La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«Demeure avec moi, ne crains rien, car celui qui en veut à ma vie en veut aussi à la tienne; ainsi tu es sous ma sauvegarde.» (v. 23)
J’abrège autant que possible; mais les manuels d’histoire sainte à l’usage des fidèles sont si incomplets, qu’il est nécessaire de rétablir, par des citations textuelles de la Bible, nombre d’épisodes que les tonsurés passent sous silence, mais dont les bizarres détails offrent parfois un piquant intérêt. Je résumerais davantage, s’il s’agissait d’un autre livre; or, ceci est l’Écriture de Dieu même, affirment les prêtres; ne négligeons donc pas les perles divines qui se trouvent si nombreuses dans ce prodigieux écrin qui est l’Ancien Testament.
Dans le chapitre 23, nous voyons David, à la tête de ses quatre cents flibustiers, délivrer la ville juive de Kéhila, que les Philistins assiégeaient; puis, Saül bloque Kéhila, occupée par son gendre. Là-dessus, David, qui n’escomptait guère la reconnaissance des gens, sollicita de Jéhovah quelques instants d’entretien; papa Bon Dieu ne se fit pas prier.
«Saül descendra-t-il jusqu’ici? demanda David. Et l’Éternel lui répondit: Il descendra. David dit encore: Les chefs de Kébila me livreront-ils, moi et mes gens, entre les mains de Saül? Et l’Eternel lui répondit: Ils te livreront.» (v. 11-12)
Se jugeant sûrement renseigné, David décampa avec vitesse; il ne fut donc pas livré à Saül. Ensuite, l’auteur sacré nous montre le fils d’Isaï errant dans le désert de Ziph; cette fois, sa troupe de gens sans aveu, perdus de dettes, s’est augmentée de deux cents hommes, et Saül lui donne la chasse, sans parvenir à. l’atteindre. David a, néanmoins, une conférence avec Jonathan dans une forêt; les deux beaux-frères se jurent un amour éternel. Du désert de Ziph, David passe au désert de Maon, avec son inséparable bande. Enfin, Saül, apprenant que les Philistins se remettent en campagne, renonce à poursuivre son gendre, afin de combattre l’ennemi national.
Les Philistins ayant été repoussés, le roi revient à, David, qui a établi alors à Engaddi le centre de ses opérations fructueuses. Oui, fructueuses, attendu que le fils d’Isaï, d’après la Bible elle-même, est un véritable capitaine de bandits: il a réuni six cents coupe-jarrets, et il court par monts et par vaux avec ce ramassis de coquins, ne distinguant ni amis ni ennemis, rançonnant, pillant tout ce qu’il rencontre. A deux reprises (ch. 24, 26), Saül, qui a pris avec lui trois mille soldats d’élite, parvient à serrer David de très près; en ces circonstances, le gendre se comporta avec une magnanimité touchante.
Les deux épisodes sont trop amusants pour ne pas être cités. Le divin pigeon, qui en a dicté le récit, était vraiment en joyeuse humeur; car, puisque c’est Dieu qui dirigeait tout, il lui eût été facile de faire exercer à David sa grandeur d’âme en des occasions moins triviales que celles qu’il suscita. Par conséquent, si ces aventures sont grotesques, c’est que la sainte Trinité était en train de rire à la paysanne, c’est que Jéhovah et ses co-dieux s’amusaient comme des pitres de foire; mais ces aventures n’en sont pas moins divines.
En avant donc, la citation textuelle!…
«Saül, cherchant David jusqu’au milieu des rochers où se retirent les chamois, s’engagea dans un sentier où était une caverne, et il entra dans cette caverne pour faire ses besoins; or, il y avait au fond David et quelques-uns de ses compagnons, et le roi ne les vit pas. Alors, les compagnons de David dirent à ce lui-ci tout bas: Certainement, c’est aujourd’hui le jour où l’Éternel te livre ton ennemi. Et David s’approcha sans bruit; mais il se contenta de couper tout doucement le pan du vêtement de Saül, du manteau que Saül avait retroussé. Puis, revenant toujours sans bruit au fond de la caverne, il avait le cœur ému, et il dit à voix basse à ses compagnons: Que Dieu me garde de porter une main meurtrière sur le roi! car il est l’oint du Seigneur. Ainsi, David ne leur permit pas de s’élancer contre Saül, et les retint par ces paroles. Ensuite, Saül, ayant fini d’évacuer, sortit de la caverne et contina son chemin.
Mais alors David sortit à son tour, courut après lui, et lui cria: Mon seigneur et mon roi! Saül se retourna; David se prosterna, le visage contre terre; puis, il dit à Saüclass="underline" Pourquoi écoutes-tu ceux qui te disent que je cherche à te faire du mal? Tes yeux voient aujourd’hui que l’Éternel t’avait livré à ma merci, quand tu t’es arrêté quelques instants dans celte caverne, j’y étais, et l’on m’a conseillé de te tuer; mais je t’ai épargné, car tu es l’oint du Seigneur. Regarde, mon père, regarde le pan de ton manteau, que je tiens là dans ma main. Je l’ai coupé sans que tu y prisses garde; j’aurais pu te tuer et je ne t’ai point tué. Sache donc et reconnais que je ne pense aucunement à te faire du mal; et cependant, toi, tu épies ma vie pour me l’ôter! L’Eternel sera juge entre nous deux; mais je ne porterai pas ma main sur toi.
Quoi! toi qui est roi d’Israël, après quel homme t’es-tu mis en campagne? qui poursuis-tu? un chien crevé et une puce? L’Éternel jugera donc entre moi et toi; et quand Dieu juge, il regarde; voilà pourquoi il sera mon défenseur et me préservera de ta main. Or, sitôt que David eut achevé ces paroles, Saül dit: N’est-ce pas là ta voix, mon fils David? Et Saül, versant un torrent de larmes, dit à David, en parlant très haut Tu es meilleur que moi, puisque tu m’as rendu le bien pour le mal que je t’ai fait; car qui est-ce qui, ayant eu son ennemi à sa merci, le laisserait aller sans lui faire du mal? A ce signe, je reconnais que certainement tu régneras et que le royaume d’Israël sera puissant sous ton sceptre. C’est pourquoi, maintenant, jure-moi par l’Éternel que tu ne détruiras pas ma race après moi. Et David le jura à Saül. Alors, le roi s’en revint chez lui, tandis que David et ses compagnons montèrent en un endroit élevé et bien fortifié.» (24:3-23)
La scène est pathétique, quoiqu’on ne comprenne guère pourquoi David, dans son humilité, se compare à un chien crevé et à une puce; et cet épisode aurait été fort beau, s’il avait été tout différent, en ce qui concerne les circonstances de la rencontre. Saül épargné par David, pendant qu’il est venu faire caca dans une grotte! On avouera que l’Esprit-Saint aurait pu trouver mieux; et puisque Dieux tenu à ce que les faits se produisissent ainsi, il est incontestable qu’il y a de sa part, sinon mystification, du moins plaisanterie d’un goût douteux Les cléricaux hurlent contre certains livres d’Émile Zola, où ce romancier naturaliste a mis en scène le derrière de la Mouquette et les pets d’un campagnard; mais les romans de Zola n’ont pas la prétention d’être des livres sacrés, et il ne viendra jamais à personne la pensée de fonder une religion en se basant sur Germinal ou sur la Terre.
Pendant qu’il était en verve, le pigeon-canard aurait pu ajouter que, dans sa précipitation au sortir de la caverne pour courir après son beau-père, David mit le pied dans l’étron de Saül et que ça lui porta bonheur. Mais glissons, ou, pour mieux dire, n’insistons pas.
La seconde fois que le fils d’Isaï montra sa grandeur d’âme, les circonstances furent moins odoriférantes, ou peu s’en faut. Tandis que Saül et son armée étaient campés à Hakila, David, accompagné d’un certain Abisçaï, pénétra de nuit jusqu’à la tente du roi; ce coup-ci, Jéhovah était carrément complice de son oint chéri, comme on va le voir.
«Saül dormait, et sa hallebarde était plantée en terre à son chevet, et Abner et le peuple étaient couchés dans les autres tentes, tout autour. Alors, Abisçaï dit à David: Aujourd’hui Dieu t’a livré ton ennemi; maintenant donc, je t’en prie, permets que je le frappe avec sa propre hallebarde et que je le cloue en terre d’un seul coup; je me sens de force à ne pas avoir à frapper deux fois. David répondit à Abisçaï: Non, ne le tue pas; car quel est celui qui pourrait porter une main meurtrière sur un oint du Seigneur et être innocent? Mais voici ce que nous allons faire: prenons, moi, sa hallebarde, et toi, le vase qui est auprès de son lit, et allons-nous-en. Ils prirent donc, auprès du lit, la hallebarde et le vase de Saül, et ils partirent du camp, sans être vus de personne; car tous dormaient, parce que l’Éternel avait fait tomber sur eux un sommeil des plus profonds. Et quand David fut sur une hauteur, qui était assez loin de là, il cria de toutes ses forces, le matin: Abner, Abner, ne répondras-tu pas? Et Abner répondit: Qui es-tu, toi qui cries si fort là-bas? Alors, David cria ces paroles: Tu es un vaillant homme, Abner, et qui est semblable à toi en Israël? Personne ne te vaut, et pourtant tu n’as pas su garder le roi ton seigneur; car quelqu’un est venu pour tuer Saül. Tu ne fais pas bien ton service; par le Dieu vivant, toi et tes soldats, vous méritez la mort pour avoir si mal gardé le roi, qui est l’oint de l’Éternel. Et maintenant, regarde où est la hallebarde du roi, et le vase qui était auprès de son lit. En entendant ces cris, Saül se réveilla et reconnut la voix de David.» (26:7-17)