Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Joey Commoner se leva.
— Rapport radio, annonça-t-il.
Il s’éclaircit la gorge. C’était la première fois qu’il prenait la parole au comité. D’ailleurs, il s’était mis sur son trente et un pour l’occasion : son T-shirt noir portait sobrement le logo d’une marque de sport. Rien de plus.
— Cette semaine, nous avons établi treize communications. La plupart provenaient de M. Avery Price, du groupe de Boston, et de M. Gardner Deutsch de Toronto. Plus quelques autres du colonel John Tyler. Les derniers concernaient une femme en Ohio et quelqu’un au Costa Rica que je n’ai pas réussi à comprendre.
« M. Price dit que Boston quitte la ville, et que Toronto se met aussi en route demain matin. Les deux groupes ont prévu de se retrouver en Pennsylvanie pour voyager ensemble. Il dit aussi que…
Matt l’interrompit avec le maillet de bois qu’il avait apporté pour parfaire son rôle de président.
— Joey, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Boston quitte Boston ?
Joey le gratifia d’un regard mauvais.
— Tout est écrit sur le papier. Si je peux aller jusqu’au bout…
— Excuse-moi. Vas-y. Les questions attendront que tu aies terminé.
Joey se racla une nouvelle fois la gorge.
— Les gens de Boston et de Toronto se dirigent vers un endroit le long du quarantième parallèle, sans doute en Ohio, que les Serveurs leur ont indiqué et qui, selon eux, devrait être à l’abri des cyclones. Là, ils pourront fonder une ville et un radiophare pour rallier les autres personnes. Ils disent que ça attirera les survivants de tout le continent, et ils aimeraient qu’on les rejoigne aussi vite qu’on le peut parce qu’il y a encore assez de monde en Amérique du Nord pour créer une ville de bonne taille. Ils transporteront un matériel de radio mobile et ils veulent qu’on les avertisse dès que possible du moment où on compte les rejoindre.
« D’autre part, le colonel Tyler fait route vers le nord-ouest à la recherche de survivants, et il passera par Buchanan d’ici à deux mois, à moins qu’on ne décide de rejoindre le convoi Boston-Toronto, auquel cas on pourra lui donner rendez-vous sur la route.
« Fin du rapport.
Tohu-bohu dans la salle.
Ils furent plusieurs à vouloir boucler leur valise séance tenante. Bob Ganish, l’ex-vendeur de voitures, se fit le porte-parole du groupe.
— On peut battre le cyclone de vitesse et franchir les montagnes avant qu’il nous rattrape. Et puis, ne le prenez pas mal, mais j’aime assez l’idée de voir des nouvelles têtes.
Abby leva la main.
— Nous avons tous des choses qui nous attachent encore ici, mais peut-être qu’il vaut mieux partir. Et si on mettait la décision aux voix ?
Matt était d’avis de rester encore un peu à Buchanan. D’attendre que le groupe de Boston ait au moins un plan plus élaboré, que quelqu’un d’autre que Joey ait discuté avec ce M. Price, ou M. Deutsch. Il serait toujours temps de partir après le cyclone. Ce n’était pas le genre de décision qu’on prenait à la légère.
Secrètement, l’idée de quitter Buchanan le terrifiait. Il était bien trop tôt. Rien ne pressait. Tout était encore en état de marche, fonctionnel, à part quelques dégradations, par-ci par-là.
Il y a de l’espoir, avait-il envie de proclamer. On peut encore sauver la ville. Il ne faut pas rendre les armes.
Kindle se manifesta pour demander l’ajournement du débat ; il fallait attendre d’autres précisions, dit-il.
— Je n’avais encore jamais entendu parler de ça, et je représente la moitié du comité radio, déclara-t-il avec un long regard appuyé en direction de Joey.
La proposition de renvoi fut acceptée par cinq voix contre deux.
Matt écouta sans enthousiasme les rapports de trois autres sous-comités et put enfin lever la séance à minuit.
Il avait envie de se coucher, de dormir, d’ajourner pour quelques heures ses débats personnels.
Mais Annie Gates était là qui l’attendait quand il gara sa voiture devant la maison.
Elle avait dû venir à pied. Il n’y avait aucune autre voiture dans la rue. D’ailleurs, ces gens semblaient tous avoir renoncé à conduire. Il les voyait parfois déambuler d’une démarche curieusement aérienne et pas tout à fait humaine.
Cette visite d’Annie lui glaça le sang.
Il l’avait évitée depuis des mois, car elle représentait une autre inconnue dans une équation qu’il ne pouvait résoudre… et parce qu’il l’avait aimée humaine, qu’il l’avait tenue humaine dans ses bras. Et maintenant…
Maintenant elle lui faisait peur, parce qu’elle l’attendait sur le perron, frêle silhouette éclairée par la veilleuse, vêtue bien trop légèrement pour cette nuit d’hiver, et qu’elle le regardait avec une sorte de compassion insupportable.
Insupportable car réelle, authentique.
— Rachel a rejoint le Vaisseau-Home, dit-elle. Elle n’est plus ici, Matt. Elle voulait que je vienne t’en avertir.
Annie s’exprimait d’une voix grave et horriblement triste.
— Tu lui manques énormément. Elle t’aimait, et elle regrette beaucoup de n’avoir pas pu te dire adieu.
Annie n’était plus humaine, mais Matt, néanmoins, posa la tête sur son épaule et pleura. De longs sanglots irrépressibles et depuis trop longtemps contenus.
23
Vu de haut
Cet hiver-là, les océans furent le berceau d’une vie étrange.
Les Voyageurs, percevant le déséquilibre de la planète et le désir humain d’y remédier, ensemencèrent d’organismes l’hydrosphère tumultueuse de la Terre.
Les organismes se multiplièrent dans les eaux peu profondes. De même que le phytoplancton auquel ils s’apparentaient, ils se nourrissaient de soleil, des éléments minéraux contenus dans les courants océaniques, mais aussi de l’eau elle-même, dans la mesure où ils étaient constitués d’atomes d’hydrogène et d’oxygène. L’océan était pour eux source de nourriture, et les organismes des Voyageurs se décuplaient, se propageaient à une vitesse vertigineuse.
Alors qu’ils se multipliaient, ils commencèrent à éviter les eaux côtières riches en diatomées. Leur rôle, au sein de l’écologie océanique, n’était que temporaire et il devait toujours rester suffisamment de phytoplancton pour nourrir la faune marine. Aussi les organismes se cantonnèrent-ils dans les eaux éloignées des terres et moins riches en éléments nutritifs.
Ils devinrent si nombreux cet automne-là que, par endroits, ils couvraient la surface de l’eau en nappes cristallines étendues sur des centaines de kilomètres, leurs robes opalines créant d’iridescentes arabesques d’arcs-en-ciel.
Alors ils entreprirent la mission qui leur avait été confiée : ils se mirent à absorber le carbone contenu dans l’atmosphère, comme le fait le phytoplancton, mais plus efficacement encore – avec voracité.
Les océans nettoyaient l’air de son gaz carbonique.
La population terrestre s’allégeait de jour en jour.
Dans le Monde supérieur, si la notion du mal existait encore, plus rien n’était interdit. Les inhibitions acquises au cours de milliers de générations avaient été balayées par Contact. Les derniers adorateurs de la chair célébraient leur corps alors même que celui-ci devenait pâle et aérien.
Ils dansaient au son d’une musique silencieuse dans des mosquées abandonnées, faisaient l’amour sur d’infinies variations à l’ombre des cathédrales, riaient, s’étreignaient et quittaient leurs corps à la lueur des couchers de soleil arabes, des zéniths orientaux et des aurores africaines.