Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Mais ainsi en est-il des dorures nouvelles qui ne valent rien dans leur magasin mais qui ne prennent de sens qu'une fois sorties de leurs caisses et distribu�es dans une demeure dont elles embellissent le visage.
CXXXIX
Car revint me voir ce proph�te aux yeux durs qui nuit et jour couvait une fureur sacr�e et qui par surcro�t �tait bigle:
�Il convient, me dit-il, de les contraindre au sacrifice.
��Certes, lui r�pondis-je, car il est bon qu'une partie de leurs richesses soit pr�lev�e sur leurs provisions, les appauvrissant faiblement, mais les enrichissant du sens qu'elles prendront alors. Car elles ne valent rien pour eux si elles n'ont pris place dans un visage.�
Mais il n'�coutait point, tout occup� par sa fureur. �Il est bon, disait-il, qu'ils s'enfoncent dans la p�nitence�
��Certes, lui r�pondis-je, car � manquer de nourriture, les jours de je�ne, ils conna�tront la joie d'y revenir, ou encore se feront solidaire de ceux qui je�nent par force, ou s'uniront � Dieu en cultivant leur volont�, ou simplement se sauveront de devenir trop gras.�
La fureur alors l'emporta:
�Il est bon d'abord qu'ils soient ch�ti�s.�
Et je compris qu'il ne tol�rait l'homme qu'encha�n� sur un grabat, priv� de pain et de lumi�re au fond d'une ge�le.
�Car il convient, dit-il, d'en extirper le mal.
��Tu risques de tout extirper, lui r�pondis-je. N'est-il pas pr�f�rable plut�t qu'extirper le mal d'augmenter le bien? Et d'inventer les f�tes qui ennoblissent l'homme? Et de le v�tir de v�tements qui le fassent moins sale? Et de mieux nourrir ses enfants afin qu'ils puissent s'embellir de l'enseignement de la pri�re sans s'absorber dans la souffrance de leurs ventres?
�Car il ne s'agit point de limites apport�es aux biens dus � l'homme mais du sauvetage des champs de force qui gouvernent seuls sa qualit� et des visages qui parlent seuls � son esprit et � son c�ur.
�Ceux-l� qui me peuvent b�tir des barques, je les ferai naviguer sur leurs barques et p�cher le poisson. Mais ceux-l� qui me peuvent lancer des navires je leur ferai lancer des navires et conqu�rir le monde.
��Tu souhaites donc de les pourrir par les richesses!
��Rien de ce qui est provision faite ne m'int�resse et tu n'as rien compris�, lui dis-je.
CXL
Car si tu fais appel � tes gendarmes et les charges de te construire un monde, aussi souhaitable soit-il, ce monde ne na�tra point car il n'est point du r�le ni de la qualit� du gendarme d'exalter ta religion. Il est de son essence non de peser les hommes mais de faire ex�cuter tes ordonnances, lesquelles sont d'un code pr�cis, comme de payer des imp�ts ou de ne point voler ton prochain, ou de te soumettre � telle ou telle r�gle. Et les rites de ta soci�t� sont visage qui te fonde cet homme-ci et non un autre, tel go�t du repas du soir parmi les tiens, et non un autre, ce sont lignes du champ de force qui t'anime. Et le gendarme ne se voit point. Il est l� comme mur et cadre et armature. Tu n'as point � le rencontrer, aussi impitoyable soit-il, car t'est �galement impitoyable que la nuit tu ne puisses jouir du soleil ou qu'il te faille attendre un navire pour traverser la mer, ou qu'il te soit, faute de porte vers la gauche, impos� de sortir � droite. Cela est, tout simplement.
Mais si tu renforces son r�le et le charges de peser l'homme, ce que nul au monde ne saurait faire, et de te d�pister le mal selon son propre jugement � et non de seulement observer les actes, lesquels actes sont de son ressort � alors comme rien n'est simple, comme la pens�e est chose mouvante et difficile � formuler, et qu'en r�alit� il n'est point de contraires, seuls subsisteront libres et acc�deront au pouvoir ceux qu'un puissant d�go�t n'�cartera point de ta caricature de vie. Car il s'agit d'un ordre qui pr�c�de la ferveur d'un arbre que pr�tendent construire les logiciens et non d'un arbre n� d'une graine. Car l'ordre est l'effet de la vie et non sa cause. L'ordre est signe d'une cit� forte et non origine de sa force. La vie et la ferveur et la tendance vers, cr�ent l'ordre. Mais l'ordre ne cr�e ni vie, ni ferveur, ni tendance vers.
Et ceux-l� seuls se trouveront grandis qui, par bassesse d'�me, accepteront le petit bazar d'id�es qui est du formulaire du gendarme, et troqueront leur �me contre un manuel. Car m�me si haute est ton image de l'homme et noble ton but, sache qu'il deviendra bas et stupide en s'�non�ant par le gendarme. Car il n'est point du r�le du gendarme de charrier une civilisation, mais d'interdire des actes sans comprendre pourquoi.
L'homme enti�rement libre dans un champ de force absolu et des contraintes absolues qui sont gendarmes invisibles: voil� la justice de mon empire.
C'est pourquoi j'ai fait venir les gendarmes et leur ai dit:
�Vous ne jugerez que les actes, lesquels se trouvent �num�r�s dans le manuel. Et j'accepte votre justice car il peut �tre en effet d�chirant que ce mur aujourd'hui ne soit point franchissable, lequel en d'autres occasions prot�ge des voleurs, si la femme assaillie crie de l'autre c�t�. Mais un mur est un mur et la loi est la loi.
�Mais vous ne porterez point de jugement sur l'homme. Car j'ai appris dans le silence de mon amour qu'il ne fallait point �couter l'homme pour le comprendre. Et parce qu'il m'est impossible de peser le bien et le mal et que je risque pour extirper le mal d'envoyer le bien � la fournaise. Et comment y pr�tendrais-tu, toi dont pr�cis�ment j'exige que tu sois aveugle comme un mur?
�Car d�j� j'ai appris du supplici� que si je le br�le, je br�le une part qui est belle et se montre seule dans l'incendie. Mais j'accepte ce sacrifice pour sauver l'armature. Car pour sa mort je tends des ressorts que je ne dois point laisser fl�chir.�
CXLI
Je commencerai donc mon discours en te disant:
�Toi l'homme, insatisfait dans tes d�sirs et brim� par la force, toi qu'un autre toujours emp�che de cro�tre��
Et tu ne t'�l�veras point contre moi car il est vrai que tu es insatisfait dans tes d�sirs et brim� par la force et qu'un autre toujours t'emp�che de cro�tre.
Et je t'emm�nerai combattre le prince au nom de votre �galit�.
Ou bien je te dirai:
�Toi l'homme, qui as besoin d'aimer, qui n'existes qu'� travers l'arbre qu'avec les autres tu composes.�
Et tu ne t'�l�veras point contre moi car il est vrai que tu te connais le besoin d'aimer et n'existes qu'� travers l'�uvre que tu sers.
Et je t'emm�nerai r�tablir le prince sur son tr�ne.
Je te puis donc dire n'importe quoi car tout est vrai. Et si tu me demandes comment reconna�tre � l'avance laquelle des v�rit�s se fera vivante et germera, je r�pondrai que c'est celle-l� seule qui sera clef de vo�te, langage simple et simplification de tes probl�mes. Et peu importe la qualit� de mes �nonc�s. Important est d'abord de t'avoir situ� ici ou ailleurs. S'il se trouve que ce point de vue �claire la plupart de tes litiges � et qu'ils ne soient plus � c'est toi-m�me qui �nonceras tes observations et peu importe si, ici ou l�, je me suis mal exprim� ou si m�me je me suis tromp�. Tu verras comme je l'ai voulu car ce que je t'ai apport� ce n'est point un raisonnement mais un point de vue d'o� raisonner.
Certes, il se peut que plusieurs langages t'expliquent le monde ou toi-m�me. Et qu'ils se fassent la guerre. Chacun coh�rent et solide. Et sans que rien les d�partage. Sans qu'il soit non plus en ton pouvoir d'argumenter contre ton adversaire car il a raison autant que toi. Car vous luttez au nom de Dieu.
�L'homme est celui qui produit et consomme��
Et il est vrai qu'il produit et consomme.
�L'homme est celui qui �crit des po�mes et apprend � lire les astres��
Et il est vrai qu'il �crit des po�mes et �tudie les astres.
�L'homme est celui qui trouve en Dieu seul la b�atitude��
Et il est vrai qu'il apprend la joie dans les monast�res.