Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Comme toujours avec les films à vocation comique, les journalistes soufflent le chaud et le froid. Certains s’enthousiasment sans retenue et d’autres flinguent sans faire dans la nuance. Est-il nécessaire de préciser que La Grande Vadrouille est l’objet d’un nombre impressionnant d’articles aussi bien dans la presse dite populaire que dans des revues élitistes ? Morceaux choisis : « Il y a longtemps que je n’avais ri et ne m’étais détendu de si bon cœur, sans gêne et sans appréhension. Vive le cinéma comique de cette belle venue. […] Nous sommes certains de posséder en France le meilleur tandem comique mondial : le tendre Bourvil et l’irascible de Funès », écrit Michel Duran dans Le Canard enchaîné[353] ; « Ceux qui ont ri au Corniaud iront voir La Grande Vadrouille, et je ne pense pas qu’ils seront déçus. […] Dans son numéro de guignol atrabilaire, sous la perruque blanche du chef d’orchestre aussi bien que sous le casque allemand, de Funès est toujours drôle », dit Jean de Baroncelli dans Le Monde[354] ; « La comédie américaine, qui était jusque-là la meilleure du monde, a trouvé avec La Grande Vadrouille un rival de choix », peut-on lire dans Minute[355] ; Henry Chapier dans Combat[356] parle de « conte féerique et burlesque » ; Robert Chazal conclut son long papier dans France-Soir[357] d’un « Vivement la troisième manche ! » ; le critique de L’Aurore[358] se montre ravi en soulignant qu’« il a fallu plus de vingt ans pour qu’on ose rire d’une période si cruelle ». Voilà pour quelques louanges prises au hasard. En revanche, dans la revue Arts[359], Claude Pennec ne mâche pas ses mots : « Plus que vulgaire : bourgeois. Le digne pendant de Paris brûle-t-il ?. Aux heures sombres, dramatiques — comme le dirait Fernandel dans La Roue tourne — succède l’Occupation rigolarde à base de ronflements, d’éternuements, de personnages bigleux et de citrouilles. Le spectacle d’une telle abjection tue le rire, et Gérard Oury, par on ne sait quel mystère, arrive aussi à tuer de banalités tous ses comédiens » ; même dureté dans Les Cahiers du cinéma[360] sous la plume d’un certain M. M. : « Probablement le film le plus fauché et le plus minable de l’année. Il faut être bien naïf pour croire qu’il a coûté un milliard et demi d’anciens francs. Le sujet démarque une bande dessinée pour enfants, Les Mousquetaires du maquis. Gags aussi vieux que Nabuchodonosor, téléphonés un quart d’heure à l’avance, Teutons très cons, trognes rubicondes. Marijac[361] avait pour excuse de sortir son “comic” (dans Coq Hardi) peu après la Libération, alors que Paris sentait encore le roussi. Mais vingt ans après, quelle est l’excuse d’Oury ? Et l’excuse de la critique, déculottée à l’unisson pour saluer bien bas cette consternante farce rétrograde ? ». Et Louis de Funès dans tout cela ? Curieusement, et au même titre que Bourvil, il n’est pas égratigné. C’est incontestablement Pierre Billard dans L’Express[362] qui résume le mieux la tendance dans ce « hold-up du rire » où « un seul imprévu dans cette mécanique bien huilée : un petit énergumène frénétique d’un mètre soixante-trois a profité de la circonstance pour se faire la courte échelle à lui-même et s’installer définitivement parmi les grands de l’humour. Louis de Funès n’a certes pas prémédité ce coup de main : il n’a rien fait d’autre que ce que prévoyait son rôle et il a, à l’écran, le même temps de présence que Bourvil, qu’il réduit pourtant à l’état de brillant second. Il se trouve simplement au bout de la très longue trajectoire qui l’amène enfin, à 52 ans, après cent quatre films, à la pleine possession de ses moyens. »
Le public est loin de faire faux bond au rendez-vous fixé par ce « petit énergumène frénétique ». Sortie dans six salles parisiennes, La Grande Vadrouille fait le plein en recevant, en une semaine, la visite de quelque 105 759 spectateurs, écrasant son principal concurrent, Triple Cross de Terence Young, avec Christopher Plummer, Yul Brynner et Romy Schneider, de près de 60 000 entrées. Plus encore, le film de Gérard Oury fait mieux que son Corniaud en le battant de 30 000 places. À ces chiffres, il faut ajouter ceux comptabilisés aux Pays-Bas, en Thaïlande, à Formose[363], à Bruxelles, en Allemagne, en Espagne, en Italie ou en Angleterre. Ce n’est pas un triomphe mais le sacre d’une vision nouvelle du cinéma comique made in France qui a besoin d’espace et d’argent légitimant l’idée de monter des superproductions humoristiques qui caractériseront les films suivants de Gérard Oury mais aussi, plus tard, de Jean-Paul Rappeneau, Philippe de Broca ou Jean Yanne. Un couronnement engageant Gérard Oury à poursuivre dans cette voie. Il a déjà en tête l’idée de remettre le couvert avec de Funès et Bourvil avec une histoire qui lui trotte dans la tête depuis des lustres. Quand il était pensionnaire à la Comédie-Française en 1939, il rêvait de parodier Ruy Blas. « J’avais alors pensé après la sortie de La Grande Vadrouille, raconte-t-il[364], à Louis pour interpréter don Salluste, la “belle saloperie” qu’il me demande toujours de lui concocter : “Je t’en prie, insiste-t-il, ponds-moi une belle saloperie, un type arrogant avec les pauvres, qui les humilie, les pressure et tout de suite après s’aplatit devant les puissants.” Une des vertus de l’acteur-Funès est de pouvoir se comporter de façon odieuse sans jamais être antipathique, aptitude permettant de traiter tous les vices et naturellement d’en rire. De son côté, Bourvil incarnerait à merveille ce valet pas si bête rêvant de faire cocu le roi d’Espagne. Quand je fais part de mes projets à mes deux amis, ils sautent au cocotier. D’accord nous ferons ensemble le troisième “Bourvil-de Funès”. Si Dieu le veut. »
353
Article daté du 14 décembre 1966.
354
Article daté du 14 décembre 1966.
355
Article daté du 11 décembre 1966.
356
Article daté du 14 décembre 1966.
357
Article daté du 9 décembre 1966.
358
Article daté du 9 décembre 1966.
359
Article paru le 14 décembre 1966.
360
№ 186, janvier 1967.
361
Dessinateur et éditeur de bandes dessinées, Jacques Dumas (1908–1994), dit Marijac, héros de la Résistance, fonda le très populaire hebdomadaire Coq Hardi en 1947. Il est le père de Jim Boum, héros d’une centaine de BD où le mythe du western est tourné en dérision.
362
Article daté du 15 décembre 1966.
363
Aujourd’hui Taïwan.
364
Gérard Oury, op. cit., p. 226.