentil. Elle insulte carrément les gens !

— Je devrais apprendre à me maîtriser. Chaque fois, je tombe dans le panneau. Et pourtant, je la connais ! Mais je me laisse avoir…

Il paraissait furieux contre lui-même et secouait la tête comme un cheval étranglé par son licol.

— Monsieur Van den Brock a été servi, lui aussi, reprit Joséphine. Et monsieur Merson ! Ces allusions à sa sexualité !

— Personne n’y échappe. Elle a frappé fort cette fois-ci ! Sûrement pour vous impressionner.

— C’est ce que m’a dit monsieur Merson ! Il m’a expliqué qu’elle avait des fiches sur tout le monde…

— J’ai vu que vous vous étiez assise à côté de lui, vous aviez l’air de beaucoup vous amuser.

Il avait prononcé ces mots avec un soupçon de réprobation.

— Je le trouve drôle et plutôt sympathique, dit Joséphine pour se justifier.

Il commençait à se faire tard et le ciel s’assombrissait d’ombres mauves et sombres. Les marronniers avides des premières chaleurs de printemps tendaient leurs branches vert tendre comme autant d’appels à la douceur. Joséphine les imaginait en géants bottés s’ébrouant après l’hiver. Des fenêtres des appartements s’échappaient des bruits de conversation et l’animation derrière les vitres entrouvertes jurait avec les rues désertes où résonnait l’écho de leurs pas.

Un grand chien noir traversa et s’arrêta sous un réverbère. Il les considéra un instant, se demandant s’il devait s’approcher ou les éviter. Joséphine posa sa main sur le bras d’Hervé Lefloc-Pignel.

— Vous avez vu comme il nous regarde ?

— Qu’il est laid ! s’exclama Lefloc-Pignel.

C’était un grand dogue noir, au poil ras, haut de garrot, au regard jaune, oblique. Son oreille gauche, cassée, pendait et l’autre, mal taillée, était réduite à un moignon. On apercevait, sur son flanc droit, une large estafilade où la peau affleurait, rose et boursouflée. Il émit un grognement sourd comme pour les avertir de ne pas bouger.

— Vous croyez qu’il est abandonné ? dit Joséphine. Il n’a pas de collier.

Elle le détaillait avec tendresse. Il lui semblait qu’il s’adressait à elle, que son regard l’isolait d’Hervé Lefloc-Pignel, comme s’il regrettait qu’elle soit accompagnée.

— Le dogue noir de Brocéliande. C’était le surnom de Du Guesclin. Il était si laid que son père ne voulait pas le voir. Il se vengea en devenant le plus belliqueux de sa génération ! À quinze ans, il triomphait dans les tournois et combattait masqué, pour cacher sa laideur…

Elle tendit la main vers le chien qui recula l’amble puis vira et s’enfuit en trottinant vers le parc de la Muette. Sa haute silhouette noire se fondit dans la nuit.

— Il a peut-être un maître qui l’attend sous les arbres, dit Hervé Lefloc-Pignel. Un vagabond. Ils ont souvent des gros chiens comme compagnons, vous avez remarqué ?

— On devrait le déposer sur le paillasson de mademoiselle de Bassonnière ! suggéra Joséphine. Elle serait bien embêtée.

— Elle irait le livrer à la police !

— Ça, c’est sûr ! Il n’est pas assez chic pour elle.

Il eut un sourire triste, puis enchaîna comme s’il n’avait cessé de penser aux propos de la Bassonnière :

— Ça ne vous ennuie pas d’être en compagnie d’un péquenot ?

Joséphine sourit.

— Vous savez, je ne viens pas de très haut non plus… On est deux sur la même balançoire !

— Vous êtes gentille…

— Et puis ce n’est pas une tare de ne pas sortir de la cuisse de Jupiter !

Il baissa la voix et prit le ton de la confidence.

— Elle a raison, vous savez : je suis un petit gars de la campagne. Abandonné par ses parents, recueilli par un imprimeur dans un patelin normand. Elle a des fiches sur tout le monde grâce à son oncle. Bientôt, elle saura tout de vous si ce n’est déjà fait !

— Ça m’est complètement égal. Je n’ai rien à cacher.

— On a tous un petit secret. Réfléchissez bien…

— C’est tout réfléchi !

Puis elle pensa à Philippe et rougit dans l’obscurité.

— Si votre secret est d’avoir grandi dans un petit village du fond de la campagne, d’avoir été abandonné puis recueilli par un homme généreux, ce n’est pas honteux ! Ce pourrait même être le début d’un roman à la Dickens… J’aime Dickens. On ne le lit plus beaucoup.

— Vous aimez raconter des histoires, les écrire…

— Oui. En ce moment, je suis en panne romanesque, mais un rien pourrait me faire repartir ! Je vois des débuts d’histoire partout. C’est une manie.

— On m’a dit que vous aviez écrit un livre qui avait très bien marché…

— C’était une idée de ma sœur, Iris. C’est le contraire de moi : belle, vive, élégante, à l’aise partout !

— Vous étiez jalouse d’elle quand vous étiez petite ?

— Non. Je l’adorais.

— Ah ! Vous avez employé le passé !

— Je l’aime toujours, mais je ne la vénère plus comme avant. Il m’arrive même de me rebeller.

Elle eut un petit rire modeste et ajouta :

— Je fais des progrès chaque jour !

— Pourquoi ? Elle vous tyrannisait ?

— Elle n’aimerait pas que je dise cela, mais oui… Elle imposait sa loi. Maintenant, ça va mieux, j’essaie de m’affranchir. Je ne réussis pas à chaque fois… C’est du boulot de changer un pli qui est pris !

Elle eut un petit rire pour masquer son embarras. Cet homme l’intimidait. Il avait belle allure, belle figure, haute taille, et une prévenance qui la touchait. Elle se sentait flattée de marcher à ses côtés et s’en voulait, en même temps, d’avoir besoin d’être mise en valeur. Elle avait la fâcheuse habitude de se précipiter dans des confidences afin d’accaparer l’attention de ceux qui l’impressionnaient. Comme si elle ne s’estimait pas assez intéressante pour rester silencieuse, comme s’il fallait qu’elle se « vende », qu’elle livre un kilo de chair fraîche pour charmer l’autre. Elle se remit à babiller. C’était plus fort qu’elle.

— Quand on va chez ma sœur, elle a une maison à Deauville, on prend l’autoroute et je regarde les villages au loin, dans la campagne. Je vois des petites fermes enfermées dans des bosquets, des toits de chaume, des granges et j’entends les histoires de Flaubert et de Maupassant…

— Je viens d’un de ces petits villages… et ma vie ferait un roman !

— Racontez-moi !

— Ce n’est pas très intéressant, vous savez…

— Si ! j’aime les histoires.

Ils marchaient du même pas. Ni trop lent ni trop rapide. Elle eut envie de lui prendre le bras, mais se retint. Ce n’était pas un homme qui autorisait les épanchements.

— À l’époque, mon village était vivant, animé. Il y avait une grand-rue avec des boutiques de chaque côté. Un bazar, une épicerie, un coiffeur, un bureau de poste, une boulangerie, deux bouchers, un marchand de fleurs, un café. Je n’y suis jamais retourné, mais il ne doit pas rester grand-chose du monde que j’ai connu. C’était il y a…

Il chercha dans ses souvenirs.

— Plus de quarante ans… j’étais un enfant.

— Vous aviez quel âge quand vous avez été…

Elle hésita à dire « abandonné » et ne finit pas sa phrase.

— Je devais avoir… Je ne me souviens pas, vous savez… Je me souviens de certaines choses, très précises, mais pas de l’âge que j’avais.

— Vous êtes resté longtemps chez lui ?

— J’ai grandi avec lui. Sa petite entreprise s’appelait IMPRIMERIE MODERNE. Les lettres étaient peintes en vert sur un bandeau de bois blanc. Il s’appelait Graphin. Benoît Graphin… Il disait qu’il avait un nom prédestiné. Graphin, graphie, graphique. Il travaillait jour et nuit. Il n’était pas marié, il n’avait pas d’enfants. J’ai tout appris de lui. Le sens du travail bien fait, la ponctualité, l’ardeur à l’ouvrage…

1 ... 79 80 81 82 83 84 85 86 87 ... 165
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)