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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Mon empire me d�l�gue des sentinelles qui veillent. Ainsi j'ai allum� ce feu qui devient dans la sentinelle flamme de vigilance.

�Est beau mon soldat s'il regarde��

CXXXI

Car je vous transfigure le monde, comme de l'enfant ses trois cailloux, si je leur attribue des valeurs diverses et un autre r�le dans le jeu. Et la r�alit� pour l'enfant ne r�side ni dans les cailloux ni dans les r�gles qui ne sont qu'un pi�ge favorable, mais dans la seule ferveur qui na�t du jeu. Et les cailloux en sont en retour transfigur�s.

Et que ferais-tu de tes objets, de ta maison, de tes amours et des bruits qui sont pour tes oreilles et des images qui sont pour tes yeux s'ils ne deviennent point mat�riaux de mon invisible palais lequel les transfigure?

Mais ceux-l� qui ne tirent aucune saveur de leurs objets faute d'un empire qui les anime, ils s'irritent contre ces objets m�mes. �D'o� vient que la richesse ne m'enrichisse point?� se lamentent-ils et ils supputent qu'il ne convient que de l'accro�tre car elle n'�tait point suffisante. Et ils en accaparent d'autres, qui les encombrent plus encore. Et les voil� cruels dans leur irr�parable ennui. Car ils ne savent point qu'ils cherchent autre chose faute de l'avoir rencontr�. Ils ont rencontr� celui-l� qui se montrait tellement heureux de lire sa lettre d'amour. Ils se penchent sur son �paule et observant qu'il tire sa joie de caract�res noirs sur page blanche, ils ordonnent � leurs esclaves de s'exercer sur page blanche � mille arrangements de signes noirs. Et ils les fouettent de ne point r�ussir le talisman qui rend heureux.

Car il n'est rien pour eux qui fasse retentir les objets les uns sur les autres. Ils vivent dans le d�sert de leurs pierres en vrac.

Mais moi je viens qui � travers b�tis le temple. Et les m�mes pierres leur versent la b�atitude.

CXXXII

Car je les rendais sensibles � la mort. Sans d'ailleurs le regretter. Car ainsi ils �taient sensibles � la vie. Mais si j'�tablissais chez toi le droit d'a�nesse tu y trouverais plus de raisons, certes, de ha�r, mais en m�me temps d'aimer et pleurer ton fr�re. Si m�me c'�tait celui qui de par ma loi te frustrait. Car ainsi meurt le fr�re a�n�, ce qui a un sens, et le responsable, et le guide, et le p�le de la tribu. Et lui, si tu meurs, pleure sa brebis, celui qu'il aidait, celui qu'il aimait aimer, celui qu'il conseillait sous la lampe du soir.

Mais si je vous ai faits, l'un par rapport � l'autre, �gaux et libres, rien ne changera par la mort et vous ne pleurerez point. Je l'ai bien observ� de mes guerriers dans le combat. Ton camarade est mort et cependant rien n'a beaucoup chang�. Il est remplac� sur l'heure par un autre. Et tu d�nommes dignit� du soldat, sacrifice consenti, noblesse masculine ta r�serve devant la mort. Et ton refus des larmes. Mais au risque de te scandaliser je te dirai: Tu ne pleures point faute de motifs pour pleurer. Car celui-l� qui est mort tu ne sais point qu'il est mort. Il mourra plus tard peut-�tre la paix venue. Aujourd'hui il en est toujours un autre � ta gauche et un autre � ta droite, ajustant leurs fusils. Tu n'as point le loisir de demander � l'homme ce qu'il �tait capable de donner seul. Comme cette protection de ton a�n�. Car ce que donnait l'un, l'autre le donnera. Les billes d'un sac ne pleurent point l'absence d'une bille car le sac est tout gonfl� de billes semblables. De celui qui meurt tu dis simplement: �Je n'ai pas le temps� il mourra plus tard.� Mais il ne mourra plus car, la guerre achev�e, les vivants aussi se disperseront. Ainsi se d�fera la figure que vous formiez. Vivants et morts vous vous ressemblerez. Les absents seront comme des morts et les morts comme des absents.

Mais si vous �tes d'un arbre, alors chacun d�pend de tous et tous d�pendent de chacun. Et vous pleurerez si l'un s'en va.

Car si vous �tes soumis � quelque figure, il y a entre vous hi�rarchie. Alors votre importance l'un pour l'autre se montre. Car s'il n'est point de hi�rarchie il n'est point de fr�res. Et j'ai toujours entendu dire �mon fr�re� quand il y avait quelque d�pendance.

Et je ne veux point vous faire le c�ur dur � la mort. Car alors il ne s'agit point de vous durcir contre une faiblesse humiliante comme le serait la peur du sang ou la crainte des coups, lequel durcissement vous fait grandir, mais de subir moins durement la mort parce qu'il mourrait moins de choses. Et certes, plus pour votre c�ur votre fr�re se fera provision maigre, moins vous irez pleurer sa mort.

Je d�sire, moi, vous enrichir et faire retentir votre fr�re sur vous. Et faire que votre amour, si vous aimez, soit d�couverte d'un empire et non saillie comme du bouc. Car certes, ne pleure point le bouc. Mais qu'elle meure, celle de votre amour, et vous �tes en exil. Et celui-l� qui dit qu'il prend sa mort en homme c'est qu'il en faisait un b�tail. Et � son tour elle prendra sa mort � lui en b�tail et dira: �Il est bon que les hommes meurent � la guerre�� Mais moi je veux que vous mourriez en guerre. Car qui aimera si ce n'est le guerrier? Mais je ne veux point que par l�chet� vous ayez d�grad� vos tr�sors, par d�sir de les moins regretter, car qui mourra sinon un automate morne et qui ne sacrifie rien � l'empire?

J'exige, moi, que l'on me donne le meilleur. Car alors seulement vous voil� grands.

Donc il ne s'agit point de vous solliciter de m�priser la vie, mais bien de vous la faire aimer.

Et de vous faire aussi aimer la mort, si elle est �change contre l'empire.

Car rien ne s'oppose. L'amour de Dieu vous augmente l'amour de l'empire. L'amour de l'empire celui du domaine. Celui du domaine l'amour de l'�pouse. Et l'amour de l'�pouse l'amour du simple plateau d'argent qui est du th� aupr�s d'elle apr�s l'amour.

Mais comme je vous fais la mort d�chirante, je veux en m�me temps vous en consoler. C'est pourquoi pour ceux-l� qui pleurent j'ai invent� cette pri�re: Pri�re contre la mort.

CXXXIII

�J'ai �crit mon po�me. Il me reste � le corriger.�

Mon p�re s'irrita:

�Tu �cris ton po�me apr�s quoi tu le corrigeras! Qu'est-ce qu'�crire sinon corriger! Qu'est-ce que sculpter sinon corriger! As-tu vu p�trir la glaise? De correction en correction sort le visage, et le premier coup de pouce d�j� �tait correction au bloc de glaise. Quand je fonde ma ville je corrige le sable. Puis corrige ma ville. Et de correction en correction, je marche vers Dieu.�

CXXXIV

Car certes, tu t'exprimes par des relations. Et tu fais retentir les cloches les unes sur les autres. Et n'ont point d'importance les objets que tu fais retentir. Ce sont mat�riaux du pi�ge pour des captures, lesquelles ne sont jamais de l'essence du pi�ge. Et je t'ai dit qu'il fallait des objets reli�s.

Mais dans la danse ou la musique il est un d�roulement dans le temps qui ne me permet pas de me tromper sur ton message. Tu allonges ici, ralentis l�, montes l� et descends ici. Et fais maintenant �cho � toi-m�me.

Mais l� o� tu me pr�sentes tout en son ensemble il me faut un code. Car s'il n'est ni nez, ni bouche, ni oreille, ni menton, comment saurai-je ce que tu allonges ou raccourcis, �paissis ou all�ges, redresses ou d�vies, creuses ou bombes? Comment conna�trai-je tes mouvements et distinguerai-je tes r�p�titions et tes �chos? Et comment lirai-je ton message? Mais le visage sera mon code car j'en connais un qui est parfait et qui est banal.

Et certes tu ne m'exprimeras rien si tu me fournis le visage parfaitement banal, sinon le simple don du code, l'objet de r�f�rence et le mod�le d'acad�mie. J'en ai besoin non pour m'�mouvoir mais pour lire ce que tu charries dans ma direction. Et si tu me livres le mod�le lui-m�me, certes tu ne charrieras rien. Aussi j'accepte bien que tu t'�loignes du mod�le et d�formes et emm�les, mais tant que je conserve la clef. Et je ne te reprocherai rien s'il te pla�t de me placer l'�il sur le front.

Bien que je te jugerai alors malhabile, comme celui-l� qui pour faire entendre sa musique ferait beaucoup de bruit ou qui rendrait trop ostensible dans son po�me une image afin qu'elle se v�t.

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