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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Au champ de courses, des éleveuses de chevaux exposaient leurs plus belles bêtes. Elles les débarrassèrent de leurs rubans et de petites femmes jockeys issues de clans spécialisés les montèrent pour une course d’obstacles. Les montures ardentes bondirent au coup de trompe, franchirent plusieurs haies et abordèrent au grand galop une dernière ligne droite. Les gagnantes furent accueillies avec des accolades et des mots tendres qui auraient fait fondre n’importe quel amant.

Nous visitâmes une foire agricole comme il y en a sur tous les mondes. Bien des plantes et des animaux ornés de cocardes m’étaient inconnus, mais pas la fierté que je lisais dans les yeux de leurs éleveuses. Certaines créatures étaient sélectionnées pour leur beauté, d’autres pour leur parfum ou leur faculté d’apprendre des tours. Obéissant au coup de sifflet, des oiseaux aux plumes éclatantes ramassaient des boutons ou des rubans multicolores et les portaient aux concurrentes qui misaient sur les numéros gagnants.

De nombreux clans industriels de la côte avaient envoyé leurs meilleurs éléments pour participer à des concours d’artisanat consistant à fabriquer des objets finis à la main, à partir de charbon, d’argile, de minéraux et autres matières premières. L’événement était couvert par des caméras holovids, contrairement aux courses de chevaux.

Le fleuve était le théâtre de joutes nautiques mettant en scène différents types d’embarcations, la plupart maniées par des femmes bronzées et musclées. L’épreuve la plus spectaculaire était une régate de sloops à voile qui louvoyaient entre des bancs de sable. À mon grand étonnement, ces bateaux de fort tonnage étaient manœuvrés par des équipages de jeunes gens. Quand je sus pour quelle récompense ils s’échinaient ainsi, je compris qu’ils se donnent tant de mal.

C’était une lutte acharnée qui combinait l’habileté, la force et la chance. Les deux embarcations de tête se heurtèrent, leurs voiles s’emmêlèrent et elles s’échouèrent sur un haut fond. Sur quoi un équipage plus prudent passa la Bouée des Juges, déclenchant les gloussements des spectatrices. Des représentantes des clans qui avaient choisi d’avoir des estiviennes emmenèrent les douze heureux vainqueurs.

Ces étalons en laisse, piaffant d’impatience à l’idée de la saillie promise, me rappelèrent la course de chevaux… À cette pensée, je détournai les yeux.

Iolanthe et ses sœurs me menèrent ensuite à l’autre bout de la foire, vers un pavillon de toile grossière, défraîchi, manifestement destiné à durer plusieurs saisons. Je me demandai un instant ce qu’il y avait à la fois d’étrange et de familier chez les femmes qui tenaient les divers stands, puis je compris : elles étaient presque toutes différentes ! Après les semaines que j’avais passées à rencontrer des femmes en plusieurs exemplaires identiques, c’était déconcertant. Il y avait même quelques hommes dans la force de l’âge, venus exposer le produit de leur artisanat.

— Cet endroit est réservé aux vars, risquai-je.

— Ou aux membres uniques envoyés par des clans jeunes et pauvres, acquiesça Iolanthe. Si quelqu’un a quelque chose de nouveau à montrer, c’est l’occasion de faire ses preuves.

Qu’essayait-elle de me dire ? Que la société stratoïne acceptait le changement ? Que les Fondatrices avaient prévu de permettre à la nouveauté de se faire jour ? Ou bien était-ce plus subtil ? En allant d’un stand à l’autre, je constatai un certain manque d’aisance… celle que donne l’assurance de sa compétence, et qu’arborent les filles des clans plus anciens.

Ces vars étaient avides de montrer le fruit de leur travail et de leur ingéniosité aux hautaines acheteuses des grandes maisons qui déambulaient dans les allées. Ici, le succès pouvait frapper comme la foudre. Les vars avaient une chance de trouver la fortune qui leur permettrait de fonder leur clan.

C’était visiblement le rêve qu’elles faisaient toutes. Et tout aussi visiblement, peu d’entre elles le verraient se réaliser.

Les Terriens disaient, pour se consoler de l’inéluctabilité de la mort, qu’ils trouvaient une forme d’immortalité dans leurs enfants.

Mais sur Stratos… je ne sais plus que penser. J’ai senti, sous ce dais, quelque chose de familier qui paraissait bien loin du clan Nitocrisse et des salles de marbre de l’acropole.

Sous le pavillon des vars, j’avais reconnu le parfum de la mortalité.

Chapitre XVIII

Leurs adversaires proposèrent de modifier les règles.

Maïa savait que ça se faisait souvent. Les changements pouvaient aller des limites du terrain de jeu de la Vie à l’utilisation de plus de deux couleurs, en passant par la façon dont les pions réagissaient au statut de leurs voisins.

Cette fois-ci, l’aide-cuistot et le mousse suggérèrent que chaque camp aligne quatre rangées à chaque tour au lieu d’une seule. Étant donné qu’ils devaient commencer, c’était une concession généreuse, un peu comme de laisser l’avantage d’une tour à l’adversaire aux échecs. Maïa et Renna pourraient ainsi voir apparaître de larges bandes de la grille du côté de leurs compétiteurs, et éventuellement revoir en conséquence la façon de disposer leurs propres pièces.

Maïa regarda avec angoisse les deux jeunes gens placer leurs pions. Leur oasis était déjà visible, protégée par une variante hérissée de pointes d’une figure standard appelée Longue Barrière. Elle sentit peu à peu un nœud se défaire au creux de son estomac. « Au fond, ils n’ont pas tant d’imagination que ça, se dit-elle. Ou alors, c’est de la paresse. » Elle trouvait captivant de déchiffrer ainsi l’échiquier. La veille, pendant le premier match, elle avait eu une ou deux inspirations, mais elle était trop tendue pour les apprécier ou pour observer le jeu dans son ensemble. Tout avait changé depuis l’épiphanie qu’elle avait connue cet après-midi, et durant les moments qu’elle avait passés avec Renna à explorer les différentes possibilités du jeu. Elle éprouvait à présent un étrange sentiment de détachement.

Ce phénomène avait presque certainement été déclenché par les cruelles paroles de Baltha, qui avaient conduit Maïa à désespérer même de la solidarité des femmes. Mais ça ne suffisait pas à expliquer sa subite passion pour ce jeu.

« Regarde les choses en face : tu dois être anormale. »

Ça ne datait pas de ce voyage, ni de la rencontre avec Renna. À trois ans, déjà, elle adorait descendre sur les quais pour regarder jouer, les marins. Bien des femmes aimaient voir cliqueter les rangées de pions, mais elles y mettaient une indulgence voisine du mépris que la jeune Maïa avait imitée, pour faire comme les autres, et qui, elle s’en apercevait aujourd’hui, avait réprimé sa fascination naissante.

« J’ai toujours adoré les codes, les énigmes. Peut-être toute ma vie est-elle une erreur. J’aurais dû être un garçon. »

Mais elle ne le pensait pas sérieusement. Elle se sentait profondément femme. C’était plutôt la manifestation d’un talent sauvage. Un don qui n’avait pas grand intérêt dans la vie, hélas. À sa connaissance, il n’existait pas de niche lucrative pour une navigatrice sachant jouer aux jeux masculins.

« Pas de niche. Pas de voie royale vers la matriarchie. Mais peut-être un moyen de vivre. Naroïne a l’air de très bien s’en sortir en passant la plus grande partie de l’année en mer. »

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