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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Crénom ! Et moi qui en ai bu pas plus tard que ce matin !

— Je suis pratiquement sûr qu’ils ne cherchent pas à nous empoisonner. Ils auraient pu nous tuer depuis longtemps s’ils l’avaient voulu.

Nous exterminer, même, comme l’avait dit Rachel.

— N’empêche qu’ils nous contrôlent, persista Kindle. C’est l’évidence même. S’ils peuvent nous couper l’électricité et l’eau, ils peuvent faire ce qu’ils veulent de nous… On est à leur merci.

— Vous croyez ? Vous avez toujours la possibilité de creuser un puits. Personne ne vous retient.

— D’accord, on peut toujours creuser des puits et ressortir les vieilles lampes à pétrole, mais on ne le fera pas parce que les robinets continuent à marcher et les lumières aussi. Alors à quoi attribuez-vous leur générosité, hein ? À leur haut sens civique ?

— Pourquoi pas ? dit Matt. Ils peuvent le faire, donc ils le font. Vous vous rappelez Contact ? Je n’ai jamais vu d’un bon œil la présence des Voyageurs, et encore moins l’influence qu’ils ont eue sur la Terre, mais, honnêtement, je ne pense pas que ce soit la haine qui les ait motivés.

— Vous y croyez réellement ?

Matt haussa les épaules.

— C’est ce que je ressens.

Kindle eut une moue sceptique.

— Il n’y a que les mauvais mensonges qui ne convainquent personne. Les bons menteurs, eux, vous font avaler n’importe quelle couleuvre. Et de toute façon…

Matt releva les yeux vers Kindle.

— De toute façon quoi ?

— Même si on a affaire à Jésus et Bouddha en personne, pourquoi est-ce que je devrais accepter leur aide ? Enfin quoi, Matthew… C’est aussi simple que ça ? Nos robinets marchent parce que les Voyageurs nous ont fait la grâce d’une affreuse pompe noire ? Et si on avait droit à une sécheresse, il suffirait de prier pour qu’il pleuve ?

Il secoua la tête.

— Je n’ai jamais cru en Dieu, Matthew, mais si c’était le cas, je préférerais encore celui qui fait ses miracles sans qu’on s’y attende, et quand ça lui chante. Autrement dit, on peut toujours prier pour la pluie, mais en continuant à se tartiner de crème solaire. C’est plus humain.

— Si c’est de la pluie que vous voulez, vous n’allez pas tarder à être servi, dit Makepeace en brûlant un feu rouge. J’ai entendu dire qu’un cyclone est en train de nous foncer dessus.

Kindle lui décocha un regard incrédule.

— Comment vous savez ça, vous ?

Il se trouve que Chuck Makepeace avait appris la nouvelle de la même manière que Matt : par l’entremise du Serveur.

Deux fois depuis Noël, Matt était allé rendre visite au géant d’obsidienne et l’avait interrogé sur les Voyageurs, la transformation de Rachel et l’avenir de Buchanan.

Le Serveur lui avait fourni des réponses concises de sa voix de ténor désincarné. Il s’exprimait dans un anglais correct, sans accent particulier, mais Matt ne doutait pas qu’il eût pu tout aussi bien lui répondre en portugais, en télugu ou en tyrolien.

Rachel avait été la première à évoquer les tempêtes, mais le Serveur réitéra l’avertissement en décrivant les violents cyclones qui prenaient naissance dans les mers tropicales. Matt avait gardé l’information pour lui lors de la dernière réunion du comité – ils avaient eu d’autres chats à fouetter et la menace ne paraissait pas imminente – mais il envisageait de la divulguer ce soir.

Or, Chuck Makepeace était lui aussi averti des dangers qui planaient sur Buchanan… À l’instar de Matt, il avait parlé au Serveur.

Matt, pas rasé et le ventre vide, arriva dans la salle de conférences de l’hôpital avec cinq minutes de retard. Il avait sauté le dîner. Peut-être bien aussi le déjeuner. Impossible de se souvenir. Il lui arrivait souvent de manquer des repas, dernièrement. Le temps passait sans qu’il s’en aperçoive.

Il avait espéré présider à une réunion relativement calme et annoncer en douceur le cyclone à venir. La meilleure stratégie, pour l’instant, était encore de prévoir un abri – pourquoi pas le sous-sol de l’hôpital ? – avec un stock d’eau, de provisions et de lampes-torches. C’était une opération de première importance mais qui, somme toute, ne présentait aucune difficulté.

La nouvelle, cependant, l’avait précédé. Chuck Makepeace était au courant, de même que Bob Ganish et Abby Cushman. Tous trois avaient été poussés par leurs proches à s’entretenir avec le Serveur. Et tous trois avaient reçu de lui le même avertissement : un puissant cyclone se déplaçait d’ouest en est depuis les régions reculées du Pacifique.

La nouvelle avait circulé au téléphone la veille de la réunion ; les derniers à l’ignorer avaient été mis au courant autour de la machine à café avant l’arrivée de Matt. Lequel franchit la porte de la salle au moment où Tom Kindle se demandait à voix haute s’il était le dernier humain à Buchanan à ne pas tailler des bavettes avec ce foutu robot qui prenait racine sur la place de la Mairie.

— Certainement pas, répondit Paul Jacopetti. Moi non plus, je ne lui ai pas parlé. Et il faudrait me payer très cher pour ça. Je suis cent pour cent avec vous, monsieur Kindle.

— Ça me rassure.

Matt rétablit le calme dans la salle et la séance put débuter. Les neuf participants s’assirent et braquèrent leurs yeux sur lui. Inutile de tourner autour du pot. L’ordre du jour s’imposait ; il demanda à chacun de s’exprimer sur le problème des intempéries.

Abby Cushman ne cacha pas son étonnement :

— Les Voyageurs ne ménagent pas leur peine pour nous venir en aide. D’après M. Makepeace, c’est grâce à eux si on a encore de l’eau et de l’électricité… alors pourquoi est-ce qu’ils ont provoqué un cyclone qui va peut-être nous tuer ? Je ne comprends vraiment pas.

— Je ne pense pas qu’il nous sera fatal, dit Kindle. Pas si nous nous organisons bien. Quant à la logique de l’histoire… Abby, il faut voir les choses en face : les Voyageurs sont une espèce supérieure. Ils ont bien plus de pouvoirs que nous. J’ai connu un homme en Floride, à une époque ; il avait ouvert un hôpital pour les oiseaux blessés. On lui a amené un jour un héron avec le bec cassé, et il s’est vraiment donné du mal pour le soigner. Il l’a nourri lui-même jusqu’à ce que l’oiseau soit assez fort pour reprendre sa liberté. Finalement, il l’a relâché avec une bague sur la patte. Trois mois plus tard, il a reçu la bague avec une note explicative : apparemment, le héron avait été aspiré dans le réacteur d’un 747 d’Alitalia.

Abby le regardait avec des yeux ronds.

— Je ne comprends toujours pas.

— Eh bien… le héron avait été choyé, à l’hôpital. Mais il aurait dû se méfier et savoir qu’il n’était pas toujours sans danger de fréquenter une autre espèce. En d’autres termes, le fait qu’on ait droit à l’eau et à l’électricité gratuites ne doit pas endormir notre méfiance vis-à-vis de nos « bienfaiteurs ».

— Elle est horrible et macabre, votre histoire, déclara Miriam Flett.

Kindle se tourna vers elle.

— Vous n’êtes pas d’accord ?

Elle considéra la question.

— Si, dit-elle enfin.

Matt proposa de préparer le siège dans la cafétéria, au sous-sol de l’hôpital, demanda des volontaires pour le nouveau sous-comité organisé au pied levé pour les mesures d’urgence, et suggéra de reporter le sujet en attendant plus ample information.

— Nous avons d’autres problèmes à traiter, ne l’oublions pas.

La suggestion fut acceptée, bon gré mal gré. Matt consulta son agenda.

— Bien… y a-t-il du nouveau du côté de la radio ?

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