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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Et tu ne con�ois point la menace qui p�se sur toi car tu ne vois dans l'�uvre de l'autre que l'effet d'un �garement passager et tu ne comprends pas que menace, pour l'�ternit�, de s'engloutir un homme qui jamais plus ne rena�tra.

�Et tu te croyais libre et t'indignais quand je te parlais de mes contraintes. Lesquelles en effet n'�taient point d'un gendarme visible mais plus imp�rieuses de ne se point remarquer comme de la porte � travers ton mur, laquelle ne te semble point, bien qu'il te faille faire un d�tour pour sortir, une insulte � ta libert�.

�Mais si tu veux voir appara�tre le champ de force qui te fonde et te fait ainsi te mouvoir et �prouvant et pensant et aimant et plaignant et ha�ssant de cette fa�on-ci et non d'une autre, consid�re son corset chez ton voisin, l� o� il commence d'agir, car alors il te deviendra sensible.

�Sinon toujours tu le m�conna�tras. Car la pierre qui tombe ne subit pas la force qui la tire vers le bas. Une pierre ne p�se qu'immobile.

�C'est lorsque tu r�sistes que tu connais ce qui te meut. Et pour la feuille livr�e au vent il n'est plus de vent, de m�me que pour la pierre d�livr�e il n'est plus de pesanteur.

�Et c'est pourquoi tu ne vois point la contrainte formidable qui p�se sur toi et ne se montrerait, tel le mur, que s'il te pouvait venir � l'id�e d'incendier par exemple la ville.

�De m�me que ne t'appara�t point la contrainte plus simple de ton langage.

�Tout code est contrainte, mais invisible.�

CXLVII

J'�tudiai donc les livres des princes, les ordonnances �dict�es aux empires, les rites des religions diverses, les c�r�monials des fun�railles, des mariages et des naissances, ceux de mon peuple et ceux des autres peuples, ceux du pr�sent et ceux du pass�, cherchant � lire des rapports simples entre les hommes dans la qualit� de leur �me et les lois qui furent �dict�es pour les fonder, r�gir et perp�tuer, et je ne sus point les d�couvrir.

Et, cependant, quand j'avais affaire a ceux-l� qui me venaient de l'empire voisin o� r�gne tel c�r�monial des sacrifices, je le d�couvrais avec son bouquet, son ar�me et sa fa�on � lui d'aimer ou de ha�r, car il n'est ni amours ni haines qui se ressemblent. Et j'avais le droit de m'interroger sur cette gen�se et de me dire: �Comment se fait-il que tel rite qui me semble sans rapport ni efficacit� ni action, car il traite d'un domaine �tranger � l'amour, fonde cet amour-ci et non un autre? O� donc se loge le lien entre l'acte, et les murailles qui gouvernent l'acte, et telle qualit� du sourire qui est de celui-l� et non du voisin?�

Je ne poursuivais point une d�marche vaine puisque j'ai bien connu, tout au long de ma vie, que les hommes les uns des autres diff�raient, bien que les diff�rences te soient invisibles d'abord et non exprimables en conservant, puisque tu te sers d'un interpr�te et qu'il a pour mission de te traduire les mots de l'autre, c'est-�-dire de chercher pour toi dans ton langage ce qui ressemblera le mieux � ce qui fut �mis dans un autre langage. Et ainsi amour, justice ou jalousie se trouvant �tre traduits pour toi par jalousie, justice et amour, tu t'extasieras sur vos ressemblances, bien que le contenu des mots ne soit point le m�me. Et si tu poursuis l'analyse du mot, de traduction en traduction, tu ne chercheras et ne trouveras que les ressemblances, et te fuira comme toujours dans l'analyse ce que tu pr�tendais saisir.

Car si tu d�sires comprendre les hommes il ne faut point les �couter parler.

Et cependant sont absolues les diff�rences. Car ni l'amour, ni la justice, ni la jalousie, ni la mort, ni le cantique, ni l'�change avec les enfants, ni l'�change avec le prince, ni l'�change avec la bien-aim�e, ni l'�change dans la cr�ation, ni le visage du bonheur, ni la forme de l'int�r�t ne se ressemblent de l'un � l'autre, et j'ai connu ceux-l� qui s'estimaient combl�s et, serrant les l�vres ou plissant les yeux, faisaient les modestes s'il leur poussait des ongles assez longs, et d'autres qui te jouaient le m�me jeu, s'ils te montraient des cals dans leurs paumes. Et j'ai connu ceux-l� qui se jugeaient selon leur poids d'or dans leurs caves, ce qui te semble avarice sordide, tant que tu n'as point d�couvert des autres qu'ils �prouvent les m�mes sentiments d'orgueil et se jugent avec une complaisance satisfaite s'ils ont roul� des pierres inutiles sur la montagne.

Mais il m'est apparu avec �vidence que je me trompais dans ma tentative car il n'est point de d�duction pour passer d'un �tage � l'autre et ma d�marche �tait aussi absurde que celle du bavard qui, d'admirer avec toi la statue, te pr�tend expliquer par la ligne du nez ou la dimension de l'oreille, l'objet de ce charroi qui par exemple �tait m�lancolie d'un soir de f�te, et ne r�side ici que comme capture, laquelle n'est jamais de l'essence des mat�riaux.

Il m'est �galement apparu que mon erreur r�sidait en ce que je cherchais � expliquer l'arbre par les sucs min�raux, le silence par les pierres, la m�lancolie par les lignes et la qualit� d'�me par le c�r�monial, renversant ainsi l'ordre naturel de la cr�ation, alors qu'il m'e�t fallu chercher � �clairer l'ascension des min�raux par la gen�se de l'arbre, l'ordonnance des pierres par le go�t du silence, la structure des lignes par le r�gne sur elles de la m�lancolie, et le c�r�monial par la qualit� d'�me qui est une et ne saurait se d�finir avec des mots, puisque pr�cis�ment pour la saisir, la r�gir et la perp�tuer tu en es venu � m'offrir ce pi�ge, lequel est tel c�r�monial et non un autre.

Et certes j'ai chass� le jaguar dans ma jeunesse. Et j'ai us� de fosses � jaguar, meubl�es d'un agneau, h�riss�es de pieux et couvertes d'herbe. Et quand � l'aube je m'en venais les visiter j'y trouvais le corps du jaguar. Et si tu connais les m�urs du jaguar tu inventeras la fosse � jaguar avec ses pieux, son agneau et son herbe. Mais si je te prie d'�tudier la fosse � jaguar, et que tu ne saches rien du jaguar, tu ne sauras point me l'inventer.

C'est pourquoi je t'ai dit du g�om�tre v�ritable mon ami, qu'il est celui-l� qui sent le jaguar et invente la fosse. Malgr� qu'il ne l'ait jamais vu. Et les commentateurs du g�om�tre ont bien compris, puisque le jaguar a �t� montr�, ayant �t� pris, mais eux te consid�rent le monde avec ces pieux, ces agneaux, ces herbes et autres �l�ments de sa construction, et ils esp�rent par leur logique en d�gager des v�rit�s. Mais elles ne leur viennent point. Et ils demeurent st�riles jusqu'au jour o� se pr�sente celui-l� qui sent le jaguar sans l'avoir pu conna�tre encore, et de le sentir le capture, et te le montre, ayant ainsi myst�rieusement emprunt�, afin de te conduire � lui, un chemin qui fut semblable � un retour.

Et mon p�re fut g�om�tre qui fonda son c�r�monial pour capturer l'homme. Et ceux qui ailleurs comme autrefois fond�rent d'autres c�r�monials et captur�rent d'autres hommes. Mais sont venus les temps de la stupidit� des logiciens, des historiens et des critiques. Et ils te regardent ton c�r�monial, et n'en d�duisent point l'image de l'homme, puisqu'il n'en peut �tre d�duit, et au nom du vent de paroles qu'ils nomment raison, ils te dispersent au gr� des libert�s les �l�ments du pi�ge, te ruinent ton c�r�monial, et te laissent fuir la capture.

CXLVIII

Mais j'ai su d�couvrir les digues qui me fondaient un homme, au hasard de mes promenades dans une campagne �trang�re. J'avais emprunt� au pas lent de mon cheval un chemin qui liait un village � l'autre. Il e�t pu franchir droit la plaine, mais il �pousa les contours d'un champ et je perdis quelques instants � ce d�tour et pesait contre moi ce grand carr� d'avoine, car mon instinct livr� � lui-m�me m'e�t men� droit, mais le poids d'un champ me faisait fl�chir. Et m'usait dans ma vie l'existence d'un carr� d'avoine, car des minutes lui furent consacr�es, qui m'eussent servi pour autre chose. Et me colonisait ce champ car je consentais au d�tour, et alors que j'eusse pu jeter mon cheval dans les avoines, je le respectai comme un temple. Puis ma route me conduisit le long d'un domaine clos de murs. Et elle respecta le domaine et s'infl�chit en courbe lente � cause de saillies et de retraits du mur de pierre. Et je voyais, derri�re le mur, des arbres plus serr�s que ceux des oasis de chez nous et quelque �tang d'eau douce qui miroitait derri�re les branches. Et je n'entendais que le silence. Puis je passai le long d'un portail sous le feuillage. Et ma route ici se divisait, dont une branche servait ce domaine. Et peu � peu au cours du lent p�lerinage, tandis que mon cheval boitait dans les orni�res, ou tirait les r�nes pour brouter l'herbe rase le long des murs, me vint le sentiment que mon chemin dans ses inflexions subtiles et ses respects et ses loisirs, et son temps perdu comme par l'effet de quelque rite ou d'une antichambre de roi, dessinait le visage d'un prince, et que tous ceux qui l'empruntaient, secou�s par leurs carrioles ou balanc�s par leurs �nes lents, �taient, sans le savoir, exerc�s � l'amour.

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