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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais toute �vidence forte est une graine dont tu pourrais tirer le monde.

Et c'est pourquoi j'ai dit qu'une fois sem�e la graine, point n'�tait besoin d'en tirer toi-m�me tes commentaires, de b�tir toi-m�me ton dogme et d'inventer toi-m�me tes moyens d'action. La graine prendra sur le terreau des hommes, et na�tront par milliers tes serviteurs.

Ainsi si tu as su charrier dans l'homme qu'il est le soldat d'une reine, na�tra en cons�quence ta civilisation. Apr�s quoi tu pourras oublier la reine.

CXXXVII

N'oublie pas que ta phrase est un acte. Il ne s'agit point d'argumenter si tu d�sires me faire agir. Crois-tu que je m'en vais me d�terminer pour des arguments? J'en trouverais de meilleurs contre toi.

O� as-tu vu la femme d�laiss�e te reconqu�rir par un proc�s o� elle prouve qu'elle a raison? Le proc�s irrite. Elle ne saura m�me pas te reprendre en se montrant telle que tu l'aimais car celle-l� tu ne l'aimes plus. Et je l'ai bien vu de cette malheureuse qui, d'avoir �t� �pous�e apr�s cette chanson triste, recommen�a la veille du divorce cette m�me chanson. Mais cette chanson triste le faisait furieux.

Peut-�tre le reprendrait-elle en le r�veillant tel qu'il �tait, lui, quand il l'aimait. Mais il y faut un g�nie cr�ateur car il s'agit de charger l'homme de quelque chose, de m�me que je le charge d'une pente vers la mer qui le fera b�tisseur de navires. Alors certes l'arbre cro�tra qui ira se diversifiant. Et de nouveau il r�clamera la chanson triste.

Pour fonder l'amour vers moi, je fais na�tre quelqu'un en toi qui est pour moi. Je ne te dirai point ma souffrance, car elle te fera d�go�t� de moi. Je ne te ferai point de reproches: ils t'irriteraient justement. Je ne te dirai pas les raisons que tu as de m'aimer, car tu n'en as point. La raison d'aimer c'est l'amour. Je ne me montrerai pas non plus tel que tu me souhaitais. Car celui-l� tu ne le souhaites plus. Sinon tu m'aimerais encore. Mais je t'�l�verai pour moi. Et si je suis fort je te montrerai un paysage qui te fera mon ami devenir.

Celle-l� que j'avais oubli� me fut comme une fl�che au c�ur en me disant: �Entendez-vous votre cloche perdue?�

Car en fin de compte qu'ai-je � te dire? Je suis souvent all� m'asseoir sur la montagne. Et j'ai consid�r� la ville. Ou bien, me promenant dans le silence de mon amour, j'ai �cout� parler les hommes. Et certes j'ai entendu des paroles auxquelles succ�daient des actes comme du p�re qui dit � son fils: �Va me remplir cette urne � la fontaine� ou du caporal qui dit au soldat: �A minuit tu prendras la garde�� Mais il m'est toujours apparu que ces paroles ne pr�sentaient point de myst�re, et que le voyageur ignorant du langage, les constatant ainsi li�es � l'usuel, n'y e�t rien trouv� de plus �tonnant que dans les d�marches de la fourmili�re dont aucune ne para�t obscure. Et moi, observant les charrois, les constructions, les soins aux malades, les industries et les commerces de ma ville, je n'y voyais rien qui ne f�t d'un animal un peu plus audacieux et inventif et compr�hensif que les autres, mais il m'apparaissait avec une �vidence �gale qu'en les consid�rant dans leurs fonctions usuelles je n'avais pas encore observ� l'homme.

Car l� o� il m'apparaissait et me demeurait inexplicable par les r�gles de la fourmili�re, l� o� il m'�chappait si j'ignorais le sens des mots, c'�tait quand, sur la place du march�, assis en cercle, ils �coutaient un diseur de l�gendes, lequel avait en son pouvoir, s'il e�t eu du g�nie, de se lever leur ayant parl� et, suivi d'eux, d'incendier la ville.

J'ai vu certes ces foules paisibles soulev�es par la voix d'un proph�te et s'en allant fondre � sa suite dans la fournaise du combat. Fallait que f�t irr�sistible ce que charriait le vent des paroles pour que, la foule l'ayant re�u, elle d�ment�t le comportement de la fourmili�re et se change�t en incendie, s'offrant d'elle-m�me � la mort.

Car ceux-l� qui rentraient chez eux �taient chang�s. Et me semblait que point n'�tait besoin pour croire aux op�rations magiques de les chercher dans les balivernes des mages, puisque �taient pour mes oreilles des assemblages de mots miraculeux et susceptibles de m'arracher � ma maison, � mon travail, � mes coutumes et de me faire souhaiter la mort.

C'est pourquoi j'�coutais chaque fois avec attention, distinguant le discours efficace de celui qui ne cr�ait rien, afin d'apprendre � reconna�tre l'objet du charroi. Car l'�nonc� certes n'importe pas. Sinon chacun serait un grand po�te. Et chacun serait meneur d'hommes, disant: �Suivez-moi pour l'assaut et l'odeur de la poudre br�l�e�� Mais si tu t'y essaies tu les vois rire. Ainsi de ceux qui pr�chent le bien.

Mais d'avoir �cout� quelques-uns r�ussir et changer les hommes, et d'avoir pri� Dieu afin qu'il m'�clair�t, il m'a �t� donn� d'apprendre � reconna�tre dans le vent des paroles le charroi rare des semences.

CXXXVIII

C'est ainsi que je fis un pas dans la connaissance du bonheur et acceptai de me le poser en probl�me. Car il m'apparaissait comme fruit du choix d'un c�r�monial cr�ant une �me heureuse et non comme cadeau st�rile d'objets vains. Car il n'est point possible de remettre le bonheur aux hommes comme provision. Et � ces r�fugi�s berb�res mon p�re n'avait rien � donner qui les p�t rendre heureux, alors que j'ai observ�, dans les d�serts les plus �pres et le d�nuement le plus rigoureux, des hommes dont la joie �tait rayonnante.

Mais ne va pas t'imaginer que je puisse croire un instant que na�tra ton bonheur de la solitude, du vide et du d�nuement. Car ils peuvent tout aussi bien te d�sesp�rer. Mais je te montre comme saisissant l'exemple qui distingue si bien le bonheur des hommes de la qualit� des provisions qui leur sont remises, et soumet si parfaitement l'apparition de ce bonheur � la qualit� du c�r�monial.

Et si l'exp�rience m'a enseign� que les hommes heureux se d�couvraient en plus grande proportion dans les d�serts, et les monast�res, et le sacrifice, que chez les s�dentaires des oasis fertiles ou des �les que l'on dit heureuses, je n'en ai point conclu, ce qui e�t �t� stupide, que la qualit� de la nourriture s'opposait � la qualit� du bonheur, mais simplement que l� o� les biens sont en plus grand nombre il est offert aux hommes plus de chances de se tromper sur la nature de leurs joies car elles paraissent en effet venir des choses alors qu'ils ne les re�oivent que du sens que prennent ces choses dans tel empire ou telle demeure ou tel domaine. D�s lors, dans la prosp�rit� il se peut que plus facilement ils s'abusent et courent plus souvent des richesses vaines.

Alors que ceux du d�sert ou du monast�re, ne poss�dant rien, connaissent avec �vidence d'o� leur viennent leurs joies, et sauvent ainsi plus ais�ment la source m�me de leur ferveur.

Mais il en est encore une fois ici comme de l'ennemi qui te fait mourir ou qui t'augmente. Car si, reconnaissant sa v�ritable source, tu savais sauver ta ferveur dans l'�le heureuse ou l'oasis, l'homme qui en na�trait serait sans doute plus grand encore, de m�me que d'un instrument � plusieurs cordes tu peux esp�rer tirer un son plus riche que d'un instrument � corde unique. Et de m�me que la qualit� des bois, des �toffes, des boissons et des nourritures ne pouvait qu'ennoblir le palais de mon p�re o� tous les pas avaient un sens.

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