Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
1 ... 81 82 83 84 85 86 87 88 89 ... 131
Перейти на страницу:

CXLIX

Mon p�re disait:

�Ils se croient enrichis d'augmenter leur vocabulaire. Et certes je puis bien user d'un mot de plus et qui signifierait pour moi �soleil d'octobre� par opposition � un autre soleil. Mais je ne vois point ce que j'y gagne. Je d�couvre au contraire que j'y perds l'expression de cette d�pendance qui me relie octobre et les fruits d'octobre et sa fra�cheur � ce soleil qui n'en vient plus si bien � bout, car il s'y est d�j� us�. Rares sont les mots qui me font gagner quelque chose en exprimant d'embl�e un syst�me de d�pendances dont je me servirai ailleurs, comme �jalousie�. Car jalousie me permettra d'identifier, sans avoir � te d�vider tout le syst�me de d�pendances, ceci qu'� cela je comparerai. Ainsi je te dirai: �La soif est jalousie de l'eau.� Car ceux que j'en ai vus mourir, s'ils m'ont paru supplici�s ce ne fut point par une maladie, non plus abominable en soi-m�me que la peste, laquelle t'abrutit et tire de toi de modestes g�missements. Mais l'eau te fait hurler car tu la d�sires. Et tu vois en songe les autres qui boivent. Et tu te trouves exactement trahi par l'eau qui coule ailleurs. Ainsi de cette femme qui sourit � ton ennemi. Et ta souffrance n'est point de maladie mais de religion, d'amour, et d'images, lesquelles sont sur toi autrement efficaces. Car tu vis selon un empire qui n'est point des choses mais du sens des choses.

�Mais �soleil d'octobre� me sera d'un faible secours parce que trop particulier.

�Par contre je t'augmenterai si je t'exerce � des d�marches qui te permettent, en usant de mots qui sont les m�mes, de construire des pi�ges diff�rents, et bons pour toutes les captures. Ainsi des n�uds d'une corde, si tu peux en tirer ceux qui seront bons pour les renards ou pour soutenir tes voiles en mer et prendre le vent. Mais le jeu de mes incidentes et les inflexions de mes verbes, et le souffle de mes p�riodes et l'action sur les compl�ments, et les �chos et les retours, toute cette danse que tu danseras et qui, une fois dans�e, aura charri� en l'autre ce que tu pr�tendais transmettre, ou saisi dans ton livre ce que tu pr�tendais saisir.

�Prendre conscience, disait ailleurs mon p�re, c'est d'abord acqu�rir un style.

�Prendre conscience, affirmait-il encore, ce n'est point recevoir le bazar d'id�es qui ira dormir. Peu m'importent tes connaissances car elles ne te servent de rien sinon comme objets et comme moyens dans ton m�tier qui est de me construire un pont, ou de m'extraire l'or, ou de me renseigner si j'en ai besoin sur la distance des capitales. Mais ce formulaire n'est point l'homme. Prendre conscience, ce n'est point non plus augmenter ton vocabulaire. Car son accroissement n'a d'autre objet que de te permettre d'aller plus loin en me comparant maintenant tes jalousies, mais c'est la qualit� de ton style qui garantira seule la qualit� de tes d�marches. Sinon je n'ai que faire de ces r�sum�s de ta pens�e. Je pr�f�re entendre �soleil d'octobre� qui m'est plus sensible que ton mot nouveau, et me parle aux yeux et au c�ur. Tes pierres sont des pierres, puis assembl�es, des colonnes, puis une fois assembl�es les colonnes, des cath�drales. Mais je ne t'ai offert ces ensembles de plus en plus vastes qu'� cause du g�nie de mon architecte, lequel les pr�f�rait pour les op�rations de plus en plus vastes de son style, c'est-�-dire de l'expansion de ses lignes de force dans les pierres. Et dans la phrase aussi tu me fais une op�ration. Et c'est elle d'abord qui compte.

�Prends-moi ce sauvage, disait mon p�re. Tu peux lui augmenter son vocabulaire et il se changera en intarissable bavard. Tu peux lui emplir le cerveau de la totalit� de tes connaissances, et ce bavard se fera clinquant et pr�tentieux. Et tu ne pourras plus l'arr�ter. Et il s'enivrera de verbiage creux. Et toi, aveugle, tu te diras: �Comment se peut-il faire que ma culture loin de l'�lever ait ab�tardi ce sauvage et en ait tir� non le sage que j'en esp�rais, mais un d�tritus dont je n'ai que faire? Combien maintenant je reconnais qu'il �tait grand et noble et pur dans l'ignorance!�

�Car il n'�tait qu'un cadeau � lui faire, et que de plus en plus tu oublies et n�gliges. Et c'�tait l'usage d'un style. Car au lieu de jouer avec les objets de ses connaissances comme avec des ballons de couleur, de s'amuser du son qu'ils rendent, et de s'enivrer de sa jonglerie, le voil� tout � coup qui, usant peut-�tre de moins d'objets, va s'orienter vers ces d�marches de l'esprit qui sont ascension de l'homme. Et voici qu'il te deviendra r�serv� et silencieux comme l'enfant qui ayant de toi re�u un jouet en a d'abord tir� du bruit. Mais voici que tu lui enseignes qu'il en peut tirer des assemblages. Tu le vois alors se faire pensif et se taire. S'enfermer dans son coin de chambre, plisser le front, et commencer de na�tre � l'�tat d'homme.

�Enseigne donc d'abord � ta brute la grammaire et l'usage des verbes. Et des compl�ments. Apprends-lui � agir avant de lui confier sur quoi agir. Et ceux-l� qui font trop de bruit, remuent, comme tu dis, trop d'id�es, et te fatiguent, tu les observeras qui d�couvriront le silence.

�Lequel est seul signe de la qualit�.�

CL

Ainsi la v�rit� quand elle se fait � mon usage.

Et tu t'�tonnes. Mais tu ne t'�tonnes point, que je sache, quand l'eau que tu bois, le pain que tu manges, se font lumi�re des yeux, ni quand le soleil se fait branchage, et fruit et graines. Et certes tu ne retrouveras rien dans le fruit qui ressemble au soleil ou simplement rien du c�dre qui ressemble � la semence de c�dre.

Car n� de lui ne signifie point qu'il lui ressemble.

Ou plut�t je dis �ressemblance� quelque chose qui n'est ni pour tes yeux ni pour ton intelligence, mais pour ton seul esprit. Et c'est ce que je signifie lorsque j'exprime que la cr�ation ressemble � Dieu, le fruit au soleil, le po�me � l'objet du po�me et l'homme que j'ai tir� de toi au c�r�monial de l'empire.

Et ceci est tr�s important car faute de reconna�tre par les yeux une filiation qui n'a de sens que pour l'esprit, tu refuses les conditions de ta grandeur. Tu es semblable � l'arbre qui, de ne point retrouver les signes du soleil dans le fruit, refuserait le soleil. Ou plut�t comme le professeur qui, de ne point retrouver dans l'�uvre le mouvement informulable dont elle est issue, l'�tudi�, d�couvre son plan, d�gage s'il ne peut y trouver des lois internes, et te fabrique ensuite une �uvre qui les applique, et te fait fuir pour ne la point entendre.

C'est ici que la berg�re ou le menuisier ou le mendiant a plus de g�nie que tous les logiciens, historiens et critiques de mon empire. Car il leur d�pla�t que leur chemin creux perde ses contours. Pourquoi? leur demandes-tu. Parce qu'ils l'aiment. Et cet amour est la voie myst�rieuse par o� ils en sont allait�s. Il faut bien, puisqu'ils l'aiment, qu'ils en re�oivent quelque chose. Peu importe si tu le sais formuler. Il n'est que des logiciens, des historiens et des critiques de n'accepter du monde que ce dont ils savent faire des phrases. Car je pense, moi, que toi, petit d'homme, tu commences seulement d'apprendre un langage et t�tonnes et t'y exerces et ne saisis encore qu'une mince pellicule du monde. Car il est lourd � transporter.

1 ... 81 82 83 84 85 86 87 88 89 ... 131
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)