La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Reprenons le récit biblique:
«Alors, le géant philistin jeta un regard sur David, et, voyant que c’était un adolescent de cheveux roux et de joli visage, il lui témoigna son mépris. Suis-je un chien, lui dit-il, pour que tu viennes contre moi avec un bâton? Et il maudit David, en jurant du nom de ses dieux. Puis, il lui dit encore: Eh bien, viens donc, et je donnerai ta viande aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs. David répondit à Goliath: Tu marches contre moi avec ton épée, ta lance et ton bouclier; mais moi, je marche contre toi au nom de Sabaoth, dieu des armées d’Israël, dieu de ces troupes rangées en bataille que tu as insultées; et, comme le Seigneur te livrera aujourd’hui entre mes mains, c’est moi qui t’abattrai, c’est moi qui, après t’avoir coupé la tête, donnerai ta viande aux oiseaux des cieux et aux animaux de la terre; et le monde entier saura qu’Israël a un dieu!…
Et David, ayant couru sus à Goliath, mit la main dans sa panetière, prit une pierre, et la lança avec sa fronde; et cette pierre atteignit le géant au front où elle s’enfonça, si bien que le Philistin tomba le visage contre le sol. Puis, David se jeta sur Goliath, prit son épée, la tira du fourreau, le tua et lui coupa la tête. Et les Philistins, ayant, vu que leur géant était mort, s’enfuirent.
Alors, les soldats d’Israël et de Juda, qui étaient demeurés assis, se levèrent en poussant des cris de joie et se mirent à la poursuite des Philistins, et ceux-ci, tombant blessés à mort sous leurs coups, jonchèrent le chemin de Sçaharajim jusqu’à Gath et jusqu’à Hékron; après quoi, les Juifs pillèrent le camp philistin» (17:42-53).
«Et David prit les armes du géant et les plaça dans sa tente; il prit aussi la tête de Goliath et la porta à Jérusalem.» (v. 54)
Tiens, il avait donc tout-à-coup une tente, le jeune David?… Et c’est à Jérusalem qu’il alla, en triomphateur, porter la tête du géant philistin? Ceci est plus étrange encore, attendu que Jérusalem n’appartenait point à cette époque aux Juifs; nous verrons plus loin comment cette ville ne fut prise que plus tard par David, après la mort de Saül. Mais nous commençons à nous habituer aux contradictions de l’Esprit-Saint!
«Or, lorsque Saül avait vu David marcher contre Goliath, il dit à Abner, général de l’armée israëlite: Quel est cet adolescent? de quel père est-il fils? Abner lui répondit: Aussi vrai que ton âme est vivante, ô roi, je n’en sais rien. Le roi repartit: Informe-toi tout de suite, afin que je sache, à quelle famille appartient cet adolescent. Sitôt donc que David fut retourné du combat, Abner conduisit à Saül le jeune homme, qui tenait à la main la tête du géant. Et Saül lui dit: De qui es-tu fils? David répondit: Mon père se nomme Isaï, ton serviteur, et il habite Bethléem.» (17:55-58)
Ah çà! qu’est-ce que tout ce rebâchage incohérent?… Où le divin inspirateur de la Bible a-t-il la tête?… Dans le chapitre précédent, on nous a raconté, avec les plus minutieux détails, que Saül, pour calmer ses nerfs, s’est enquis d’un bon joueur de harpe; un de ses officiers lui en a procuré un, qui est David, et le roi a été renseigné sur sa famille; bien mieux, Saül a envoyé à Isaï un messager pour prier le vieux bonhomme de lui laisser son fils, parce qu’il lui plaisait beaucoup; le pigeon nous a dit encore que David allait et venait souvent d’auprès de Saül à Bethléem et qu’il faisait ainsi la navette entre la cour royale et les brebis paternelles. Et voilà que ni Saül, ni Abner, ni aucun officier du roi ne savent qui est David, au moment de sa lutte contre Goliath! Voilà le joueur de harpe du roi, l’écuyer de Saül, devenu tout à coup un inconnu!… Que penser de ce galimatias?… Lorsqu’il dicta à Samuel ce chapitre 17, le divin pigeon n’avait-il pas, ce jour-là, absorbé un peu trop de chènevis?… Ce serait à croire, ma foi!
Prenons-en notre parti, et poursuivons l’édifiante lecture. Sans se soucier le moins du monde de ses contradictions, l’auteur sacré nous apprend (18:2) que, cette fois, Saül ne voulut plus permettre à David de retourner chez son père. D’autre part, Jonathan fut pris tout à coup d’une vive amitié pour le jeune joueur de harpe, dont il avait, lui aussi, ignoré la présence à la cour dans les temps antérieurs:
«Sitôt que David eut achevé de parler à, Saül, l’âme de Jonathan fut tellement liée à son âme, que Jonathan l’aima comme son âme; et Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme son âme; et Jonathan se dépouilla du manteau qu’il portait, et il en fit cadeau à David, et il lui donna encore tous ses habits, même jusqu’à son épée, son arc et son baudrier.» (18:3-4)
Voilà de l’amitié! Que durent penser le général Abner, les capitaines, les courtisans, en voyant le fils du roi se déshabiller, ne garder que sa chemise (du moins, est-il convenable de le supposer) et offrir ses armes et tous ses vêtements à l’heureux vainqueur de Goliath?… Malheureusement, la Bible oublie de nous faire part des réflexions des hauts personnages qui assistèrent à cette scène impayable.
Une nouvelle existence commençait donc pour le gosse, que Samuel avait sacré roi, et qui, peu enclin pour le quart d’heure à entrer en concurrence avec Saül, se bornait à lui servir d’écuyer et de musicien: mais, malgré cet effacement, David n’allait pas tarder à porter ombrage à Sa Majesté.
«Or, comme ils revenaient, quelque temps après la défaite du géant philistin, il sortit, de toutes les villes d’Israël, des femmes en grand nombre, qui allèrent à leur rencontre en acclamant David; et voici que ces femmes se mirent à chanter et à danser joyeusement, avec des tambours et des cymbales; et, tout en jouant de leurs instruments, elles se criaient les unes aux autres: Saül en a tué mille, mais David en a tué dix mille!» (v. 6-7)
Il était difficile d’admettre que feu Goliath, si géant qu’il fût, représentât dix mille hommes, à lui tout seul. Aussi, Saül, qui s’était distingué à la guerre par des exploits multipliés, trouva que l’ovation faite à son écuyer harpiste sortait des limites raisonnables et prenait un caractère offensant pour lui.
«Ces paroles des femmes d’Israël déplurent au roi, et il en fut fort irrité.» (v. 8) — «Depuis ce jour-là, Saül vit David de mauvais œil.» (v. 9).
«Et il arriva, dès le lendemain, que le mauvais souffle de Dieu souffla sur Saül; alors, David joua de la harpe, comme les autres jours. Mais Saül avait sa lance à la main, et il la lança soudain contre la muraille, en se disant en lui-même: En atteignant cette muraille, mon arme transpercera David. Or, celui-ci, qui était alerte, évita deux fois le coup, en se détournant.» (18:10-11)
Peu après, le roi, pour éloigner de lui le jeune homme, le nomma capitaine et le mit à la tête de mille hommes (v. 13), et David, «à qui tout réussissait», devint de plus en plus populaire parmi les enfants d’Israël, et son nom commença à être connu hors de la nation. Nous allons voir bientôt que le seigneur Jéhovah multiplia les preuves de sa protection envers David.
L’ayant fait appeler un jour, Saül lui dit: «Écoute, je te donnerai pour femme ma fille aînée Mérob, et ainsi, toi qui es vaillant, tu seras pour moi un autre fils, et tu dirigeras les batailles d’Israël» (v. 17); au fond, Saül se disait que les Philistins finiraient par le débarrasser de David. «Je suis si peu de chose pour devenir le gendre du roi!» répondit David (v. 18). Il se gardait bien de révéler que Samuel l’avait oint. «Or, quand vint l’époque où Saül devait donner sa fille Mérob à David, il la maria à Hadriel Méholatite» (v. 19); l’auteur sacré ne dit pas pourquoi.