Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
Ester refermait doucement sa porte quand il s’y précipita. Il la repoussa à l’intérieur, avec violence, les yeux rougis, agrandis par la fureur. Il claqua la porte derrière lui.
Elle lui fit face, sans reculer.
Shimon resta immobile un instant. Il vibrait. Puis il fut sur elle, brutal, sans la moindre attention. Le sang lui était monté à la tête comme une vague que le ressac renvoyait à travers tout son corps en le dévastant puis, dans un jaillissement vertigineux d’écume, le désir avait grandi entre ses jambes. Il poussa contre Ester cette chair raide, colla ses hanches aux siennes, s’accrocha à ses épaules, l’attira à lui. Soulevant ses jupes, il la plaqua contre le mur. Il glissa la main dans sa culotte de toile, arracha le tissu, glissa ses doigts entre ses cuisses.
Ester ferma les yeux et ouvrit la bouche, comme dans un cri muet.
Shimon trouva une touffe rêche de poils. Il les démêla et se glissa plus loin, sentit une résistance charnue, découpée, puis, soudain, la chair céda sous ses doigts et s’ouvrit. Mouillée.
Ester ne respirait plus. Et ses yeux s’agrandissaient. La main de Shimon commença à bouger dans cette bouche chaude, humide, visqueuse qui s’était ouverte entre ses jambes. Il poussa le bout de son doigt sur une petite excroissance, plus dure que le velours qui l’enfermait. Et il écouta le corps d’Ester qui changeait à son toucher. Son autre main se porta au décolleté de sa robe, s’y accrocha et déchira le tissu, jusqu’à dénuder un sein. Il serra le mamelon, avec fougue.
Ester gémit de douleur. Et de plaisir.
Alors Shimon l’embrassa, la mordant presque, l’humiliant par l’arrogance de sa langue qui la violait. Il se dégagea, à bout de souffle. Il fixa les lèvres d’Ester qui brillaient, mouillées par le baiser. Et il vit qu’elle aussi regardait ses lèvres à lui, mouillées du même baiser.
Puis, tout à coup, elle lui prit la main et la poussa fort, serrant les jambes, comprimant sa propre chair, se recroquevillant sur elle-même.
Shimon éprouva une émotion intense, comme si fureur et joie mêlées s’emparaient de lui et le secouaient tout entier. Il fit s’étendre Ester sur le sol, avec brutalité, lui souleva ses jupes et regarda les poils noirs, que sa main avait fouillés. Il vit qu’Ester écartait doucement les jambes, entrouvrant la fente palpitante et humide. Il vit qu’elle contractait les muscles de son ventre. Il délaça son pantalon et se poussa en elle comme s’il voulait la tuer avec son arme de chair. Il ressentit une chaleur qu’il ne connaissait pas. Et tandis qu’Ester secondait son mouvement, Shimon sentit de nouveau tout son sang s’affoler et courir dans son corps, tel un ouragan bouillonnant.
Ester lui prit les mains et les porta à ses seins.
Shimon serra les dents, qu’il entendit grincer. Il donna un, deux, trois coups de reins, avec une fougue toujours plus grande.
« Oui… », gémit Ester.
Mais Shimon ne l’entendait plus. Ses oreilles étaient pleines de ses propres gémissements, sa tête s’était perdue dans la sensation fulgurante qui s’accrochait à son épine dorsale comme un parasite féroce. Enfin, il céda de tout son être à ce plaisir qui ressemblait tant à une souffrance.
Puis, laissant Ester le retenir en elle, il sentit un nœud qui se dénouait brusquement dans sa gorge.
Et pour la première fois depuis qu’il était devenu muet, il s’aperçut qu’il était capable d’émettre un son.
« Pleure, lui disait Ester. Pleure… »
42
Dans les environs de San Cassiano, la petite fille désigna un groupe d’immeubles hauts comme des tours, serrés les uns contre les autres. Elle marcha plus vite.
Isacco sentit dans l’air un drôle d’arôme, difficile à identifier. Ce n’était ni un parfum ni une odeur, mais plutôt un mélange de plusieurs parfums et d’odeurs fortes, violentes, sans nuances. Il eut envie de faire demi-tour.
Donnola, comme s’il l’avait deviné, le saisit par le bras et le regarda. Le docteur avait le visage marqué par ces tristes journées pendant lesquelles il s’était laissé aller au désespoir. Il ressemblait à un vieillard. Pour arriver jusqu’ici, de l’autre côté du Rialto, et traverser les ruines de l’incendie des Fabbriche Vecchie, il leur avait fallu près d’une heure. Isacco marchait doucement, sans regarder autour de lui. À chaque pas, Donnola craignait qu’il ne s’arrête et change d’avis. La petite fille qui les guidait frémissait d’impatience et ne cessait d’accélérer l’allure, pour se retrouver quelques pas plus loin seule devant eux. Alors elle s’arrêtait et les attendait.
« Ma mère est là », dit la petite fille en pénétrant vivement dans la cour que formaient les bâtiments.
Donnola se tourna vers Isacco et vit qu’il avait le regard perdu. « Venez, docteur… »
Isacco résista dans un premier temps puis céda : « Mais oui, allons tuer aussi cette… ».
Donnola ne commenta pas. Pendant des journées entières le docteur était resté enfermé en lui-même, s’accusant de la mort de sa femme et de celle de Marianna. Impossible de discuter avec lui. Mais cette fois quelque chose avait bougé. Il allait reprendre son activité, il allait réagir. Et c’était grâce à cette petite fille, pensa Donnola. Ou peut-être grâce à l’amour de Giuditta. Isacco avait dû voir dans les yeux de sa fille combien elle était fière de son père, pendant que la petite fille répétait les paroles de Marianna à l’article de la mort : elle avait trouvé un bon médecin, avec un grand cœur, et qui n’avait pas de préjugés.
« Il y a près de douze mille putains à Venise », dit Donnola tandis qu’ils entraient, à la suite de la petite fille, par une porte voyante, peinte en rouge écarlate.
« Je peux donc en tuer autant que je veux, commenta Isacco. Il en restera toujours assez…
— Vous allez arrêter de pleurer sur votre sort, docteur ? dit Donnola.
— Donne-moi une raison de rire.
— Par exemple, le fait qu’il y ait douze mille putains à Venise.
— Quel rapport ?
— Soyez un peu plus juif et pensez à combien ça va vous rapporter, au lieu de penser à combien vous allez en tuer. »
Isacco le regarda. Donnola lui plaisait, décidément. Personne ne se serait comporté comme lui. « Merci, Donnola, lui dit-il.
— Merci de quoi ?
— Laisse tomber… Isacco eut un sourire mélancolique… mais merci.
— Faut être fort pour vous comprendre, docteur. Mais tâchez de pas dire de bêtises à votre première cliente. Vous devez faire bonne impression.
— Va te faire foutre, Donnola.
— Ah, là je vous reconnais ! dit son assistant en riant. Allons-y, avant que le cœur de cette gamine nous fasse un malaise. »
Isacco monta les trois marches qui donnaient dans l’entrée de l’immeuble. Aussitôt à l’intérieur, il sentit qu’il était arrivé dans le laboratoire où se distillaient les odeurs qu’on respirait dans la rue : verveine, coriandre, épices orientales, essences de bois, ambre, myrrhe, encens, fleurs exotiques. Et l’odeur de sueur, d’urine et d’excréments, la saleté, les aliments gâtés, des relents de lait caillé et de moisissure. Une Babel olfactive qui lui fit tourner la tête. Il posa la main sur la rampe de l’escalier.
« Vous vous sentez bien ? », demanda Donnola.
Isacco regarda en l’air. Quelques marches plus haut, une femme s’était évanouie contre la balustrade. Un morveux pissait contre le mur. C’était un va-et-vient constant d’hommes et de femmes qui riaient, juraient, crachaient, se palpaient sous leurs vêtements. Les uns se disputaient, certains se battaient, d’autres s’embrassaient, d’autres encore se couraient après. Cris et odeurs formaient une seule et même cacophonie.