La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
La victoire de l’armée juive fut éclatante; les Amalécites furent battus à plate couture, depuis Avi la jusqu’à Sûr: Saül fit des prisonniers en nombre prodigieux, et les Israélites massacrèrent leurs captifs sans aucune pitié.
Pourtant, Saül épargna le roi Agag, jugeant sans doute qu’il devait faire acte de camaraderie envers un particulier du même grade que lui.
Cette clémence froissa le père Sabaoth. Il apparut à Samuel et lui dit:
«Je me repens d’avoir établi Saül roi; car il s’est détourné de moi, en n’exécutant pas entièrement mes ordres. Alors, Samuel eut une grande douleur, et il passa toute cette nuit-là à crier vers le ciel.» (15:10-11)
Quelles furent les suites de cette apparition divine et de cette nuit de hurlements?… Ce chapitre de la Bible a été présenté par Voltaire d’une façon saisissante dans son drame Saül..
La scène se passe à Guilgal, et l’action s’ouvre par un colloque entre le roi juif et Baza, son confident.
Baza. — O grand Saül! ô le plus puissant des rois, vous qui régnez sur les trois lacs, dans l’espace de plus de cinq cents stades, vous, vainqueur du généreux Agag, roi d’Amalec, dont les capitaines étaient montés sur les plus puissants ânes, ainsi que les cinquante fils d’Amalec; vous qu’Adonaï fit triompher à la fois de Dagon et de Belzébuth; vous qui, sans doute, mettrez sous vos lois toute la terre, comme Dieu l’a promis tant de fois, quel chagrin pourrait vous troubler dans de si nobles triomphes et de si grandes espérances?
Saül. — O mon cher Baza! heureux mille fois celui qui conduit en paix les troupeaux bêlants de Benjamin et presse le doux raisin de la vallée d’Engaddi!… Hélas! je cherchais les ânesses de mon père, je trouvai un royaume; depuis ce jour, je n’ai connu que la tristesse… Plût à Dieu, au contraire, que j’eusse cherché un royaume et trouvé des ânesses! j’aurais fait un meilleur marché… Samuel, tu le sais, m’oignit malgré lui; il fit ce qu’il put pour empêcher le peuple de choisir un prince, et dès que je fus élu, il devint le plus cruel de tous mes ennemis…
Baza. — Vous deviez bien vous y attendre; il était prêtre, et vous étiez guerrier; il gouvernait avant vous: on hait toujours son successeur.
Saül. — Eh! pouvait-il espérer gouverner plus longtemps? Il avait associé à son pouvoir ses indignes enfants, également corrompus et corrupteurs, qui vendaient publiquement la justice: toute la nation s’éleva contre ce pouvoir sacerdotal. On tira un roi au sort: les dés sacrés annoncèrent la volonté du ciel; le peuple la ratifia, et Samuel frémit. Ce n’est pas assez de haïr en moi un prince choisi par le ciel, il hait encore le prophète; car il sait que, comme lui, j’ai le nom de voyant, que j’ai prophétisé comme lui; et ce nouveau proverbe, répandu dans Israël, Saül est aussi au rang des prophètes, n’offense que trop ses oreilles superbes. On le respecte encore; pour mon malheur il est prêtre, il est dangereux.
Baza. — Votre Altesse royale est trop bien affermie par ses victoires, et le roi Agag, votre illustre prisonnier, vous est ici un sûr garant de la fidélité de votre peuple, également enchanté de votre victoire et de votre clémence… Voici qu’on l’amène devant Votre Altesse royale.
Entrée d’Agag, entouré de soldats.
Agag. — Doux et puissant vainqueur, modèle des princes, qui savez vaincre et pardonner, je me jette à vos sacrés genoux; daignez ordonner vous-même ce que je dois donner pour ma rançon; je serai désormais un voisin, un allié fidèle, un vassal soumis; je ne vois plus en vous qu’un bienfaiteur et un maître: j’admirerai, j’aimerai en vous l’image du Dieu qui punit et pardonne.
Saül. — Illustre prince, que le malheur rend encore plus grand, je n’ai fait que mon devoir en sauvant vos jours: les rois doivent respecter leurs semblables; qui se venge après la victoire est indigne de vaincre; je ne mets point votre personne à rançon, elle est d’un prix inestimable. Soyez libre; les tributs que vous paierez à Israël seront moins des marques de soumission que d’amitié: c’est ainsi que les rois doivent traiter ensemble.
Agag. — O vertu! ô grandeur de courage! que vous êtes puissante sur mon cœur! Je vivrai, je mourrai le sujet du grand Saül, et tous mes Etats sont à lui.
Survient Samuel, accompagné de prêtres.
Saül. — Samuel, quelles nouvelles m’apportez-vous? Venez-vous de la part de Dieu, de celle du peuple, ou de la vôtre?
Samuel. — De la part de Dieu.
Saül. — Qu’ordonne-t-il?
Samuel. — Il m’ordonne de vous dire qu’il s’est repenti de vous avoir fait régner.
Saül. — Dieu, se repentir!… Il n’y a que ceux qui font des fautes qui se repentent. Dieu ne peut faire des fautes.
Samuel. — Il peut se repentir d’avoir mis sur le trône ceux qui en commettent.
Saül. — Eh! quel homme n’en commet pas?… Parlez, de quoi suis-je coupable?
Samuel. — D’avoir pardonné à un roi.
Agag. — Comment! la plus belle des vertus serait regardée chez vous comme un crime?
Samuel, à Agag. — Tais-toi, ne blasphème point. (A Saüclass="underline" ) Saül, ci-devant roi des Juifs, Dieu ne vous avait-il pas ordonné, par ma bouche, d’égorger tous les Amalécites, sans épargner ni les femmes, ni les filles, ni les enfants à la mamelle?
Agag. — Ton Dieu t’avait ordonné cela!… Tu t’es trompé, tu voulais dire ton diable.
Samuel, à ses prêtres. — Préparez-vous à m’obéir… Et vous, Saül, avez-vous obéi à Dieu?
Saül. — Je n’ai pas cru qu’un tel ordre fût positif; j’ai pensé que la bonté était le premier attribut de l’Etre suprême; qu’un cœur compatissant ne pouvait lui déplaire.
Samuel. — Vous vous êtes trompé, homme infidèle: Dieu vous réprouve, votre sceptre passera en d’autres mains.
Baza, à Saül. — Quelle insolence!… Sire, permettez-moi de punir ce prêtre barbare.
Saül. — Gardez-vous-en bien; ne voyez-vous pas qu’il est suivi de tout le peuple, et que nous serions lapidés si je résistais, car en effet j’avais promis…
Baza. — Vous aviez promis une chose abominable!
Saül. — N’importe; les Juifs sont plus abominables encore; ils prendront la défense de Samuel contre moi.
Baza, à part. — Ah! malheureux prince, tu n’as du courage qu’à la tête des armées.
Saül. — Eh bien donc! prêtres, que faut-il que je fasse?
Samuel. — Je vais te montrer comment on obéit au Seigneur… (A ses prêtres:) O prêtres sacrés, enfants de Lévi, déployez ici votre zèle: qu’on apporte une table; qu’on étende sur cette table ce roi, dont le prépuce est un crime devant le Seigneur… (Les prêtres s’emparent d’Agag et le lient sur la table.)
Agag. — Que voulez-vous de moi, impitoyables monstres?
Saül. — Auguste Samuel, au nom du Seigneur…
Samuel. — Ne l’invoquez pas, vous en êtes indigne, demeurez ici, il vous l’ordonne; soyez témoin du sacrifice, qui, peut-être, expiera votre crime.