Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 78 79 80 81 82 83 84 85 86 ... 188
Перейти на страницу:

— Celui-là, je le garde, dit la fille en serrant dans son poing le matapan d’argent.

— Je lui ai donné un matapan pour payer à boire à tout le monde, les amis ! cria Mercurio aux clients de la taverne.

— Un autre matapan ? », s’exclama la tenancière en se penchant rapidement par-dessus le comptoir pour attraper la fille, qui chercha à l’éviter. Mais la femme la saisit aux cheveux et la retint, pendant que deux clients se levaient pour lui prendre la pièce. Ils la remirent à la tenancière et crièrent : « À boire pour tout le monde ! »

La fille regarda Mercurio avec hargne. « Salaud, lui lança-t-elle.

— La vie est dure, dit Mercurio. Je suis désolé.

— Va te faire foutre !

— Tire-toi, casse pas les couilles, fit l’arsenalier, qui s’assit près de Mercurio. On se connaît ? », lui demanda-t-il.

Ils s’étaient rencontrés quelques instants plus tôt, et l’autre ne le reconnaissait pas. Il n’était pas du tout physionomiste, un autre avantage pour ce que Mercurio avait en tête.

« Non, on se connaît pas, lui répondit-il. Tu crois qu’un type comme moi aurait oublié, s’il connaissait un arsenalier ? »

Le garçon bomba le torse.

À cet instant-là, Mercurio sut qu’il l’avait à sa main. Et qu’un jour ou l’autre il se libérerait du joug de Scarabello et déciderait de sa propre vie. Pour le moment, il allait s’amuser avec ce pigeon.

« Raconte-moi comment c’est, ta vie », lui dit-il.

44

Costanza Namez — dite “République” parce qu’elle était le bien de tous à Venise, en tout cas des hommes — vivait avec sa fille Lidia dans une chambre misérable au cinquième étage d’une des “Tours”, comme on appelait ces bâtiments très hauts de Castelletto. Quand Isacco pénétra dans la pièce, il y régnait une odeur nauséabonde, due à l’état bien avancé de la maladie, ou à la simple incurie.

La chambre avait une petite fenêtre, coupée à la moitié par une paroi construite pour créer une seconde pièce occupée par une autre prostituée, et ainsi doubler les gains. Sous cette demi-fenêtre, une couche étroite où République gisait sur un matelas de son grouillant de punaises. Un rideau accroché à un fil courait le long de la pièce, séparant cette partie “privée”, si l’on pouvait dire, de la zone de travail près de l’entrée, où se trouvait une autre couche misérable mais plus large, sur laquelle République satisfaisait ses clients.

Mais depuis plus d’un mois, il n’y avait plus de clients. Le bruit s’était répandu très vite. Tous savaient que République avait attrapé la maladie contagieuse.

Isacco s’approcha du lit où la femme était couchée. Lidia, assise près d’elle, lui tenait la main. République était en nage, fiévreuse. Le docteur la regarda. Elle était loin d’être belle. L’ovale de son visage était irrégulier ; ses incisives supérieures, grandes et saillantes sous un nez pointu, la faisaient ressembler à un rongeur. Isacco découvrit les qualités de République quand Lidia déshabilla sa mère pour que le docteur puisse l’examiner. Bien que petite, elle avait un sein généreux, rond, blanc comme du massepain et sillonné de fines veines bleutées. Ses hanches étaient rondes et douces, comme un instrument de musique, et la toison de son pubis, plus sombre à la base, était couleur d’or.

« C’est moi qui lui fais la teinture », dit fièrement sa fille, écartant les jambes de sa mère pour montrer à Isacco la première pustule qui y était apparue.

Isacco reconnut les signes de la maladie qui avait mené Marianna à la mort. « Recouvre-la », dit-il à Lidia. Puis il se tourna vers Donnola. « Uva ursina, arnica, griffe du diable, bardane, calendula, grains d’encens… et fais-toi préparer aussi de l’huile de Palo Santo, lui dit-il.

— Et pas de thériaque, ajouta Donnola avec un sourire.

— Pas de cette abominable thériaque », acquiesça Isacco. Donnola sortit. Isacco ôta sa houppelande et son bonnet jaune et remonta les manches de sa chemise. « Au travail, dit-il à la petite fille. J’ai besoin de linges de lin, propres si possible, et d’eau chaude pour rincer les blessures.

— On n’en a pas ici, dit Lidia. Je dois aller chez Bouche d’or.

— Eh bien, vas-y, chez cette… Bouche, fit Isacco, voyant que la petite ne bougeait pas.

— Pas pour le moment. » Lidia baissa la tête et sourit. « Quand on est passés j’ai entendu qu’elle travaillait.

— Ah, je comprends. » Le docteur déplaça le rideau, pour faire entrer un peu de lumière. « Et il y en a pour longtemps, d’après toi ? »

Lidia haussa les épaules.

« Je vois », souffla Isacco. Il s’approcha de la fenêtre. « Comment on l’ouvre ? Ta mère a besoin d’air pur.

— Elle s’ouvre seulement par l’autre côté de la pièce, répondit Lidia.

— Eh bien, vas-y. »

La petite fille posa l’oreille contre la paroi de séparation des deux pièces. « On peut pas. La Cardinale travaille.

— La Cardinale ? »

Lidia rit. « Quirina s’habille toujours en rouge et elle ressemble plus à un homme qu’à une femme. »

Isacco frappa au mur, impatienté. « Ouvre la fenêtre, Cardinale !

— Va te faire foutre, connard ! entendit-on de l’autre côté.

— Elle a même la voix d’un homme, dit Isacco à Lidia.

— Et elle cogne comme un homme, ajouta la petite fille.

— Alors mieux vaut ne pas insister. » Il s’assit sur la couche, à côté de République et posa la main sur son front. Puis s’adressa à Lidia. « Va voir si on peut au moins faire chauffer de l’eau chez cette… Bouche d’or, tu dis ?

— Oui, on l’appelle comme ça parce que…

— J’imagine, la coupa Isacco. Reste devant sa porte jusqu’à ce qu’elle soit libre, et reviens avec de l’eau et du linge, tu seras gentille. »

La petite fille regarda sa mère.

« Je reste avec elle », lui dit Isacco.

Lidia sortit.

Isacco prit un pan de la couverture et nettoya la sueur du front de République.

La prostituée ouvrit les yeux. Ils étaient rouges mais conscients. « Je fais toujours semblant de dormir, parce que ça me fait tellement de chagrin de regarder ma petite fille. »

Isacco fut étonné. C’était une voix extraordinairement belle, déplacée dans cette physionomie.

République sembla comprendre sa pensée. « Je fais le noir dans la chambre et je dis aux hommes ce qui les excite le plus… Ils apprécient beaucoup.

— Je vois ça, dit Isacco. Comment te sens-tu ? Ça a commencé quand ?

— Docteur, écoute, dit République de sa voix sensuelle. Je sais que je vais mourir. Fais-moi mourir doucement, comme tu as fait avec Marianna. Quand je suis allée la voir, ma maladie venait de commencer. Elle m’a dit que tu l’aidais à mourir en paix. Elle te bénissait pour ce que tu faisais. Elle n’a jamais pensé qu’elle pourrait guérir… mais elle m’a dit…

— Arrête maintenant. Tu ne mourras pas. »

République le regarda en silence. « Je n’ai pas d’argent », finit-elle par dire. Et elle rit, de ce rire mélancolique et sage qu’ont toujours les putains, pensa Isacco. « Et je suis pas sûre que tu veuilles être payé en nature. »

Le docteur lui sourit.

« Je suis arrivée jusqu’à présent à éviter le métier à ma petite, continua République. Mais après ? Quand je n’y serai plus, comment elle fera ? »

Isacco sentit son estomac se nouer mais ne sut que répondre. Il lui tint la main, tête baissée, espérant que la petite reviendrait vite, et Donnola aussi. Quand il avait pensé que son nouveau destin serait d’être médecin, il n’avait pas imaginé que cela voudrait dire vivre avec la présence constante de la mort, et presque toujours avec l’impuissance. “Mais c’est peut-être là que tu voulais me faire arriver, se dit-il comme s’il parlait à sa femme. Je devais respirer l’odeur de la mort pour accepter la tienne.”

1 ... 78 79 80 81 82 83 84 85 86 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)