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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais tu as tout d�saimant� en d�faisant ce n�ud divin qui noue les choses. Car de voir les hommes forcer vers les puits, tu as cru qu'il s'agissait de puits et tu leur a for� des puits. Car de voir les hommes tendre vers le repos du septi�me jour, tu as multipli� leurs jours de repos. Car de voir les hommes d�sirer les diamants, tu leur as distribu� des diamants en vrac. Car de voir les hommes craindre l'ennemi, tu leur as supprim� leurs ennemis. Car de voir les hommes souhaiter l'amour, tu leur as b�ti des quartiers r�serv�s, grands comme des capitales, o� toutes les femmes se vendent. Et tu t'es montr� ainsi plus stupide que cet ancien joueur de quilles dont je t'ai autrefois parl� et qui cherchait sans la trouver sa volupt� dans une moisson de quilles que lui renversaient des esclaves.

Mais ne va pas croire que je t'ai dit qu'il s'agissait de te cultiver tes d�sirs. Car si rien ne s'y meut, il n'est point de lignes de force. Et le puits, s'il est proche de toi, certes, tu le d�sires quand tu meurs par la soif. Mais si, pour quelque raison, il te demeure inaccessible et que tu ne puisses ni rien en recevoir ni rien lui donner, il en est de ce puits comme s'il n'existait pas. Ainsi en est-il de cette passante que tu croises et qui ne peut rien �tre pour toi. Plus lointaine, malgr� la distance, que d'une autre ville et mari�e ailleurs. Je te la transfigure si je la fais pour toi �l�ment d'une structure tendue et que tu puisses, par exemple, r�ver de progresser vers elle de nuit, avec une �chelle � sa fen�tre, pour l'enlever et la jeter sur ton cheval et t'en r�jouir dans ton repaire. Ou si tu es soldat et qu'elle soit reine et que tu puisses esp�rer de mourir pour elle.

Faible et pitoyable est la joie que tu tires de fausses structures, en te les inventant par jeu. Car si tu aimes ce diamant il te suffirait de marcher vers lui � petits pas et de plus en plus lentement pour vivre une vie path�tique. Mais si ta marche lente vers le diamant est d'un rite qui t'enserre et t'interdit d'acc�l�rer, si en poussant de toutes tes forces contre lui ce sont mes freins que tu rencontres et qui t'interdisent d'acc�l�rer plus, si l'acc�s au diamant ne t'est ni emp�ch� absolument � ce qui te le ferait dispara�tre en signification, le changeant en spectacle sans poids � ni facile, ce qui ne tirerait rien de toi � ni difficile par invention stupide, ce qui serait caricature de la vie � mais simplement de structure forte et de qualit�s nombreuses, alors te voil� riche. Et je ne connais point autre chose que ton ennemi pour te le fonder et je ne d�couvre rien ici qui puisse te surprendre car je dis simplement qu'il faut �tre deux pour faire la guerre.

Car ta richesse est de forer des puits, d'atteindre un jour de repos, d'extraire le diamant et de gagner l'amour.

Mais ce n'est point de poss�der des puits, des jours de repos, des diamants, et la libert� dans l'amour. De m�me que ce n'est point de les d�sirer sans y pr�tendre.

Et si tu opposes comme mots qui se tirent la langue le d�sir et la possession, tu ne comprends rien de la vie. Car ta v�rit� d'homme les domine et il n'est rien l� de contradictoire. Car il faut la totale expression du d�sir et que tu rencontres non d'absurdes obstacles mais l'obstacle m�me de la vie, l'autre danseur qui est rival � et alors c'est la danse. Sinon tu es aussi stupide que celui-l� qui se joue, � pile ou face, contre lui-m�me.

Si mon d�sert �tait trop riche en puits, il faut que l'ordre vienne de Dieu qui en interdise quelques-uns.

Car les lignes de force cr��es doivent te dominer de plus haut pour que tu y trouves tes pentes et tes tensions et tes d�marches, mais doivent, car toutes ne sont point �galement bonnes, ressembler � quelque chose qu'il n'est point de toi de comprendre. C'est pourquoi je dis qu'il est un c�r�monial des puits dans le d�sert.

Donc n'esp�re rien de l'�le heureuse qui est pour toi provision faite pour toujours comme cette moisson de quilles tomb�es. Car tu deviendrais ici b�tail morne. Et si les tr�sors de ton �le que tu imaginais retentissants et qui une fois abord�s t'ennuient, je te les veux faire retentir, je t'inventerai un d�sert et les distribuerai dans l'�tendue selon les lignes d'un visage qui ne sera point de l'essence des choses.

Et si je d�sire te sauver ton �le, je te ferai don d'un c�r�monial des tr�sors de l'�le.

CXXXVI

Si tu me veux parler d'un soleil menac� de mort, dis-moi: �soleil d'octobre�. Car celui-l� faiblit d�j� et te charrie cette vieillesse. Mais soleil de novembre ou d�cembre appelle l'attention sur la mort et je te vois qui me fais signe. Et tu ne m'int�resses pas. Car ce qu'alors je recevrai de toi ce n'est point le go�t de la mort, mais le go�t de la d�signation de la mort. Et ce n'�tait point l'objet poursuivi.

Si le mot l�ve la t�te au milieu de ta phrase, coupe-lui la t�te. Car il ne s'agit point de me montrer un mot. Ta phrase est un pi�ge pour une capture. Et je ne veux point voir le pi�ge.

Car tu te trompes sur l'objet du charroi quand tu crois qu'il est �non�able. Sinon tu me dirais: �m�lancolie�, et je deviendrais m�lancolique, ce qui est vraiment par trop facile. Et certes joue en toi un faible mim�tisme qui te fait ressembler � ce que je dis. Si je dis: �col�re des flots�, tu es vaguement bouscul�. Et si je dis: �le guerrier menac� de mort�, tu es vaguement inquiet pour mon guerrier. Par habitude. Et l'op�ration est de surface. La seule qui vaille est de te conduire l� d'o� tu vois le monde comme je l'ai voulu.

Car je ne connais point de po�me ni d'image dans le po�me qui soit autre chose qu'une action sur toi. Il s'agit non de t'expliquer ceci ou cela, ni m�me de te le sugg�rer comme le croient de plus subtils,�� car il ne s'agit point de ceci ou de cela � mais de te faire devenir tel ou tel. Mais de m�me que dans la sculpture j'ai besoin d'un nez, d'une bouche, d'un menton pour les faire retentir l'un sur l'autre et te prendre dans mon r�seau, j'userai de ceci ou de cela que je sugg�rerai ou �noncerai, pour te faire autre devenir.

Car si j'use du clair de lune ne t'en va pas t'imaginer qu'il s'agit de toi dans le clair de lune. Il s'agit de toi tout aussi bien dans le soleil, ou dans la maison ou dans l'amour. Il s'agissait de toi tout court. Mais j'ai choisi le clair de lune parce qu'il me fallait bien un signe pour me faire entendre. Je ne pouvais les prendre tous. Et il se trouve ce miracle que mon action ira se diversifiant � la fa�on de l'arbre qui �tait simple � l'origine puisque graine, laquelle graine n'�tait point un arbre en miniature, mais qui d�veloppa des branches et des racines quand il s'est �tal� dans le temps. Il en est pareillement de l'homme. Si je lui ajoute quelque chose de simple et qu'une seule phrase peut-�tre charriera, mon pouvoir ira se diversifiant et je modifierai cet homme dans son essence et il changera de comportement dans le clair de lune, dans la maison ou dans l'amour.

C'est pourquoi je dis d'une image, si elle est image v�ritable, qu'elle est une civilisation o� je t'enferme. Et tu ne sais point me circonscrire ce qu'elle r�git.

Mais faible peut-�tre pour toi ce r�seau de lignes de force. Et son effet meurt au bas de la page. Il est ainsi des graines dont le pouvoir s'�teint presque aussit�t, et des �tres qui manquent d'�lan. Mais il reste que tu eusses pu les d�velopper pour construire un monde.

Ainsi si je dis: �soldat d'une reine�, certes il ne s'agit ni de l'arm�e ni du pouvoir mais de l'amour. Et d'un certain amour, lequel n'esp�re rien pour soi mais se donne � plus grand que soi. Et lequel ennoblit et augmente. Car ce soldat est plus fort qu'un autre. Et si tu observes ce soldat, tu le verras se respecter � cause de la reine. Et tu sais bien aussi qu'il ne trahira pas, car il est prot�g� par l'amour, r�sidant de c�ur en la reine. Et tu le vois qui revient au village tout fier de soi et cependant pudique et rougissant quand on l'interroge sur la reine. Et tu sais comment il quitte sa femme s'il est appel� pour la guerre et que ses sentiments ne sont point ceux du soldat du roi, lequel est ivre de col�re contre l'ennemi et s'en va lui planter son roi dans le ventre. Mais l'autre va les convertir et, par l'effet du m�me combat en apparence, les ranger aussi dans l'amour. Ou encore� Mais si je parle plus loin j'�puise l'image car elle est d'un faible pouvoir. Et je ne saurais te dire ais�ment, quand l'un ou l'autre mange son pain, ce qui distingue le soldat de la reine du soldat du roi. Car l'image ici n'est qu'une faible lampe qui, bien que comme toute lampe elle rayonne sur tout l'univers, n'illumine que peu de chose pour tes yeux.

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