La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Ce géant Goliath, qui avait plus de quatre mètres de haut, ne doit pas paraître extraordinaire, après les autres géants que nous avons vus dans la Genèse. Il est vrai que nous ne voyons plus aujourd’hui des hommes de cette taille; telle est même la constitution du corps humain, que cette excessive hauteur, en dérangeant toutes les proportions, rendrait ce géant très faible, et incapable de se soutenir. — Il faut regarder Goliath comme un prodige que Dieu suscitait pour manifester la gloire de David, dit ironiquement Voltaire.
«Or, David était fils de cet éphratien de Bethléem, dont il a été parlé, lequel se nommait Isaï et était très vieux, avec huit enfants. Les trois plus grands fils, Eliab, Abinadab et Samma, avaient pris leur rang dans l’armée de Saül pour combattre dans cette guerre; mais David, qui était le plus jeune, allait et revenait d’auprès de Saül pour mener paître les brebis de son père, à Bethléem.» (v. 12-15)
Bizarre, ce David, que le roi a fait son écuyer, et qui, en pleine guerre, quitte de temps en temps son service pour aller garder des troupeaux!
«Et le géant philistin renouvelait matin et soir ses défis aux soldats juifs, et il resta là debout pendant quarante jours. Alors, Isaï dit à David son fils: Tiens, prends un litron de farine d’orge et dix pains, et cours à tes frères dans le camp; porte aussi dix fromages à leur capitaine, visite tes frères, et vois un peu comment ils se comportent. Or, Saül et ses troupes étaient toujours dans la vallée du Chêne. David, donc, partit un jour, de bon matin, après avoir laissé ses brebis à la garde d’un autre; il s’en alla tout chargé, comme son père le lui avait dit, et vint jusqu’à l’endroit nommé Magala, où l’armée s’était avancée pour demander la bataille, et qui criait déjà bataille; car les Israélites et les Philistins étaient en présence. C’est pourquoi David, ayant laissé aux bagages tout ce qu’il avait apporté, courut à l’endroit où les Israélites et leurs ennemis étaient rangés, vis-à-vis, en ordre de bataille, et son premier soin fut de demander comment ses frères se comportaient. Tandis qu’il parlait, voilà que le bâtard Goliath sortit des rangs philistins et vint recommencer ses bravades; ce qui fit immédiatement tourner le dos à tous les Juifs, qui reculèrent en tremblant de peur.» (17:16-24)
«Alors, un homme d’Israël se mit à dire: Voyez-vous ce Philistin qui vient insulter toute notre nation? S’il se trouve quelqu’un qui puisse le tuer, le roi l’enrichira d’immenses richesses, et lui donnera sa fille, et sa famille sera affranchie de tout impôt en Israël. De son côté, David demandait autour de lui, en s’adressant aux uns et aux autres: Que donnera-t-on à celui qui tuera ce grand coquin incirconcis? Le peuple lui répéta ce qui vient d’être dit.» (v. 25-27)
D’après ce texte, David ne paraît guère vouloir combattre par amour pour sa patrie, mais bien plutôt par l’espoir du gain.
«Mais, quand Eliab, son frère aîné, connut les propos que David tenait, il s’emporta fort contre lui: Pourquoi es-tu venu ici? dit-il; nous n’avons que peu de brebis à la campagne, et tu les as laissées! Mais David répondit: Qu’ai-je fait de mal? Y a-t-il de quoi se fâcher? Et, s’étant éloigné, il alla vers d’autres, leur posa la même question et reçut la même réponse.» (v. 28-30)
«Les paroles de David furent rapportées au roi, qui le fit venir. Et David dit à Saüclass="underline" Que personne n’ait le cœur troublé à cause de Goliath; car j’irai, moi ton serviteur, et je combattrai ce Philistin. Mais Saül lui parla ainsi: Tu ne saurais lutter contre cet ennemi terrible, attendu que tu n’es qu’un enfant et que, lui, au contraire, il est un homme de guerre, depuis sa jeunesse. David répondit au roi: Il y a quelque temps, tandis que je faisais paître les brebis de mon père, un lion et un ours survinrent, et ils emportèrent une brebis du troupeau; mais je courus après eux, je les frappai à coups redoublés, et j’arrachai la brebis de leur gueule; et, comme ils se redressaient tous deux contre moi, je les saisis de chaque main l’un et l’autre par la mâchoire, et je les frappai encore plus fort, si bien que je les tuai. Ton serviteur donc a tué un lion et un ours; et ce Philistin, dont le prépuce n’a pas été coupé, sera traité comme ces animaux, car il a insulté l’armée du Dieu vivant. David dit encore: Jéhovah, qui m’a délivré de la griffe du lion et de la patte de l’ours, me délivrera de la main de cet incirconcis. Alors, Saül dit à David: Va, et que Jéhovah soit avec toi!» (17:31-37)
On le voit, le roi Saül avait été épaté, et, à sa place, on l’aurait été à moins; en effet, le récit du gosse était épatant. Imaginez un instant que vous êtes spectateurs de cette aventure: le lion et l’ours se jetant à la fois sur une même brebis du troupeau du père Isaï, quand il leur aurait été plus commode d’en prendre chacun une; les deux bêtes féroces s’éloignant avec leur proie, qu’ils s’apprêtent à dévorer, le lion la tenant par la tête, et l’ours par l’arrière-train; là-dessus, le petit berger s’élançant à la poursuite des terribles ravisseurs, leur disputant la brebis, cognant du poing et du pied, et les saisissant par la mâchoire! Quel tableau!… Trouvez donc de semblables exploits ailleurs que dans la Bible; je vous en défie bien. O Tartarin, voilà ton maître: le jeune David!
Par l’histoire de Samson, nous avions appris que le lion se rencontrait en Palestine. C’était déjà une surprise pour le lecteur. Mais, avec David, nous trouvons tout ensemble le lion et l’ours!… Les naturalistes affirment que là où vit le lion, il n’y a pas d’ours, et réciproquement. Zut pour les naturalistes! Voilà leur science en défaut. O divin pigeon, il ne te reste plus qu’à nous faire connaître l’ours de l’Équateur et le lion du pôle Nord!
«Saül, alors, fit armer David de ses propres armes; il lui mit son casque d’airain sur la tête et le revêtit de sa cuirasse. Et David, ayant ceint l’épée par-dessus sa tunique, commença à essayer s’il pouvait marcher avec des armes; car il n’y était pas accoutumé.» (17:38-39)
Pas accoutumé au maniement des armes?… Soit; mais alors pourquoi le verset 18 du chapitre précédent représente-t-il David comme étant connu pour un «vaillant guerrier» depuis longtemps?
«David dit donc à Saüclass="underline" Je ne saurais marcher avec des armes, n’en ayant pas l’habitude. Et il les quitta. Puis, il reprit son bâton de berger, se choisit cinq pierres dans un torrent voisin, les mit dans sa panetière, et, tenant sa fronde à la main, il marcha contre le géant philistin. Le philistin, précédé de son écuyer, s’avança aussi à la rencontre de David.» (v. 39-41)
L’écuyer de Goliath?… Il n’en est question que dans la Bible, texte in-extenso; cet écuyer est supprimé tout net, dans les manuels d’histoire sainte à l’usage des fidèles, et là Goliath n’est plus qu’un simple fantassin. Pourquoi donc les prêtres modernes ont-ils opéré cette coupure dans le texte sacré? L’écuyer du géant philistin ne méritait pourtant pas de disparaître ainsi, d’une façon si arbitraire. En effet, dans les armées d’autrefois, l’écuyer était le soldat qui accompagnait un officier à cheval et qui prenait soin de sa monture; de nos jours, on l’appellerait l’ordonnance officier de cavalerie. Or, si Goliath avait un écuyer attaché spécialement à son service, c’est qu’il était officier dans l’armée philistine; la Bible dit, d’ailleurs, en plusieurs endroits, qu’il y avait une puissante cavalerie chez les Philistins. Et l’ineffable pigeon-canard, qui nous a assuré tout à l’heure que Goliath avait plus de quatre mètres de haut, a oublié de nous faire connaître les proportions gigantesques de son cheval! Il est évident que le cheval de Goliath devait être géant, lui aussi. Et la sainte Écriture ne nous indique pas la contrée qui produisait des étalons si phénoménaux, des chevaux de taille à porter des cavaliers hauts de six coudées et une palme!… Déplorable lacune!…